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Russie. L'imitation d'Hollywood Par Alexandre Braguinski * |
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Voir aussi Présence du film français |
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Le cinéma russe traverse une bien mauvaise période, tout comme le reste du pays.
Mais il cherche sa voie.
Et tout d'abord son public.
Les studios de cinéma en Russie (il y en a quatre) sont gravement touchés par la crise: leurs cadres se dispersent faute de travail, le potentiel technique est exploité à 10%. Autrefois bouillonnant d'activité, Mosfilm fait figure de grand malade: on y tourne des clips, des pubs, des émissions de TV et très peu de films. En 1995, on a réalisé en Russie 46 films (contre 120 en 1989) et on n'en attend qu'une vingtaine pour cette année. Cette situation se reflète dans le secteur distribution-exploitation. Les multiples compagnies privées qui ont remplacé l'organisation d'Etat sont obsédées par la rentabilité: elles négligent ouvertement la production russe et ne s'intéressent qu'aux films étrangers, particulièrement américains. Les films russes sont pratiquement invisibles pour le public, on ne les voit que rarement sur le petit écran. Même le Soleil trompeur oscarisé de Mikhalkov est encore déficitaire. D'ailleurs les produits hollywoodiens n'attirent même plus les foules comme il y a quelques années: c'est un fait sociologique lié à la TV et à la vidéo, le spectateur de cinéma étant remplacé par le téléspectateur et la vidéospectateur. L'exploitation souffre en conséquence: le nombre des cinémas n'a pas changé, il y en a deux mille en Russie, mais ils sont grands (autrefois toujours pleins), l'appareillage est vétuste, le son défaillant, les sièges inconfortables. Pour survivre dans l'" économie de marché ", ces cinémas louent une partie de leurs locaux à des magasins et leurs salles pour les discothèques et les concerts de musique populaire. Seules de rares salles tiennent le coup à Moscou dans ces conditions, dont celle du centre du cinéma avec une ou deux séances par jour mais presque toujours combles. Les billets sont bon marché, du moins par rapport aux prix en France: mais les jeunes, la clientèle la plus fidèle, se plaignent qu'ils sont trop chers. La plus grande partie des spectateurs potentiels reste donc à la maison: à Moscou, sur les six chaînes, les films occupent journellement trente heures des programmes.
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Les réalisateurs désemparés par la méfiance du public
Dans ce contexte de crise, le cinéma cherche sa voie. Et tout d'abord, il cherche son public. Naguère, la notion " mon spectateur " n'existait pas. Les créateurs travaillaient pour eux-mêmes, pour satisfaire les goûts des dirigeants, ils étaient choyés, vénérés, honorés par l'Etat, pour qui le cinéma était " l'art le plus important ". En l'absence de films à la télévision, le public fréquentait massivement les salles et le succès des films était assuré. Dans les conditions actuelles, les réalisateurs sont absolument désemparés, ils ne comprennent pas la méfiance du public. Prenant exemple sur les pires productions made in USA, ils se sont lancés dans une entreprise de séduction du public en lui proposant des produits médiocres et mal faits. Ils sont tiraillés entre faire de l'art ou satisfaire les goûts forgés par ce made in USA. C'est ainsi que sont apparus les films mystiques, fantastiques, violents, policiers, souvent calqués sur les films américains. Est-il étonnant que le public leur tourne le dos ? Alors ils s'orientent vers la sauvegarde du patrimoine national, en rapport souvent avec les tendances nationalistes et chauvines. C'est leur drame: ils doivent s'en sortir mais il est probable qu'ils vont traverser une difficile période de recherches et d'hésitations avant de retrouver le coeur du spectateur et des moyens à la hauteur de leurs ambitions. On aperçoit déjà des signes de changement d'esprit dans le projet des réalisateurs enthousiastes du studio Gorki, Serguei Selianov en tête, de mettre sur pied, avec l'aide d'un groupe de banques privées, un programme de modernisation de salles parfaitement équipées: leur idée est que cette modernisation va entraîner le redémarrage de la production, et ils s'y préparent. A présent, ce sont les acteurs qui souffrent le plus, mais qui se débrouillent tout de même, bien que privés de leur popularité d'autrefois: les nouvelles " stars ", ce sont les présentateurs de télévision. La durée de cette période transitoire dépend de l'orientation de l'économie et de la situation politique mais on ne perd pas espoir... |
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* Critique de cinéma. |
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Présence du film français
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La production française est présente dans tous les secteurs de la distribution.
Côté commercial, c'est la société Most-Média qui joue le rôle d'ambassadrice du cinéma français: elle distribue bon nombre de films et a organisé pour le Centenaire un Festival avec des films tels que Germinal, l'Appât, Gazon maudit, Grosse Fatigue.
Côté non commercial, ce sont les " lundis " du cinéma Illusion où l'ambassade de France a présenté " les années Lumière ", les Anges gardiens, la Cérémonie et Trois Couleurs: Bleu, l'ensemble de la trilogie étant par ailleurs programmé dans les salles par Most-Média.
Du côté télévision, c'est encore plus impressionnant: sur les quelque 2 500 films projetés en 1995, 192 étaient français.
Et dans les six premiers mois de l'année en cours, on a pu voir Germinal, Loulou, M.
Klein, les six épisodes de la version TV de Jeanne d'Arc de Rivette, un hommage à Simone Signoret avec la Mort en ce jardin et le Chat, et bien d'autres films.
Le tableau est à compléter avec les émissions consacrées aux acteurs par Eldar Riazanov dans sa série " les Mystères de Paris ", des interviews de Jean Marais, Brigitte Bardot, Marina Vlady, Annie Girardot et d'autres, ainsi que par les projections du Musée du Cinéma: rétrospectives de Jean Renoir et René Clément.
Et on peut aller au Centre culturel français pour voir quantité de films en vidéo.
Quant à la collaboration des deux pays dans le domaine de la production, elle se poursuit: Kira Mouratova, Vassily Pitchoul, Pavel Lounguine, Nana Djordjadzé et Otar Iosséliani figurent parmi les auteurs de récentes coproductions.
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