Regards Février 1997 - La Planète

Métallurgistes en colère

Par Ludmilla Acone


L'Italie vit un bras de fer entre les syndicats CGIL-CISL-UIL et la Federmeccanica, organisation patronale de la métallurgie, qui veut imposer la flexibilité.

En juillet 1993, un protocole d'accord était signé par les syndicats, le patronat et le gouvernement. Cet accord réglementant la contractualisation prévoit désormais que le salaire soit lié aux critères de productivité, de rentabilité et de qualité de l'entreprise et que, d'autre part il respecte les critères de baisse de l'inflation et du déficit public décrétés par le traité de Maastricht.

Dans le cadre du renouvellement du contrat national de la métallurgie, les travailleurs du secteur doivent bénéficier d'une augmentation de salaire conforme aux critères de productivité et de rattrapage du pouvoir d'achat, que les syndicats évaluent à 240 000 lires mensuelles. Finmeccanica, qui refuse obstinément le renouvellement du contrat refuse de dépasser les 120 000 lires mensuelles. Les confédérations italiennes parlent de grève générale.

Après la rupture des négociations, le président du Conseil Prodi a proposé une médiation dans le conflit et une augmentation de 200 000 lires mensuelles. Finmeccanica a refusé craignant une augmentation de l'inflation. Les enjeux du conflit vont bien au-delà de la question, pourtant fondamentale, du salaire. Le patronat veut mettre à mal le principe même du contrat national au profit du simple contrat d'entreprise. Celui-ci se rapproche en effet du modèle en vigueur aux Etats-Unis qui voit des différences de salaires de 5 à 30 dollars de l'heure d'une entreprise à l'autre dans un même secteur d'activité.

 
La mise au point du modèle en vigueur aux Etats-Unis

Le patronat mène une attaque frontale pour une flexibilité totale des salaires, qui contredit ouvertement les accords de 1993. Il a de son côté la droite de Berlusconi et du néo-fasciste Fini, qui ne cachent pas leur volonté d'une crise, non seulement sociale, mais aussi politique. Les syndicats ont déjà envisagé une série de grèves pour le respect du contrat. Reste à savoir si leur détermination sera suffisante.

Les trois centrales ne sont pas toujours en accord. La CISL demande, en effet, la diminution des salaires dans le Midi pour créer des emplois dans ce Sud ravagé par le chômage. Loin de régler le problème, cela risque d'accentuer les différences déjà criantes entre le Nord et le Sud et d'ouvrir la voie à cette flexibilité totale que contestent les syndicats. Si la position du patronat ne fléchit pas on risque de revivre un printemps très chaud.

 


* Membre du Secrétariat national du Parti de la refondation communiste.Ancienne secrétaire du PRC de Milan.

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