Regards Mars 1997 - La Cité

Des choix très personnels

Par Jackie Viruega


Entretien avec Véronique Dupré*

Chacun a son opinion sur l'âge idéal de la retraite. Ce qui reflète l'extrême complexité des situations.

 
Quels sont, pour vous, les motifs qui pousseraient une majorité de salariés à voir abaisser l'âge du départ en retraite à 55 ans? Est-ce la dégradation des conditions de travail et la situation actuelle de l'emploi ? Ou le désir de mieux vivre?

 
Véronique Dupré : La Cofremca n'a pas de religion définitive sur ce sujet, faute de réponse globale à votre question. Deux enseignements majeurs ressortent de l'ensemble de notre travail sur le terrain. D'abord la forte demande des salariés qu'on prenne en compte leurs choix personnels: partir plus tôt en retraite, ou, à l'inverse, se maintenir plus longtemps en activité. Elle s'explique en grande partie, et c'est le deuxième aspect, par l'extrême diversité des situations.

Chacun a son opinion sur l'âge idéal de la retraite; elle varie en fonction de la vie personnelle, du contenu du travail, du niveau de responsabilités, de l'entreprise, du secteur d'activités... Ce qu'on met sous le vocable "modernisation" des entreprises, par exemple, joue un grand rôle. Il existe des secteurs d'activité où l'on considère que l'efficacité est liée au renouvellement de la population, où les techniques ont tellement évolué que le contenu même du travail a changé. Les seniors sont, là, plus favorables à un départ en retraite avant l'heure. D'autres entreprises ont absolument besoin de l'expérience des plus anciens - nombre d'entre elles regrettent amèrement la perte de savoir qu'ont entraînée des préretraitres trop nombreuses. Le rapport à la retraite se joue différemment. Dans tous les secteurs où les gens sont très à l'aise dans un travail qui leur apporte des satisfactions, la tranche d'âge 50-55 ans n'est pas pressée de partir. Il existe en revanche d'innombrables postes de travail assez ou très pénibles: ceux qui les occupent, quelquefois entrés à 14 ans dans la vie active, aspirent à une vie plus tranquille. Ils sont partants pour la retraite à 55 ans, pour peu qu'on leur assure des garanties sociales.

La précarité de l'emploi, les mutations du travail pèsent aussi très lourd. Elles créent des situations compliquées. Dans les années 70, par exemple, les banques ont recruté massivement. De très nombreux employés ont obtenu leur bâton de maréchal, leur carrière n'ira pas plus loin dans le contexte des restructurations actuelles. D'ici cinq ans, les départs seront massifs. Leur histoire particulière marque évidemment l'opinion de ces salariés sur la retraite. On trouve des cas de figure similaires dans de très nombreuses industries.

Cette complexité incite la Cofremca à considérer que tout le monde ne souhaite pas le départ en retraite à 55 ans. Et même, une mesure globale de ce type serait mal perçue, puisque, j'y insiste, les salariés attendent qu'on prenne en considération leur choix personnel. Les Français éprouvent, en outre, une certaine suspicion, a priori, vis à vis de toute mesure présentée comme une recette magique contre le chômage. Ils constatent que toutes les décisions sensées favoriser l'emploi n'ont pas fait la preuve de leur efficacité. Ils estiment que les gouvernements maîtrisent mal le problème. On ne pourra pas les convaincre qu'il existe une mesure unique capable de résoudre cette question de fond. Ils souhaitent des réponses multiples, diverses, personnalisées, par secteur d'activités, par catégorie, par entreprise, par individu...

 


* Cofremca-France.

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