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Le marathon démocratique de Belgrade Par Raphaël Vahé |
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Une aspiration citoyenne émerge à Belgrade et dans les grandes villes.
Une diversité nouvelle apparaît, brouillant les repères politiques traditionnels.
A la mi-janvier " Zajedno " ( Ensemble ) (1) s'est vu reconnaître sa victoire électorale à Belgrade et à Nis aux élections municipales du 17 novembre dernier dans la Fédération yougoslave. Restent toute une série de municipalités où "Zajedno" exige toujours une reconnaissance juste des résultats. Vesna Pesic, présidente de l'Alliance civique de Serbie, l'une des figures de proue de la coalition d'opposition " Zajedno " explique comment elle voit le dénouement de la crise qui s'est déclenchée le 17 novembre dernier à Belgrade au moment de la proclamation des résultats des élections municipales: " L'opposition et le mouvement des citoyens veulent obtenir un consensus social sur la démocratisation de la société. Le vol des voix de l'opposition a démontré que le pouvoir n'est pas prêt à céder. La solution à la crise politique en Serbie est que le pouvoir arrête ses folies, que le vol des voix soit reconnu publiquement et qu'un accord soit passé sur les présupposés élémentaires pour une compétition normale entre les partis et leurs programmes. Nous ne disposons pas des conditions de base que sont les médias libres, pour débattre des programmes, communiquer mutuellement et arriver à de meilleures solutions. C'est seulement après le consensus qui n'a jamais existé ici, que la société pourra se débloquer et commencer à fonctionner démocratiquement... En ce qui me concerne, je suis pour l'ouverture du dialogue car il n'y a pas d'autre voie ".(Interview à "Diagonales", janvier 1997 ).
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La question sociale suscitée par la situation économique chaotique
La coalition "Ensemble" a remporté ces élections municipales dans une quinzaine de villes dont Belgrade. L'annulation d'une partie de ces résultats et l'organisation d'un " troisième tour " - boycotté - a provoqué, depuis la mi-novembre, ce " marathon démocratique ". Les manifestants envahissent chaque jour par dizaines de milliers les rues de Belgrade. Rien ne semble les arrêter: ni le choix du président Slobodan Milosevic de confirmer le caractère autoritaire de son pouvoir et le maintien d'une tutelle oppressante sur les médias, singulièrement la télévision; ni les tentatives de compromis rendues possibles par le rapport de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE); ni le " jeu " du pourrissement; ni la peur du recours à la force. Pourtant, le 3 novembre dernier, le Parti socialiste de Serbie et ses alliés (2) gagnaient, sans appel, les élections législatives fédérales. A ce niveau, national, l'opposition " Zajedno " obtenait un résultat différent des élections municipales: le plus mauvais de son existence. Les citoyens de la Fédération yougoslave ont voté ce jour-là pour le parti du président serbe. Celui qui, malgré tous les reproches qu'ils ont à lui faire, a suivi une politique sociale en faveur des plus défavorisés (3); celui qui a signé les accords de Dayton, c'est-à-dire en faveur de l'arrêt des combats; celui qui a obtenu la levée de l'embargo; celui qui a obtenu l'abandon de la " rhétorique hyper-nationaliste " du Parti socialiste serbe. Et l'opposition " Zajedno " a été battue parce qu'elle ne représente pas une alternative crédible, parce qu'elle fait une " étrange " impasse sur le nationalisme. L'opposition est loin de présenter un front uni, même si ses trois dirigeants sont toujours réunis devant les caméras. Une aspiration citoyenne émerge à Belgrade et dans les grandes villes. Une diversité nouvelle apparaît, brouillant les repères politiques traditionnels. Le mécontentement s'exprime de plus en plus ouvertement chez les étudiants, soucieux de leur indépendance et de leurs conditions de vie et d'études. De nouvelles exigences de nature sociale commencent à poindre dans le monde du travail et s'imposent au gouvernement qui tente d'accélérer la mise au point d'un programme de privatisations susceptibles d'attirer les bonnes grâces du Fonds monétaire international. Le fait nouveau est que ces revendications sont posées aussi aux leaders de l'opposition " Ensemble ". Ils ont dû modifier à la hâte le contenu de leur programme. La question sociale, dans une situation économique complètement chaotique, issue des conséquences de quatre années de blocus, secoue de plus en plus les formations politiques. Par exemple, l'Union social-démocrate vient de se détacher de l'Alliance civique de Vesna Pesic jugée trop libérale...
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Pour la consolidation de la société civile et une paix durable
Les accords de Dayton, s'ils ont permis d'arrêter les combats, n'assurent pas une paix durable. Ils ont consacré les chefs nationalistes, pourtant responsables de cette tragédie. La mondialisation ultra-libérale à laquelle contribue le FM I cherche à imposer ses critères destructeurs et approfondit la crise socio-économique de ces pays de l'ex-Yougoslavie. Elle cherche à s'accompagner de régimes forts pour s'imposer. La survie de la démocratie dans ces pays dépend de la consolidation de sociétés civiles fortes incluant les partis politiques non nationalistes, les syndicats, les associations, les mouvements pour les droits de l'Homme, pour la paix, les mouvements de femmes, pour la Paix, etc. Elle doit nécessairement s'appuyer sur une conception du bien commun. Comment peuvent se créer les conditions de viabilité et de coexistence entre les nouveaux Etats émergeant de la destruction de l'ex-Yougoslavie? Comment les aider à remplacer leurs oppositions - comme les blocages d'axes de communication qui intéressent les autres Européens? Par des coopérations. N'est-il pas alors plus opportun que jamais d'examiner la proposition, faite par le PCF depuis le début du conflit, de tenir une Conférence internationale citoyenne pour oeuvrer véritablement au retour des réfugiés qui le souhaitent, pour reconstruire et développer? Une conférence sans discrimination, de tous les pays de l'ancienne Yougoslavie.? |
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1. " Ensemble " regroupe, outre l'Alliance civique, d'inspiration anti-nationaliste et pacifiste, le Mouvement du renouveau serbe animé par l'écrivain nationaliste Vuk Draskovic dont le projet initial était la grande Serbie, et le Parti démocrate de Zoran Djindjic, très lié à Radovan Karadzic et à la direction ultra-nationaliste des Serbes de Bosnie. 2. L'Alliance de gauche est composée du Parti socialiste de Serbie (SPS), de la Gauche yougoslave (JUL) dirigée par Mirjana Markovic, et la Nouvelle Démocratie (ND).Cette alliance a obtenu 64 sièges au Parlement, et le Parti démocratique des socialistes du Montenegro en ayant obtenu 20, détient avec lui la majorité.La coalition " Ensemble " a obtenu 22 sièges.Le reste étant réparti parmi de petites organisations. 3. Libération du 18 /12/1995, Véronique Soulé: Les dépenses sociales, fin 1995 devaient représenter plus de 50% du PIB.
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