Regards Janvier 1997 - La Création

Les refondateurs du ministère de la Culture

Par Jack Ralite


Voir aussi Introduction , Menaces sur le spectacle vivant

Le ministère de la Culture aura 40 ans en 1999. Son actuel titulaire a entrepris de repenser ses objectifs et ses méthodes. Ouvrage d'importance qu'il faut suivre avec vigilance. C'est ce que fait Jack Ralite.

J'ai participé avec assiduité aux travaux de la commission animée par Jacques Rigaud et je souhaite témoigner ici de la liberté qui a présidé à son travail.[...] Je souhaite faire quelques remarques qui ne concernent pas son détail [du rapport, NDLR] mais son " dehors " - l'actuelle politique des affaires et des pouvoirs, singulièrement de l'Etat en matière culturelle - et son " dedans " - la stratégie proposée.

 
Du dehors

A propos du " dehors ", une question se pose en effet. Comment refonder, comment faire du neuf, même limité, dans un contexte de libéralisme d'Etat et de libéralisme des affaires mêlés, de remise en cause des services publics de la culture, de réductions budgétaires draconiennes, d'accroissement des pauvretés et des précarités, de poussées populistes et identitaristes, surtout dans certaines collectivités locales ? Si l'on considère le budget, il est devenu comme insaisissable. Voté par le Parlement à un niveau démenti par les documents budgétaires eux-mêmes, remis en cause à plusieurs reprises, mandaté avec retard, il n'est plus garanti et crée un mal être chez tous ceux qui ont à voir avec lui. De plus, les arguments de la rigueur liés aux difficultés économiques et à l'impossibilité de traiter la culture différemment des autres départements ministériels perdent leur crédibilité quand on se réfère au PIB (Produit intérieur brut). En 1995, le PIB égalait 7 674 milliards de francs, le budget de l'Etat 1 600 milliards, le budget de la Culture 13,5 milliards. En 1997, le PIB est prévu à 8 170 milliards, le budget de l'Etat à 1 553 milliards et le budget de la Culture, à compétence constante, à 12,2 milliards. Les diminutions budgétaires sont donc de caractère politique et la Culture est plus touchée que l'ensemble du budget.

C'est d'un tournant budgétaire dont la refondation culturelle a besoin. Trois démarches politiques seraient opératives: 1.traduire en termes budgétaires la notion " d'exception culturelle "; 2.taxer à hauteur de 2% le chiffre d'affaires de la Française des jeux en vue de créer un Fonds national pour la jeune création artistique et littéraire; 3.généraliser progressivement à d'autres disciplines que le cinéma et l'audiovisuel la pratique du fonds de soutien. Toujours à propos du " dehors ": comment faire du neuf à hauteur des nécessités quand le mandat même de la commission excluait qu'elle travaillât sur les questions du cinéma et de la télévision. C'était, dès le départ, en mutiler la réflexion de deux points de vue: 1.comment traiter des rapports art, culture, publics, en ignorant que la télévision est la première pratique culturelle de la population ? 2.ignorer le cinéma, la radio télévision et les nouvelles technologies, c'est se refuser à désigner le réel: le jeu de grandes forces économiques et financières dont l'objectif n'est ni l'art, ni la culture mais l'argent. On peut même dire que la mise à l'écart de l'audiovisuel a donné a priori un statut marginal au travail de la commission, les processus économiques dans le secteur image étant vécus comme une fatalité. Néanmoins, la commission a été au-delà de son mandat, car ces processus ne laissent pas d'être préoccupants. Quel est, en effet, dans ce domaine confronté à l'arrivée du numérique, le défi pour les grands groupes ? Le péage pour l'accès à la communication audiovisuelle, un Eldorado, disent-ils. Toutes les alliances récentes l'expriment, ainsi de l'accord Canal +/Nethold, ainsi de l'entente Bertelsman/ CLT. Mais ces accords, qui ne sont peut-être pas encore définitifs, s'ils veulent capitaliser la diffusion des bouquets numériques en Europe, ne prévoient pas l'outil industriel européen de création et de production correspondant.[...] Ainsi, le monde des affaires et l'Etat acceptent que se constitue un lieu de fabrication des images unique, à Hollywood, les groupes européens servant de relais nationaux pour leur distribution. A l'heure où l'économie tend à être tirée par l'industrie de l'information, l'Europe (dont la France) abandonne ainsi l'enjeu de société et l'enjeu culturel que sont la maîtrise sociale de cette mutation du système de représentation et de l'imaginaire collectif.

Sur ces questions qui concernent la partie la plus importante des industries culturelles pour lesquelles le rapport propose la création heureuse au sein du ministère d'une délégation aux industries culturelles, deux initiatives politiques me semblent incontournables [...]: 1.élaborer une charte de l'audiovisuel et des nouvelles technologies établissant un droit à la communication garantie par une responsabilité publique et nationale valable pour le secteur public défendu et rénové et pour le secteur parapublic et privé. Cette charte pourrait être édictée sous forme d'un texte législatif; 2.créer un outil de régulation concernant aussi les grands groupes agissant dans l'audiovisuel. Cet outil aurait notamment cinq impératifs: le soutien à la création audiovisuelle et à la production française, le développement de coopérations locales, nationales, européennes et internationales, le respect du pluralisme, le contrôle public des réseaux, la participation des citoyens aux décisions.

 
Au dedans

Quant au " dedans ", puisqu'il s'agissait d'une refondation de la politique culturelle, c'est-à-dire d'une reprise éventuelle des questions culturelles à leur racine, d'un changement de point de vue à partir du mouvement du réel, il me semble que cette question centrale n'est pas traitée au fond dans le rapport de Jacques Rigaud. Celui-ci a essentiellement travaillé à partir d'une idée qui désigne imparfaitement le réel: jusqu'ici la politique culturelle se serait surtout occupée des artistes et aurait trop délaissé les publics; en conséquence de quoi, il faudrait corriger ce déséquilibre. Ce faisant, le rapport s'intéresse légitimement à l'éducation artistique, aux pratiques amateurs mais du même coup met presque " au coin " la création artistique et littéraire qui, pour moi, reste décisive et centrale au sens où, par exemple, le théâtre, c'est le bêchage incessant du terrain humain et, dans son champ de forces très petit, se joue toute l'histoire du monde. En vérité, la question a toujours été posée du rapport de l'artiste et de la cité, de l'artiste et de la population. Le problème est " d'organiser la compréhension " (Maïakovski), c'est-à-dire de mettre au travail. Ce n'est pas une fusion, une idolâtrie de l'artiste par les publics ni une compassion de l'artiste pour les publics, ce n'est pas une cohabitation, c'est une fertilisation croisée, chacun étant renvoyé à lui-même.[...] La question " art, culture, publics " est d'ailleurs posée à l'école où l'art et la culture sont trop souvent opposés aux savoirs discursifs et aux sciences. Si la création, la littérature occupent " le lieu de l'impossible de la théorie ", elles ne s'opposent pas pour autant à la pensée conceptuelle. Aragon, dans la Mise à mort, dit merveilleusement cela: " Cette femme, c'est la musique même, la musique au sens qui dépasse le mot. La musique où nous puisons la connaissance autrement inatteignable et qui n'est aux mots réductible. La musique par quoi sont dépassés tous les rapports habituels que nous avons avec le monde. La musique par où vue nous est donnée sur l'invisible, accès à ce qui n'a point d'accès et de son chant peut-être ne percevez-vous que le plaisir, il y a de quoi bouleverser l'oreille et le coeur, je veux bien, mais c'est comme un miroir tournant, l'image y change de tout le mouvement qui l'habite. Quand Fougère chante, j'apprends, j'apprends à perte d'âme."

On voit qu'il ne s'agit pas d'un problème de balance mais d'un approfondissement de la question art-public. C'est aussi valable en science.[...] Dans la recherche aussi, on est confronté au même problème. Si l'on considère le chercheur et l'homme de terrain, l'échange et la circulation de la parole demeurent extrêmement difficiles entre ces deux " genres " d'activités que sont, d'une part le travail de recherche et de production de connaissances, de l'autre l'expérience et la connaissance du quotidien.[...] Certes, ces deux " genres " d'activités n'obéissent pas aux mêmes visées, ne relèvent pas de la même temporalité, ne mettent pas en oeuvre les mêmes procédures, et leur tension est, en cela, inéliminable. Leur distinction est même une des conditions de tout dialogue possible, une autre étant leur rencontre en une zone commune de développement, où se mettent à l'épreuve, s'interrogent et se nourrissent mutuellement, des activités, des compétences et des préoccupations par nature hétérogènes.[...]

 
Quelques projets concrets

Oui, la création artistique et littéraire est un véritable enjeu de civilisation. Il faut affronter la culture à venir dont la création est le combustible, l'énergie même. Et j'aimerais, comme condensé de ce propos, proposer ce texte de Péguy [...]: " Si ce marbrier de Carrare/que nous ne connaissons pas, mon cher Fritel,/que nul ne connaît, que nul n'a jamais vu,/à qui nul ne pense,/si cet ignoré, si cet oublié, si ce perdu,/si cet inconnu, si ce tombé,/si cet italien de carrier de Carrare/avait seulement donné un coup de marteau de travers,/il suffisait de ce coup de marteau de travers/pour que cette décision irrévocable notre maître,/ce carrier notre souverain maître décidât pour l'éternité temporelle/de ce marbre./Dans l'opération de l'ancienne matière tout compte/et tout compte pour toujours/et l'ouvrier le sait bien " [...] (1)

Alors, que proposer qui permette effectivement de refonder ? D'abord une démarche générale qui considère qu'il y a bien crise mais aussi mutations, qu'il y a bien, selon le vocabulaire de Musset, Débris et Semences.[...] Cette démarche générale est la mise à jour et en oeuvre d'une responsabilité publique et nationale refusant l'étatisme et l'affairisme et articulée autour de six pratiques-processus: 1.l'audace de la création; 2.l'élan du pluralisme; 3.l'obligation de production; 4.la maîtrise de la diffusion et de la distribution; 5.l'atout d'un large public; 6.la nécessité de coopérations internationales, notamment européennes. Pour faire vivre cette démarche, il faut des projets concrets comme ceux que Roger Planchon a proposés à la Commission. La responsabilité politique est de favoriser l'établissement d'institutions qui permettent la création artistique contemporaine. Quelques exemples d'initiatives nouvelles: un atelier d'écriture cinématographique où seraient impliqués et aidés les auteurs un peu à la manière d'une major company américaine mais dans l'esprit de la loi française; un atelier national de création dramatique confié à un groupe d'auteurs dont le travail déboucherait sur des spectacles vivants et sur des créations de télévision et de cinéma; un théâtre construit et animé par une troupe d'acteurs; un théâtre de la décentralisation à Paris; des lieux de travail pour les jeunes compagnies et la création d'une biennale des jeunes compagnies. Cela serait valable aussi pour la danse. On pourrait proposer aussi un fonds de soutien pour les plasticiens à partir d'une taxe sur le marché de l'art. On devrait décider de réfléchir à une interface entre l'Etat et les collectivités locales qui se substituerait aux outils actuels trop marqués par l'étatisme ou le communalisme. Pour ma part, j'avancerai aussi le projet du Métafort d'Aubervilliers construit autour de trois pôles de la vie sociale composant et coopérant étroitement dans le sens de l'innovation, c'est-à-dire de la production de sens: 1.les chercheurs en technologie industrielle, en particulier en technologies de l'information et des télécommunications; 2.les communautés artistiques et intellectuelles en tant que productrices d'oeuvres, de symboles et de savoirs; 3.les habitants des villes d'Aubervilliers et de Pantin en tant que porteurs d'attentes, producteurs de savoir-faire, d'usages sociaux, de nouveaux modes d'organisation collective.[...]

 
Des êtres de raison et de discours dans un espace public nouveau

Voilà les remarques de fond que je souhaitais faire dans le " circonvoisinage " du rapport de Jacques Rigaud dont j'apprécie cependant les déclarations sur " la nécessité d'une régulation d'ensemble du marché ", sur " la tradition française qui fonde et légitime l'intervention du pouvoir dans la vie intellectuelle et artistique ", sur " l'exception culturelle ", sur " le fondement politique au sens le plus élevé du terme de l'action publique en faveur de la culture ", sur " la politique culturelle [qui] ne saurait être traitée comme une annexe de la politique sociale ", sur " la culture [qui] n'est pas seulement un secteur de l'action gouvernementale mais une dimension ", sur " l'impression qu'au sein même de l'appareil d'Etat on a décidé d'instruire le procès de la dépense culturelle ", sur " la refondation [qui] n'est pas synonyme de redéploiement [mais appelle] un effort nouveau, accru, sur la culture et son développement [qui] sont un grand enjeu pour la République ".[...]

Mais je souhaite conclure mon propos sur ma démarche politique, qui se veut un geste symbolique espérant condenser à l'usage de tous une signification indubitable. J'ai essayé sur trois ou quatre points de contribuer à créer un espace public nouveau qui est complexe, qui est à construire et à élargir sans cesse, et qui a comme éthique le travail de l'égalité dont Jacques Rancière parle si bien." Un travail de l'égalité ne peut jamais être simplement une demande à l'autre ou une pression exercée sur lui mais doit toujours être, en même temps, une preuve que l'on se donne à soi-même. C'est cela que veut dire l'émancipation. L'émancipation, c'est la sortie de la minorité. Mais nul ne sort de la minorité sociale par lui-même. Emanciper les travailleurs c'est faire sortir les travailleurs de l'état de minorité, prouver qu'ils appartiennent bien à la société, qu'ils communiquent bien avec tous dans un espace commun; qu'ils ne sont pas seulement des êtres de besoin, de plainte ou de cri, mais des êtres de raison et de discours, qu'ils peuvent opposer raison à raison et construire leur action comme une démonstration.[...] S'émanciper, ce n'est pas faire sécession, c'est s'affirmer comme copartageant d'un monde commun.[...] Le chemin étroit de l'émancipation passe entre l'acquiescement aux mondes séparés et l'illusion du consensus ".

Si on laissait faire, si on tolérait " que cela suive son cours " comme aujourd'hui - pour reprendre les mots de Walter Benjamin - ce serait " la catastrophe ". Il faut sortir de la résignation à l'impuissance démissionnaire, d'autant que le sondage joint au rapport révèle que le travail des années passées a semé profond. Notre " immense minorité ", pourvu qu'elle élargisse le territoire des attentes et des rêves de l'homme, ne se plaint pas. Elle porte plainte. Je pense en m'exprimant ainsi, comme en décembre 1995, à la vie tout simplement, à l'avenir, au désir d'autre chose, les yeux tout proches de là où chaque jour je mets les pieds.

 


1. Charles Péguy, Contre les bûcherons de la même forêt.Deuxième élégie.

retour

 


Introduction


En janvier 1996, le ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, confiait à Jacques Rigaud (1) la présidence d'une " Commission d'étude de la politique culturelle de l'Etat ", dite aussi par le ministre " Commission de refondation " de cette politique culturelle, ce qui annonce mieux le véritable objectif visé. En effet, le rapport de la commission Rigaud, remis au ministre le 18 octobre dernier, n'est que le premier élément d'une réflexion et d'une orientation qui, après un débat public ouvert dans les régions, devraient donner lieu à un ou plusieurs textes qui seraient " débattus devant le Parlement ". Philippe Douste-Blazy fixait ainsi les " trois axes politiques qui émergent, avec force, dans la définition de ce que doit être une politique culturelle du ministère en cette fin de siècle: D'abord, recentrer le ministère sur ses fonctions d'impulsion, de coordination, d'évaluation: c'est l'essence même du service public de l'action culturelle qui fonde, pour une bonne part " l'exception culturelle ". Ensuite, engager une concertation, méthodique et périodique, avec les collectivités locales. Enfin, contractualiser les concours publics aux institutions culturelles, en contrepartie d'engagements véritables de service public ".

La Commission qui comptait 25 membres a procédé à l'audition de quelque 160 acteurs de la scène culturelle française, créateurs, responsables d'associations, d'institutions, de fondations ou d'établissements culturels, membres des différentes directions du ministère, élus nationaux et locaux, universitaires, syndicalistes, administrateurs de sociétés d'auteurs, dirigeants d'entreprises liées aux secteurs culturels, etc. Dans la lettre accompagnant la remise du rapport au ministre, Jacques Rigaud exprimait son credo consensuel: " ...prouver que, sur ce thème de la culture, des hommes et des femmes de bonne volonté, très différents par leurs profils, leurs itinéraires personnels et professionnels, leurs convictions et leurs engagements, pouvaient, sans rien renier de ce qui caractérise chacun d'eux, se retrouver sur une analyse et des orientations ". Cependant, et bien que le président de la commission croit pouvoir dire que " ...sur l'esprit général et sur l'ensemble des analyses et propositions, le rapport exprime une communauté de vue ", il ouvrait, avec clairvoyance, un espace où les membres de la commission pouvaient exprimer leur différence: " Je me suis engagé à ce que, dans le document final, ceux qui le jugeront nécessaire puissent, le cas échéant, faire part de leurs divergences éventuelles." Membre de la commission, Jacques Ralite a disposé de cet espace pour émettre ses remarques, ses propositions et ses critiques. Nous reproduisons ici l'essentiel de cette intervention qui marque, de son point de vue, les limites du travail effectué.

Pierre Courcelles

1. Jacques Rigaud fut directeur du cabinet de Jacques Duhamel, ministre d es Affaires culturelles de janvier 1971 à avril 1973; il présida l'Etablissement public d'aménagement du musée d'Orsay; il est actuellement administrateur délégué de la Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion (CLT); il est l'auteur de plusieurs ouvrages traitant de la culture, notamment Libre Culture (éditions Gallimard, 1990) et l'Exception culturelle. Culture et pouvoirs sous la Ve République (éditions Grasset, septembre 1995). Cet ouvrage comporte un chapitre intitulé " Pour une refondation de la politique culturelle ".

retour

 


Menaces sur le spectacle vivant


Le monde du spectacle, du cinéma, de la télévision n'est pas celui de la profusion d'argent, des cachets ou des contrats millionnaires. Sa première réalité est la précarité. C'est elle qu'on a vue en novembre et décembre dans les rues et les salles de spectacles de Paris et de toutes les grandes villes, celle des dizaines de milliers d'intermittents - une désignation qui dit l'insécurité professionnelle de ces travailleurs grâce auxquels, pourtant, les rideaux rouges se lèvent tous les soirs et s'allument les écrans du cinéma et de la télévision. Ils concourent aussi à la fameuse exception culturelle française dont le pouvoir aime à se prévaloir sur la scène internationale. Ils se battent aujourd'hui pour sauvegarder leur régime particulier d'assurance chômage sans lequel plus de 60 000 comédiens, danseurs, musiciens, chanteurs, metteurs en scène, techniciens, etc., seraient économiquement et socialement exclus de leur profession et l'avenir du spectacle vivant gravement hypothéqué. Leur accès à l'assurance chômage est conditionné par la prestation de 507 heures de travail au cours des 12 derniers mois, seuil que le patronat, avec l'assentiment implicite du ministre du Travail, Jacques Barrot, veut relever à 676 heures, au prétexte que le secteur théâtre-cinéma de l'Unedic est déficitaire. Le ministre de la Culture qui n'est pas en charge de ce dossier a obtenu de Jean Gandois, président du CNPF, un moratoire de 4 mois. Ce n'est cependant pas de nature à rassurer les intermittents, et non plus la Fédération du spectacle-CGT qui est à la pointe du mouvement.

Pierre Courcelles

retour