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La force tranquille de Marie-Claire Par Françoise Colpin |
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Comment le judo vient aux filles ? Personne ne pouvait mieux que Marie-Claire Restoux, médaille d'or aux Jeux Olympiques d'Atlanta, répondre à cette question: pour elle, tout simplement.
Elle avait 10 ans et vivait avec sa famille dans un village des Charentes.
Un soir, elle assiste à une séance de judo.
Pour voir.
Elle a surtout vu comment on pouvait tomber sans se faire mal.
Et c'est parti.
Une ambiance chaleureuse.
Des copains et des copines.
Puis le chatouillement de la compétition.
Le lycée sports-études à Poitiers avec deux entraînements par semaine.
Des parents qui la soutiennent dans ses choix, même s'ils n'ont rien à voir avec le milieu sportif.
Et toujours cette envie de bien faire et de réussir.
Pas seulement en judo.
Le bac.
Des études de géographie.
Mais, par-dessus tout, la compétition devenait la véritable motivation, l'objectif.
Cette petite bonne femme aux yeux clairs, rieurs, cache derrière une évidente décontraction une façon et une volonté de gérer sa vie comme elle l'entend.
Et elle y engage un potentiel physique et psychologique étonnant. Entrée à l'INSEP en l991, elle intègre l'équipe de France en 93-94. Les championnats du monde se préparent. Marie-Claire est l'une des deux sélectionnées. L'autre est choisie. Déception. Une blessure handicape la sélectionnée et Marie-Claire part à sa place au Japon et ramène le titre de championne du monde en 95." J'étais super heureuse. Mais en judo, rien n'est jamais acquis. Il faut sans cesse se remettre en question même si on est la plus performante du moment. J'ai donc continué à travailler dur et j'ai été sélectionnée pour Atlanta. A partir de là, psychologiquement soulagée, fière de représenter la France aux jeux olympiques, confiante, j'ai " positivé " au maximum. J'ai tenté de rester sereine...après tout on ne joue pas sa propre vie. Mais un combat à ce niveau n'est jamais vraiment prévisible et surtout jamais comme on l'a pensé." Ses parents, pour la première fois, ont fait le grand voyage. Jamais ils ne l'avaient accompagnée. Un choix réciproque."A Atlanta, ils se sont débrouillés comme des grands. Je ne les ai vus qu'après mes deux premiers combats, étant sûre de garder mon calme et ma concentration malgré leur présence ! ". Et ce fut la victoire." Je ne réalise pas tout de suite. La médaille d'or. Et mes parents étaient là. Quelque part, je leur offrais cette victoire. Mon fiancé, membre de l'équipe de France de tir, était resté à Paris. Je l'ai eu tout de suite sur son portable. L'affectif, c'est important pour un sportif. Comme le mental. Le corps est un tout et à ce niveau de compétition tout est sollicité, tout est à gérer." Pendant que nous parlons à la cafétéria de l'INSEP, les télés donnent à côté les images de la coupe Davis où la France s'est distinguée. Marie-Claire a un don d'ubiquité: " on est en train de gagner la coupe ". Je n'avais rien vu, ni rien entendu. Elle a 28 ans et exerce un regard aigu sur son avenir et sur celui de la société." Cette société est dure pour tout le monde " et elle ajoute: " je ne juge pas, mais je pense qu'il faut aider ceux qui souffrent tout près de nous en priorité. Certains pays, doit-on les assister ou les aider à devenir autonomes et indépendants dans le respect des différences et de l'identité de chaque peuple ? C'est plutôt mon point de vue. Mais quand je voyage, je suis contente de rentrer en France." Ses études de géographie lui ont donné un certain esprit critique sur la marche du monde. Elle terminera son mémoire quand le moment sera venu de laisser la place aux autres. Elle enseigne le judo. Elle travaille à la mutualité française dans la communication et la prévoyance sports-santé." Je me donne la possibilité de choix pour mon avenir. Rien n'est facile. Certes, j'ai eu une chance inespérée de montrer ce que je valais. Il faut se remettre en question si on veut remettre la société en question. Et je pense que les choses que l'on aime vous correspondent forcément." Marie-Claire et le judo, c'est un mariage d'amour en attendant celui qu'elle prépare avec son fiancé " comme un acte important car je suis assez traditionaliste " dit-elle en riant. Marie-Claire Restoux est foncièrement positive, foncièrement optimiste, foncièrement équilibrée." Je m'estime privilégiée d'avoir réussi là où je m'était préparée physiquement et psychologiquement car le mental fait souvent la différence." Le judo, elle a plongé dedans et dans les valeurs que porte la carte de judoka: politesse, courage, sincérité, modestie, honneur, respect, contrôle de soi et amitié, " le plus pur des sentiments humains ". Des valeurs quelquefois oubliées, dit Marie-Claire, " mais qu'il faudrait valoriser et revaloriser pour remettre justement bien des choses en place dans cette société." Marie-Claire Restoux pèse 52 kilos, c'est le poids exigé dans sa catégorie: " soit je gère ça facilement, soit je passe dans la catégorie supérieure " me dit-elle en riant et en croquant à belles dents dans une barre de céréales. Je me demande ce qui pourrait ébranler son équilibre et sa gaîté. Tant mieux. |
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1. Santeria: pratique religieuse animiste fondée sur un syncrétisme entre dieux africains et saints catholiques. |