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L'emprise d'un empire Par Pierre Barbancey |
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Propos de Paul-Marie de la Gorce* recueillis lors du Festival transméditerranée à Grasse (alpes-Maritimes) |
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Pour Paul-Marie de la Gorce " la situation d'aujourd'hui est caractérisée par l'existence d'une superpuissance unique, exerçant ou pouvant exercer son emprise sur la quasi-totalité du monde directement ou indirectement, bien entendu.
C'est un cas historique unique.
Quand on prend réellement en compte cette donnée, on voit que toutes les relations internationales sont habitées par ce problème central ".
Il désigne, évidemment, ce qu'il nomme " l'empire américain " (1), et si on lui demande par quoi il peut périr, il répond: " Il y a toujours deux façons de penser au processus par lequel un empire finit par périr: du dedans et du dehors.
Du dedans, ce peut être un phénomène de dislocation ou de dissociation à l'intérieur de la société d'un empire dominant.
Et, du dehors, si des rivalités ou des contestations apparaissent.
Il ne faut pas se faire d'illusions sur les rivalités.
A proximité, il n'y en a pas énormément.
Le Japon dépend trop de l'extérieur, l'Inde est tout entière accaparée par le souci de ne pas se disloquer, la Russie connaît un déclin dramatique.
La Chine peut devenir une super-puissance, mais il lui faut d'abord combler son retard économique (...) Et les Etats européens, en majorité, ne veulent pas se poser en rivaux des Etats-Unis.
Certains d'entre eux ne souhaitent pas être aussi indépendants qu'ils le disent."
Tout en soulignant des rivalités potentielles, l'auteur pêcherait-il par une sous-estimation de ce qu'il appelle les " rivalités du dehors ", contradictions extérieures, non seulement entre Etats, mais aussi entre les peuples? Il poursuit ainsi: " Mais en revanche, il y a des situations inacceptables. Soit pour des pays, comme le nôtre par exemple, qui tiennent à leur indépendance, qui veulent la maintenir envers et contre tout et donc doivent trouver les moyens de l'affirmer. Soit, pour les régions du globe qui se trouvent de plus en plus décalées par rapport au reste du monde. L'écart entre le groupe des pays les plus riches et le groupe le plus pauvre a grandi plus qu'à aucune autre époque de l'histoire. Voilà qui peut être à l'origine de contestations et de crises importantes. Il appartiendra aux peuples de ces pays de trouver eux aussi les moyens de leur contestation et de leur révolte." Quant aux facteurs internes, l'auteur les perçoit essentiellement dans un possible " déséquilibre entre les communautés qui existent là-bas, les apports nouveaux, par exemple d'Amérique latine ", susceptibles de " reconstituer la société américaine différemment. Si l'histoire prenait un autre cours, les facteurs de dissociation pourraient apparaître ". Il n'en reste pas moins que, pour lui, " les Etats-Unis, qui demeurent une puissance extraordinairement porteuse d'avenir et dont la culture a un rayonnement formidable, ont encore un énorme pouvoir d'assimilation ". En revanche, Paul-Marie de La Gorce ne se fait aucune illusion sur l'Allemagne qui, " depuis sa renaissance en 1949, a choisi comme axe fondamental de sa stratégie et de son développement les rapports les plus étroits possible avec les Etats-Unis. Tous les gouvernements d'outre-Rhin, sans distinction d'orientation politique, ont respecté cet axiome " dit-il." Ils ont le sentiment d'avoir fait un choix juste. D'en avoir recueilli des résultats formidables. D'avoir, grâce à ce choix politique, stratégique, économique, culturel même, accompli un redressement gigantesque. Il ne faut pas croire qu'il existe en ce moment en Allemagne quelque force politique que ce soit, prête à remettre en cause ce choix." |
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* Journaliste. 1. Paul-Marie de la Gorce, le Dernier Empire: le XXIe siècle sera-t-il américain?, 244 p, 118F, Grasset, novembre1996.
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