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Clinton passe aux choses sérieuses Par Jean Solbès |
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Dans quelques jours Bill Clinton sera officiellement confirmé président des Etats-Unis pour la seconde fois.
En désignant un Républicain à la Défense et Madeleine Allbright aux Affaires étrangères, il confirme sa dérive droitière.
En nommant un Républicain à la Défense et Madeleine Allbright aux Affaires étrangères, Bill Clinton confirme sa dérive conservatrice, marquant sa volonté de collaborer avec le Congrès dirigé par les Républicains conservateurs. Cette nouvelle orientation de l'administration Clinton officialise la faillite de la stratégie des syndicats américains qui ont dépensé 35 millions de dollars pour soutenir les candidats démocrates et faire obstacle à Bob Dole. Ce faisant, et avec bien d'autres partisans d'une politique moins dure, ils espéraient renverser la majorité républicaine du Congrès pour ensuite faire pression sur Bill Clinton afin qu'il pratique une politique plus sociale. A l'évidence, c'est le contraire qui s'est produit et le nouveau virage que vient de prendre la diplomatie américaine en est l'illustration. Ancienne immigrée tchèque formée dans le moule de l'anticommunisme, Madeleine Allbright n'en représente pas moins le mythe de la réussite sociale américaine. Durant ces années passées aux Nations unies, elle s'est forgée une réputation de femme intransigeante au franc parler, loin des règles diplomatiques. Prenant la tête de la campagne contre M. Boutros Ghali, elle n'a cessé de fustiger les fonctionnaires de l'ONU qui " ne doivent même pas penser à critiquer les pays membres " sous-entendu les Etats-Unis, ajoutant: " J'en ai marre de tous ces fonctionnaires ". Certains de ses propos à l'ONU sont restés célèbres, notamment lorsqu'elle a justifié les raids aériens sur Bagdad parce que " le régime de Saddam Hussein est d'une sauvagerie et d'une brutalité sans bornes ". Mais c'est en dénonçant l'attitude des pilotes de la chasse cubaine qui avaient abattu des avions de tourisme pilotés par des Américains anticastristes, qu'elle a atteint des sommets: " Ces types-là n'ont pas de couilles ! " Voilà donc le personnage qui va diriger la diplomatie américaine pendant les quatre prochaines années.
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Assurer la suprématie des Etats-Unis
A la diplomatie feutrée de Warren Christopher, succède donc le triomphe du diktat et du rouleau compresseur incarnés par Madeleine Allbright. Les conservateurs de Washington ont applaudi cette nomination qui marque un durcissement des Etats-Unis dans toutes les négociations pour les années à venir. En acceptant ses nouvelles fonctions, Madeleine Allbright a précisé que son rôle sera " de s'assurer que les Etats-Unis contrôlent et dirigent les événements et non le contraire, les Etats - Unis sont incontournables", devait-elle conclure en remerciant Dieu de l'aider dans sa tâche. De son côté, Bill Clinton affirmait qu'elle agira " pour défendre nos intérêts et nos idéaux dans le monde ". Diplomatie et guerre économique sont étroitement liées pour la Maison Blanche. La nouvelle équipe de l'administration Clinton s'inscrit dans cette orientation, avec une agressivité renforcée pour la conquête de nouveaux marchés dans le cadre de la mondialisation. Et la ferme volonté de rester la seule superpuissance de la planète est bien à l'ordre du jour à Washington, à la Maison Blanche, comme au Congrès. |
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* Représentant en France du parti Front démocratique du Burundi (FRODEBU). |