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La faim du monde à la carte Par Alexandra Bakchine |
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Entretien avec Henri Carsalade* Voir aussi Sept mesures au sommet |
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La Conférence sur la sécurité alimentaire mondiale, organisée à Rome par la FAO, a eu des retombées contradictoires.
Elle aura au moins permis de mesurer l'ampleur de la catastrophe.
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Dressons un premier bilan de ce sommet.
Comment envisagez vous le futur en terme d'actions immédiates ?
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Henri Carsalade : Il est un peu tôt pour tirer de véritables conclusions.
Mais le sommet a été un véritable succès: 97 chefs d'Etat et de gouvernements se sont engagés à travailler ensemble pour aboutir à la sécurité alimentaire.
Le sommet a retenu, parmi ses objectifs, que les Nations unies et la FAO devraient apporter un soin tout particulier à l'établissement d'une carte de la pauvreté.
Mais qui dit carte dit critères indicateurs à définir, acceptés par les pays.
Il faudra enfin que des mesures cohérentes soient prises par les gouvernements dans le cadre du " plan d'action " pour aboutir à des résultats effectifs.
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Ce qui implique certains efforts réels...
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H.
C.: Il faut effectivement produire plus et en même temps développer la distribution et la répartition de la nourriture tout en tenant compte de tous les éléments de la sécurité alimentaire mondiale.
Je pense ici à quelques points en particulier telle la situation politique de certains pays - la question des conflits.
Il n'y aura pas de sécurité alimentaire sans la paix.
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Que fera-t-on demain, en tenant compte de l'objectif principal de cette Conférence, celui de diminuer de moitié l'insécurité alimentaire au niveau planétaire d'ici 2015 ?
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H.
C.: Deux éléments importants dans cette affaire sont parfois sous-estimés.
En premier lieu, la prise de conscience de l'ampleur du problème et du fait qu'il s'agit d'une responsabilité collective.
On s'aperçoit tout à coup que certains pays souffrent de la faim suite à des crises graves, des guerres dont les médias rendent compte.
A-t-on questionné la jeunesse pour savoir si elle était bien informée sur ce type de problème ? Il y a un manque d'information total au niveau mondial.
Il ne faut pas se limiter à informer les sociétés occidentales - celles qui donnent de l'aide - l'information doit être généralisée.
Deuxième démarche: il y a consensus sur le fait que seule une action globale et concertée peut venir à bout du problème de l'insécurité alimentaire.
L'ensemble de la communauté internationale doit mettre en oeuvre des actions cohérentes et communes pour aller dans la bonne direction.
C'est ici le but véritable du Plan d'action.
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Mais encore....
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H.
C.: Il y aura ensuite nécessité de mettre en place des programmes et des actions qui peuvent être conduits par les gouvernements ou les organisations internationales.
C'est ici que la FAO prendra sa part à travers le programme spécial pour développer la production alimentaire rurale dans les pays qui en ont besoin en associant les partenaires concernés, en particulier les populations rurales.
Un effort spécial doit être fait en faveur de l'irrigation en Afrique.
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Un autre débat pourrait être ouvert à partir de ce Sommet, la question de l'insécurité alimentaire en Europe...
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H.
C.: L'insécurité alimentaire et la malnutrition ne sont pas des problèmes spécifiques au tiers monde, ils existent aussi dans certains pays riches.
Traditionnellement, la FAO s'occupe des problèmes alimentaires dans les pays en voie de développement.
Il s'agit donc pour chaque pays développé de prendre conscience du problème de la faim qui touche des millions de personnes en Europe et aux Etats-Unis, par exemple.
Les franges de pauvreté dans les sociétés hyperdéveloppées sont un phénomène que l'on ne peut ignorer même s'il faut se rendre compte que le nombre de mal-nourris y est très inférieur à celui des pays en développement.
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Un Forum des ONG s'est déroulé en parallèle avec la Conférence.
Comment envisagez-vous une collaboration étroite entre la FAO, donc les agences onusiennes directement concernées par la question de l'insécurité alimentaire, et les organisations non gouvernementales ?
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H.
C.: Les organisations internationales doivent travailler de concert avec les ONG.
Il faut que ces dernières soient pour nous de véritables partenaires dans beaucoup des aspects de la lutte pour la sécurité alimentaire que nous avons abordés tels la prise de conscience collective.
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Avez-vous le sentiment que quelque chose ait bougé au niveau de la prise de conscience des pays signataires de la déclaration.?
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H.
C.: Il me semble comprendre en effet que quelque chose a bougé.
En Europe par exemple, certains pays veulent déjà prendre des initiatives; c'est important.
On sent que quelque chose a marqué les esprits au niveau de la prise de conscience générale des gouvernements.
Il faut voir, avec le temps, comment se comporteront ces derniers et leurs sociétés civiles à la suite de ce sommet.
En ce qui concerne la FAO, nous continuerons à porter l'effort sur le programme spécial qui veut développer la production alimentaire dans les pays déficitaires et pauvres.
Mais il est important que ces derniers réagissent: la balle est aussi dans leur camp.
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Aider, c'est bien mais il faut créer les conditions pour que les pays concernés soient en mesure de " s'autodévelopper " disent certains.
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H.
C.: Les Etats doivent être en mesure de créer les conditions nécessaires au développement de leur propre agriculture.
Il faut développer les marchés fonciers et les paysans doivent pouvoir accéder à la terre qui est un outil de production, un bien stable sur lequel investir et ainsi de suite.
Les Etats doivent en outre garantir la paix civile et la liberté du producteurs.
Autre aspect important: le cadre institutionnel, c'est-à-dire les lois et règlements qui vont permettre aux activités agricoles et rurales de se développer.
C'est un point essentiel.
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Dernière question, l'intervention de Fidel Castro...
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| H. C : Il ne s'agit pas pour moi de juger le contenu des déclarations de M. Castro. Il a dit que les objectifs contenus dans la" déclaration " étaient insuffisants. Ce qui est vrai dans un certain sens. Quand on s'attaque à un problème de cette ampleur, certains objectifs peuvent paraître insuffisants. Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf a toujours dit à ce propos que si cela n'avait tenu qu'à lui, il aurait fixé des objectifs plus ambitieux en terme de " vitesse ". Vingt ans, c'est long et c'est sans doute ce que Fidel Castro a dénoncé dans son intervention. |
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* Henri Carsalade a été nommé sous-directeur général de la FAO en 1995 après avoir dirigé le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement - Cirad de 1990 à 1993.Diplômé de l'INA et de l'ENGREF, il est responsable du département " développement durable " à la FAO, un poste par tradition attribué à un Français. |
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Sept mesures au sommet
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Le Plan d'action issu du sommet sur la sécurité alimentaire mondiale - tenu à Rome du 13 au 17 novembre dernier - comporte des engagements et des actions dans sept domaines spécifiques :
1 - les conditions générales d'un développement économique et social propice à la sécurité alimentaire de la planète.
2 - l'éradication de la pauvreté et l'accès à une nourriture adéquate et suffisante pour tous.
3 - l'accroissement durable de la production agricole.
4 - la contribution du commerce mondial au renforcement de la sécurité alimentaire.
5 - la préparation, la prévention et la réponse aux situations d'urgence.
6 - l'utilisation optimale de l'investissement pour appuyer les ressources humaines, la production durable et le développement rural.
7 - le contrôle et le suivi du Plan d'action en coopération avec lacommunauté internationale.
Cette série de mesures " ambitieuses ", sera sans doute jugée à la réalité de leur application qui se heurtera, sans doute aucun, à la guerre économique sans merci que se livrent les plus grandes puissances au détriments des peuples et des pays les plus faibles, plus connue sous le vocable de " mondialisation ".
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