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Les trois vies de Yasmine Par Jean-Claude Oliva |
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A 26 ans, Yasmine Boudjenah est, depuis deux ans, secrétaire nationale de l'Union des étudiants communistes.
De son expérience de conseillère municipale à Bagneux de 1989 à 1995, elle retient la difficulté de participer à la vie municipale quand on n'est pas maire-adjoint ou " permanent ".
Elle apprécie les efforts fournis par les militants communistes pour coller aux préoccupations et aux façons de vivre de leurs contemporains, mais est soucieuse du résultat.
En ce qui concerne les jeunes notamment." Si on leur fait une place au PCF sans leur demander pour autant de bouleverser leur vie, cela peut constituer une expérience formidable. Un apport pour eux d'abord. Et pour les communistes qui verront s'ouvrir de nouvelles portes, tout un réseau de relations, d'amitiés, de connaissances dans la société d'aujourd'hui et de demain." Mais si les comportements et les habitudes militantes ne changent pas, elle craint fort des déconvenues de part et d'autre. Néammoins, elle a vécu ces dernières années comme " difficiles et enthousiasmantes " avec des efforts pour inventer, innover, des contacts inhabituels. Et aujourd'hui, elle a le sentiment que le PCF peut jouer un rôle plus important, notamment chez les étudiants." Avant on faisait ce qu'on pouvait mais ce n'était vraiment pas une priorité pour les communistes."
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L'engagement des jeunes femmes
Aujourd'hui quelque chose bouge en profondeur dans cette partie de la jeunesse qui, par exemple, rejette massivement Le Pen. Aussi le FN met le paquet dans les facs depuis la dernière rentrée présentant même des listes " renouveau étudiant " aux élections universitaires. D'une façon plus générale, les étudiants déclarent s'intéresser à la politique en plus grand nombre que les jeunes salariés et ces derniers lui manifestent plus d'intérêt que les jeunes chômeurs. Aussi " il y a des questions à se poser pour le PCF ", souligne-t-elle. En prenant résolument appui sur ce qu'il y a de plus neuf dans la société." On n'imagine pas ce que cela peut donner, jusqu'où cela peut aller ", s'enthousiasme-t-elle. Elle voit davantage de filles prendre des responsabilités, à l'UEC, dans le syndicat étudiant UNEF ou même dans les coordinations. Est-ce que cela change la façon de militer ? " C'est aux autres qu'il faut le demander ", sourit-elle. Plus sérieusement, elle veut voir davantage de stabilité dans l'engagement des jeunes femmes. Un constat à relativiser cependant avec les difficultés et la précarité qui minent la vie des étudiants." Rien n'est acquis en ce qui concerne la place des femmes ", souligne-t-elle. Et les études ? Cela se passe plutôt bien. Un DEA (diplôme d'études approfondies de niveau bac +5) sur l'économie algérienne - le pays de son père - mené de front avec ses responsabilités à l'UEC. Elle a été soutenue, dégagée même de ses responsabilités pour deux mois et, pendant les vacances d'été, le temps de rédiger un mémoire. Elle a l'impression aussi que son engagement l'a aidé à " tenir " à l'université et même a compté dans ses résultats. Les professeurs ont jugé son mémoire " clair et bien écrit ", autant de qualités " que je n'ai pas appris à la fac ". Et l'avenir ? Même si ce ne sera pas toujours au même niveau, elle souhaite poursuivre ses activités politiques, ses études - elle entame une thèse pour laquelle elle a obtenu une allocation de recherche - et pense aussi couple, famille, enfants: " personne n'est fait pour vivre seul ". Elle a envie de continuer à entrecroiser ces trois éléments - militantisme, travail, vie privée - car elle puise en chacun de ces domaines, la force pour les autres. Elle est sensible à la précarité, à l'exclusion, qui hypothèquent le développement des individus, rongent les capacités de penser et d'agir de chacun, même parmi les étudiants. Certes le déclin n'est pas irréversible, il y a toujours des gens pour se battre. Le sentiment de révolte, de nouvelles exigences, l'esprit critique grandissent aussi. Incontestablement une course de vitesse est engagée. |
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1. Santeria: pratique religieuse animiste fondée sur un syncrétisme entre dieux africains et saints catholiques. |