Regards Janvier 1997 - La Création

La banlieue branchée

Par Lise Guéhenneux


C'est à Aubervilliers, Paris-banlieue, qu'est né le projet du Métafort, de portée nationale et internationale. Pour signifier que l'audace et l'innovation s'y exprime autant qu'ailleurs.

Il y a cinq ans, avant que l'on ne parle du multimédia et des autoroutes de l'information, le concept de Métafort pouvait apparaître utopique. Aujourd'hui, un tel lieu d'expérimentation hybride, réunissant le champ technique, le champ artistique, industriel et social, se trouve conforté par la réalité. Dans les années quatre-vingt, par l'appel à propositions sur les autoroutes de l'information, l'Etat semblait vouloir s'engager en ce domaine, en incitant au développement de projets et d'expérimentations, ce qui était tout à fait dans la logique du Métafort dans ce domaine, même s'il venait après celui des Etats-Unis, avec le déblocage d'une enveloppe financière - on parlait de 500 millions de francs. A la suite de cet appel, le Métafort était retenu parmi les projets les plus innovants émanant des collectivités locales. Finalement, l'argent débloqué est allé davantage vers l'investissement de gros opérateurs sur les réseaux de communication que vers des expérimentations locales de terrain. Le développement d'Internet a aussi conforté le projet du Métafort par rapport à l'arrivée des réseaux et la mise en place de ces réseaux puisqu'il se situe au coeur de réseaux importants, associant les expérimentations locales aux expériences à l'échelle internationale. Dès l'origine, l'Institution culturelle et le ministère de la Culture en particulier ont opposé le développement des réseaux de communication de façon immatérielle à la construction d'un équipement. Or, le Métafort comme lieu matériel de rencontre de travail, d'échange d'expérience, d'expérimentation est un contrepoint indispensable au développement du travail et des échanges en réseaux immatériels: un lieu où un ingénieur, un artiste, un industriel, un élu, un dirigeant d'association puisse se rendre sans complexe. De plus, l'utilisation des techniques contemporaines entraîne tout individu ou toute équipe dans des budgets énormes, et généralement, les lieux qui ont ces outils sont de grandes institutions inaccessibles. Il faut donc un lieu qui mette à disposition ces ressources, ou, pour les ressources les plus coûteuses, qui puisse constituer des partenariats assurant un minimum de confidentialité, une caution aux personnes qui en font la demande. Le Métafort se propose d'être une structure hors institutions habituelles mais en partenariat avec ces institutions, hors secteur privé mais en partenariat avec le secteur privé et à même de constituer des partenariats sur des projets spécifiques identifiés. Il se veut un lieu d'expérimentations qui soit aussi un observatoire des techniques et de l'avancement de ces techniques, de l'appropriation de ces techniques par le grand public car il inscrit cette démarche d'appropriation dans son projet, par la sensibilisation, la familiarisation et l'expérimentation des outils technologiques d'une utilisation de plus en plus simple. Pour tout individu, la navigation tend à devenir essentielle pour pouvoir chercher des informations dans la rue, bref, pour se repérer dans l'univers urbain et la société contemporaine.

 
" Naviguer " pour se repérer dans l'univers urbain et la société

En septembre dernier, le ministre de la Culture proposait de prolonger les efforts des précédents ministres de la Culture (Lang et Toubon) - proposition confirmée dans un récent courrier - en engageant le ministère dans le financement de la construction du Métafort à hauteur d'un tiers de l'investissement qui s'élève, au total, au montant de 165 millions de francs (TTC); à charge, pour les collectivités de rassembler les autres tiers. Mais si, comme l'avait déclaré Jacques Toubon, alors ministre de la Culture, le Métafort, né en banlieue, est d'intérêt national et de portée internationale, il ne peut pas être considéré seulement comme un projet d'initiative locale. L'Etat ne peut pas se contenter d'attendre que les collectivités trouvent les deux autres tiers du financement. L'Etat doit aider soit en intervenant plus fortement, et pas forcément au seul niveau du ministère de la Culture, mais en impliquant d'autres ministères, et en portant ce projet au niveau européen pour qu'il bénéficie de certains programmes européens (cf.le " Manifeste du Métafort "). C'est uniquement dans une telle orientation que l'on peut réunir le financement pour la construction et le fonctionnement du Métafort.

Dans la pratique, le Métafort a commencé à accompagner des projets qui sont au nombre de vingt actuellement et qui rendent compte, d'un projet à un autre, que les gens de même métier ne font plus la même chose. Pour un cédérom, par exemple, le chorégraphe est le réalisateur de l'ensemble, et pour un autre ce sera un réalisateur vidéo ou un journaliste ou même un écrivain. Il n'y a pas encore de règle, il n'y en aura probablement jamais parce que la numérisation a favorisé le croisement de métiers où compétence et talent se croiseront tout le temps. Il y a également un manque d'information. Pour créer un cédérom, par exemple, on peut le faire pour 500 000 francs alors que d'autres, moins bons, demandent un budget de 1500 000 francs. Le Métafort a vocation à être un centre de ressources, un recours en matière de recherche, de ressource humaine ou de compétences, de partenariat. Le site Métafort sur Internet est envisagé dans le même sens, face à cette difficulté des institutions existantes qui sont à la fois centralisées et cloisonnées par ordre de métiers ou champs d'activités artistiques ou industrielles, face à la difficulté à porter un projet de nature multimédia, face à l'incapacité à trouver des interlocuteurs. De même, le projet du Métafort, mêlant culture, social et industrie, a rencontré ses difficultés et n'a pas d'interlocuteur en dehors des plus hauts niveaux de l'Etat. Aussi, après sa participation active à la Conférence du Conseil de l'Europe à Prague en novembre dernier, le Métafort organise, les 24 et 25 janvier 1997, à la Cité des Sciences et de l'Industrie, une rencontre autour du thème " Cyber, Cités, Citoyens " ou " les technologies dans la ville " dont l'ouverture est confiée à Jean-Marc Matos avec une chorégraphie multimédia; suivront une visite guidée dans un espace réunissant l'actualité de l'offre industrielle pour les professionnels, une présentation des divers projets accompagnés par le Métafort et la mise à disposition du public d'une cinquantaine d'ordinateurs et bien d'autres initiatives, entre autres un cybercafé, l'atelier des enfants du centre Georges-Pompidou et, pour clore ces journées auxquelles s'associe le journal Regards via Internet, une table ronde présidée par Jack Ralite et animée par le directeur du Métafort, Pascal Santoni, où se rencontreront, autour du thème " Cyber, Cités, Citoyens ", Georges Balandier, anthropologue et sociologue, W. J. Mitchell, doyen du MIT, François Schuiten concepteur graphique du film Taxandria projeté à l'occasion, Gérard Théry, président de la Cité des Sciences et de l'Industrie, Pierre Musso et Jean Zeitoun, concepteurs du projet Métafort.

 


1. Cité des Sciences et de l'Industrie, Espace Condorcet, Paris-Parc de la Villette, 30, avenue Corentin Cariou, 75019 Paris; métro: Porte de la Villette ;Le 25/01/97, accueil du public de 13h à 20h.Entrée: 100F, adhérents du Métafort: 50F, familles, étudiants et chômeurs: 30F.Renseignements: 01.48.35.49.01; Télécopie: 01.48.35.08.21; E-mail: metafort@calvanet.calvacom.fr; Site Internet: http ://www.metafort.com

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