Regards Février 1997 - La Planète

Une culture de la citoyenneté

Par Graziella Mascia *


Le Parti de la refondation communiste a contribué aux premiers succès des luttes sociales en Italie.

Lors du congrès national du Parti de la refondation communiste (PCR), nous avons affirmé notre volonté de faire de 1997 l'année de la réduction du temps de travail. Un objectif ambitieux si l'on considère la hausse corrélative du nombre des heures travaillées et des profits. Un objectif difficile à atteindre au regard des points de divergences capitaux (emploi et temps de travail) entre les communistes, d'une part, les partis du centre gauche au gouvernement, d'autre part. Le même clivage se remarque entre le PCR et les " grands " syndicats.

C'est évidemment sur l'emploi et les horaires de travail que nous vivons les contradictions les plus criantes dans nos villes. A Milan, comme ailleurs en Italie et en Europe, le nombre d'heures travaillées augmente en même temps que le chômage. Les emplois créés se déplacent de l'industrie (200 000 emplois seulement pour Milan) vers le tertiaire, et de la grande vers la petite et très petite industrie. Il s'agit là d'un emploi précaire, irrégulier et soumis à une forte exploitation. Pas un jour ne passe sans l'annonce d'un mort ou d'un blessé sur son lieu de travail.

 
La crise identitaire de la métropole milanaise

A Sesto San Giovanni (près de Milan NDT), ville connue pour la force de son mouvement ouvrier, comme dans toute la banlieue milanaise, le taux de chômage atteint 13%. A Milan, pourtant la capitale économique, ceux qui disposent d'un emploi stable sont plus enclins à accepter des conditions de travail dégradées et des horaires extensibles. L'incertitude, le manque de perspectives, la compétition internationale poussent les employés de PME à épouser souvent les intérêts de leurs patrons dans l'espoir de garder leur emploi. Cela explique en partie que de nombreuses victimes de ces licenciements des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix croient pouvoir tirer leur épingle du jeu en adoptant la ligne sécessionniste de la Ligue du Nord, bien que dans les domaines de l'économie et des acquis sociaux elle sacrifie les zones déjà en crise pour favoriser les plus fortes.

Entre les années 1980 et 1990 ont été démantelés de grands pans de productions dans des secteurs qui avaient marqué l'histoire économique et sociale des métropoles industrielles. Cette époque a été aussi marquée par les erreurs de la gauche et des syndicats qui ont laissé sur la touche nombre de femmes et d'hommes. Le mouvement ouvrier a marqué les caractéristiques de nos villes, en a déterminé la culture, l'organisation sociale et les valeurs. Des générations ont construit leur identité dans les luttes des électromécaniciens des usines Pirelli, d'Alfa Romeo; des sidérurgistes de la Falck et de la Breda. Leur sentiment d'appartenir à une classe sociale le dispute à la réalité désagrégée. La métropole milanaise connaît une crise identitaire, résultat de modifications structurelles de son territoire. Ici existaient des quartiers avec des logements, des services, des magasins. Des millions de mètres carrés, de zones démantelées les ont remplacés. Les femmes et les hommes qui en ont été expulsés, n'ont trouvé que des petits travaux, dévalorisés.

 
Valoriser de nouveaux rapports solidaires entre individus

En obtenant des succès contre les orientations gouvernementales actuelles (comme par exemple le fait de ne pas toucher une fois de plus aux retraites et aux acquis sociaux) le Parti de la refondation communiste a contribué à sauvegarder la situation des plus défavorisés. Résultats très partiels, certes, mais ils montrent que l'on peut inverser la tendance. A Milan, Refondation communiste a construit un projet de développement basé sur la relance du travail industriel dans les télécommunications, l'énergie, la recherche et l'a soumis à une confrontation avec les autres forces de gauche et démocratiques, également pour relancer l'emploi et définir le programme des prochaines élections municipales de juin. Avec la victoire électorale du centre-gauche, avec le rôle déterminant de Rifondazione communista dans la majorité parlementaire la confiance et la force du mouvement populaire ont grandi. En témoignent les grèves de la métallurgie qui, pour la première fois, voient des jeunes défiler dans la rue. Ce sont souvent des employés de petites, voire de très petites entreprises qui ont le courage de faire grève pour leur salaire et qui rencontrent aussi la politique.

Les droites - qui dirigent Milan et la Lombardie - proposent de privatiser la santé, d'amoindrir les droits individuels et de faire peser sur les seules familles l'assistance aux personnes. La forte opposition de Rifondazione communista à ces projets est différente de celle des politiques " familialistes " du centre gauche et du parti de la démocratie de gauche (PDS, issu de l'ex-PCI). Car le nouveau bien-être social pour lequel nous travaillons va de pair avec un modèle de société qui doit reconnaître et valoriser de nouveaux rapports solidaires entre les individus

C'est pourquoi nous avons présenté et soutenu au Parlement la reconnaissance des unions civiles. Le mouvement des femmes nous a appris que partir de soi peut faire rencontrer les autres pour regarder le monde et en créer un nouveau. Pour les communistes italiens, la bataille générale pour le travail, le logement, la santé, l'éducation, les droits qui caractérisent la citoyenneté moderne sont étroitement liés à toute spécificité. Il est nécessaire d'opposer la culture de la citoyenneté au climat d'intolérance et d'égoïsme semé par les droites.

 


* Membre du Secrétariat national du Parti de la refondation communiste.Ancienne secrétaire du PRC de Milan.

retour