|
29e Congrès du PCF
Par Françoise Colpin |
|
|
|
Sur les lieux de travail de ceux qui trouvent la force de se battre " pour les hommes ".
Témoignage sur la fragilité du militant dans l'entreprise quand les emplois diminuent, la journée de travail s'allonge et la productivité augmente.
Mahé Felouki, secrétaire de la section du PCF de Renault-Douai, livre en vrac quelques réflexions qui s'accrochent à une réalité et à une expérience parfois difficiles à vivre. On dit couramment Renault-Douai, mais c'est l'usine aux champs présentée, il y a vingt-deux ans, comme un des piliers de la cathédrale de l'emploi que devait représenter le Nord dans les perspectives européennes. Elle est devenue bien fragile, cette cathédrale, avec la diminution permanente des emplois (moins un millier en un an) et, corrélativement, l'accroissement de la production avec l'automatisation et l'aménagement du temps de travail. Situation apparemment contradictoire et mal vécue, très mal vécue dans l'usine. La fameuse Mégane de technologie avancée que permet cette usine ultra moderne sera, paraît-il, bientôt fabriquée en Amérique latine. Au bénéfice des coûts de production. La première aventure américaine n'aura donc pas servi de leçon. Il y a de la colère, de la frustration, de la souffrance humaine et de la lutte dans cette usine, sorte de cobaye du groupe automobile. Quatre-vingt-quatre communistes essaient de faire face à cette situation difficile. Les hommes et leur place dans la production, la gestion ? Comment faire lorsqu'il faut sortir 1 400 véhicules par jour avec la politique du flux tendu, que la journée de travail s'allonge, que la déqualification porte atteinte au moral et à la dignité. L'équation est claire: l'homme ou les coûts de production. Elle se pose également de cette façon pour les communistes. On propose, par exemple, à des " bacs + 2 " ou à des techniciens maîtrisant la conception assistée par ordinateur en trois dimensions d'être mutés sur chaîne." Vous êtes encore relativement jeunes et pas usés " exprimant ainsi le choix et le mépris de la direction. Mahé fait les postes, le matin de 5 h 34 à 13 h 54. Son temps de pause a été rogné. Un quart d'heure pour manger. Même pas le temps d'aller à la cantine." Quand je rentre chez moi, je suis crevé. Si je n'étais pas venu discuter avec toi, je dormirais ". Ce n'est pas tout à fait vrai parce qu'il a organisé avec les copains une vente de masse de Liberté-Hebdo qui parlait de l'usine, parce qu'une lettre aux adhérents accompagnait le document du 29e Congrès, parce qu'une revue de presse se confectionne et se distribue, parce que les propositions des communistes pour l'immédiat représentent la seule alternative à la dégradation de la situation. Et ça finit par se savoir. La grande difficulté reste celle du temps et de la capacité de concentration pour la lecture et celle de se réunir.
|
|
La politique ne doit pas venir comme un supplément
La privatisation franche ou rampante du groupe n'est pas seule sur le terrain des idées " parce que, dit Mahé, ce ne sont pas seulement des gestionnaires qui veulent nous faire avaler des questions d'organisation du travail, ce sont des politiques et des affairistes du fric qui nous vendront avec l'usine. Inacceptable. Et c'est sans arrêt qu'il faut expliquer. Ce n'est pas parce que tu le vis que tu comprends tout de suite. On nous culpabilise. On nous fait avaler des couleuvres comme l'idée que l'évolution de l'usine nécessite des sacrifices. Toujours pour les mêmes. Non, non, il y a de l'effervescence dans la boîte et la politique ne doit pas venir comme un supplément. Elle est dedans, complètement ". Mais ce congrès, qu'en attendent-ils chez Renault ? " Je dis toujours que, lorsque les ouvriers trinquent, c'est que le parti n'est pas assez puissant. Si on n'a pas compris cela depuis 81, c'est malheureux. D'ailleurs, sur l'union, les gars restent circonspects.Ça discute dur. Surtout quand, dans l'usine, la CFDT signe avec le patron comme sur le plan national. Alors qu'est-ce qu'on fait ? On va échanger quelques mots à la pose, sur les chaînes. Moi, j'ai 25 heures pour m'occuper des caristes, de l'entretien et de la chaîne. Tu vois d'ici." Les réunions sont difficiles à tenir à cause des postes et de l'implantation de l'usine où les gars viennent de partout, souvent de loin. Mahé et ses copains ne manquent pourtant ni d'espoir, ni d'ambition.
|
|
Trouver des formes de participation à une lutte porteuse
Ils pensent que des idées telles que " bouger tous ensemble " ou " changer de politique " ou " taxer les produits financiers " ne restent plus des formules et que l'expérience mêlée à l'élévation des consciences ouvre une perspective plus positive qui a percé le mur du fatalisme." Tu n'es pas communiste pour toi-même ou quelques-uns autour de toi. C'est la société que tu veux changer avec les autres. Nous avons débattu de cette idée dans une journée d'étude. Je pense que nous ne sommes pas encore débarrassés de la délégation de pouvoir et que l'organisation s'en ressent. Il faut chercher des formes de participation, se creuser la tête. On devrait y arriver. C'est vrai que c'est dur. Même la lutte. Les gars sont surendettés. Les gamins sont au chômage. Il faudrait réfléchir à une lutte porteuse qui ne coûte rien. Cela n'a jamais existé et je n'ai pas de recette miracle. L'explosion, on la sent. Ils vont trop loin dans leurs mauvais coups. Ce congrès nous donne des points de repère intéressants, des pistes aussi bien politiques qu'économiques qui, si tu réfléchis bien, s'appliquent complètement à la boîte. Mais on bute sur des difficultés objectives. On a réuni 70 jeunes intérimaires lors d'une journée-débat sur l'emploi. Nos solutions collent. Peut-être faut-il trouver une autre conception du militantisme. Je cherche avec les copains. Il n'y a pas ou plus de solution toute faite. C'est certain." Une certitude aussi, Mahé l'exprime ainsi: " On se bat sur le contexte humain. Pour les hommes." Ce n'est pas une formule. |