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29e Congrès du PCF
Par Jean-Claude Oliva |
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Voir aussi Dynamique de Marx |
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En permettant de prendre un recul salutaire sur les pratiques politiques, la mutation entreprise ouvre de nouveaux horizons.
Le xxixe Congrès enregistrera-t-il les exigences montantes de la société et des communistes eux-mêmes ?
Un jour peut-être des historiens dépouilleront les archives du PCF à la cote 1996. Et ils seront très surpris de trouver - de juin à octobre, dans ce qu'ils comprendront par la suite, être la première phase de préparation du 29e congrès - des milliers de compte-rendus de réunions, de lettres, de contributions: un véritable trésor. Et comme les historiens sont des gens très sérieux et méthodiques, ils liront tout, trieront, classeront par thèmes et par mots-clé, feront des recoupements, analyseront, etc. Le laboureur de La Fontaine indiquant à ses enfants le champ où il avait enterré son or, ceux-ci piochèrent, piochèrent, ce qui fit leur fortune. Les communistes à la recherche d'une mythique " ligne politique " ont beaucoup réfléchi, discuté, écrit, ce qui est bien l'essentiel. Ce travail en profondeur aura modifié des consciences, des comportements, mûri des militants... Pour le reste, les historiens feront leur travail.
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Une forme de militantisme au rythme de chacun
En attendant le résultat de leurs travaux et en se limitant volontairement à une seule des questions en débat, le Parti communiste français, on se permettra néanmoins quelques réflexions à chaud. D'abord les habitudes ont la vie dure. Beaucoup de compte-rendus - les historiens le constateront - sont anonymes. Souvent les intervenants ne sont pas pointés. L'individu s'efface encore derrière le collectif. Le summum est atteint lorsque est noté en marge des interventions: camarade no 1, no 2, etc. Attention, Big Brother n'est pas mort ! Paradoxe, car la valorisation de l'individu est au coeur de nombreuses interventions. Mais la question du rapport entre individu et organisation fait débat. Intégrer des gens au parti - du sang neuf - ou mettre celui-ci résolument au service des gens ? Ce n'est pas la même chose. Par exemple, faut-il faire des nouveaux adhérents des porteurs d'idées du PCF, comme il y eut des porteurs de valises, ou chercher à ce que chacun puisse vivre en permanence dans l'activité du PCF, les motivations de son engagement ? Le débat rebondit sur le sens du militantisme. Certains pensent que le porte à porte gêne les gens tandis que d'autres au contraire se disent surpris de l'accueil favorable reçu. Qui est gêné alors ? Cela traduit aussi un certain spontanéisme: faire de la politique sans le vouloir, en allant faire ses courses ou en promenant son chien. Mais comment militer à sa façon sans l'imposer forcément aux autres ? On ne rencontre personne en faisant ses courses dans un hypermarché et on ne va pas acheter un chien pour engager la conversation avec les voisins: il ne peut y avoir de recette qui convienne à tous. Reste la recherche commune d'une forme de militantisme au quotidien et au rythme de chacun. Et le constat d'un décalage entre un type de comportement militant et les attentes montantes de solutions aux grands problèmes de société, de réponses au concret et à l'urgence, de proximité, de suivi des interventions. Ce n'est pas l'existence ou non d'une structure, d'une organisation qui est posée - quel que soit le nom qui lui est donné - mais plutôt son adaptation aux exigences actuelles parmi lesquelles paraît essentielle la proximité des salariés, de la population. Si l'on cherche à amener des gens au parti, à ce qu'ils prennent leur place dans la structure - à leur poste de combat en exagérant à peine - on en vient très rapidement à un constat en forme de SOS, fréquemment entendu: la cellule ne fonctionne pas, il n'y a pas assez de militants, etc. Le décalage constaté entre la sympathie pour le PCF et le vote communiste concerne a fortiori l'engagement militant. Et il faudra bien se pencher sur ce double phénomène: d'un côté, la désertion de structures qui n'apparaissent pas directement utiles à l'intervention de l'individu et perdent tout sens, et, de l'autre, l'afflux de citoyens éprouvant de la sympathie pour les communistes et souhaitant avoir leur mot à dire dans la marche de la société, notamment parmi les femmes et les jeunes.
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Les jeunes et les responsabilités dans le parti
La moitié des 3 500 adhésions réalisées chaque année en Seine Saint-Denis, par exemple, sont des jeunes. Mais après ? Il n'en reste que 9% à la fin de l'année et presque aucun dans les directions. Au comité fédéral (l'instance départementale), pas un communiste de moins de trente ans. Et il ne s'agit pas d'un cas isolé. Dans les bureaux fédéraux à travers tout le pays, il n'y a que neuf communistes de moins de trente ans et significativement aucun en région parisienne. Aucun jeune de moins de trente ans non plus au niveau de la direction nationale. Si l'on ne peut que se réjouir de l'existence d'une jeunesse communiste vivace, pour le reste... Quand on sait qu'il n'y a pas plus de jeunes dirigeants au PCF qu'au RPR ou au PS, on peut comprendre que les Français aient du mal à saisir l'identité contestataire de ce parti. Mais ce n'est pas une question d'âge, répète-t-on comme seule réponse. Oui et non. Ce n'est pas une question d'âge car personne ne souhaite décréter de limite d'âge. Mais c'est une question d'âge, car, en sens inverse, les jeunes sont exclus des responsabilités en raison de leur âge. D'où vient cet ostracisme ? Les jeunes ne seraient pas capables d'assumer des responsabilités ? Dans le parti du colonel Fabien - promu lieutenant sur le front d'Espagne à 19 ans et tué à 25 - qui peut le croire sérieusement ? Ils ne seraient pas compétents ? Pourtant les jeunes d'aujourd'hui - dans un siècle d'éducation et d'information - ont certainement plus de connaissances et de compétences que ceux de l'époque de Saint Just, conventionnel à 22 ans. Bien sûr, il s'agit de les aider à assumer leurs responsabilités et de ne pas les abandonner une fois élus en attendant de constater leur échec: mais cela est vrai pour tout nouveau responsable, jeune ou pas. Si l'impossibilité ne vient pas des jeunes eux-mêmes, c'est qu'elle vient du parti tel qu'il est construit. En général, on est élu à sa direction une fois pour toutes et, sauf accident, on ne la quitte que volontairement. Dans ces conditions, élire des jeunes de vingt ans reviendrait à trouver les perles rares qui pourraient occuper un poste de responsabilité pendant 40 ou 50 ans. Le défi tient de la gageure. Se pose alors la question de la nature du pouvoir de la direction, obstacle réel au fait d'avoir de jeunes dirigeants.
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Quand les femmes s'investissent dans la politique
Même phénomène concernant les femmes, plus de 40% parmi les adhérents du PCF. Au comité de section de Bagnolet élu au 28e Congrès, elles sont encore près de 40%. Au comité fédéral de la Seine-Saint-Denis ou au Comité national, elles sont moins d'un quart. Au-delà des données numériques brutes, il faut voir ce qu'elles font dans les organismes de direction. Trop souvent, elles reproduisent les comportements de leurs homologues masculins, ne serait-ce que le cumul des mandats et des responsabilités ou l'exceptionnelle longévité politique. Ce qui rejoint un constat plus général que dresse dans le Nouvel Observateur la psychanalyste Julia Kristeva " aujourd'hui il est plus facile d'être femme en n'étant pas une femme. Dans la plupart des cas on demande aux individus d'assumer des lois, des interdits, des stéréotypes, de se plier à cet ordre normalisateur et pervertible. Quand les femmes jouent ce jeu, elles cessent d'être femmes, elles deviennent des petits chefs, et, à partir de là elles font carrière... On pourrait donner de multiples exemples en politique, dans les médias, dans les entreprises. Quand elles ne jouent pas ce jeu elles sont sacrifiées." Bien sûr, Mme Thatcher n'est pas adhérente au PCF !
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Inventer à terme une nouvelle figure du pouvoir
Pour autant, cette réflexion ne concerne-t-elle pas le PCF autant que les autres partis ? Avec le formidable potentiel de renouvellement qu'on peut entrevoir dans cette réflexion. Car, au-delà du constat banal que, sur bien des sujets qui concernent les femmes, les hommes décident, ne pas donner toute leur place aux femmes revient à refuser l'évolution de la pratique politique. L'expérience montre que vingt-cinq ou trente-trois pour cent de femmes dans une assemblée c'est mieux que rien, mais cela ne résout pas le problème. On ne tient pas assez compte de leur avis et de leur vie, de leur disponibilité par exemple, de leur forme d'investissement personnel et on continue comme avant: à elles de s'adapter au mode dominant. Elles ont alors le " choix " entre s'abstenir de participer et disparaître progressivement, ou se comporter comme leurs collègues masculins. Par contre, avec 48, 51 ou 60% de femmes (il ne s'agit pas d'un seuil arithmétique mais d'un engagement massif), ce ne serait plus du tout pareil. Répercuté à tous les niveaux d'un organisme entier, cela provoquerait un véritable électrochoc - bénéfique pour tous et pas seulement pour les femmes -, et imposerait sans doute une transformation profonde et durable de la façon de travailler, de prendre les décisions et immanquablement des décisions prises: autant dire une autre façon de faire de la politique. Pareil pour les jeunes: il ne s'agit pas d'une présence symbolique d'un ou deux individus, mais d'une présence réelle, en nombre important. Certains objecteront que, pour l'entrée de nouveaux et de nouvelles, il faut le départ d'anciens. Mais quel que soit le mérite personnel de tel ou tel dirigeant, s'accrocher à son poste, concentrer responsabilités, tâches, activités, ne contribue-t-il pas à nourrir la délégation de pouvoir et à réduire à l'impuissance d'autres personnalités, femmes et jeunes en premier, dont personne ne pourra jamais apprécier le mérite ? On peut viser aussi des formes d'organisation plus souples, qui ne concentreraient pas les mêmes enjeux de pouvoir. Du coup, certains pourraient se dispenser de s'y faire élire pour ne jamais y participer. Les solutions pratiques ne manquent pas, du moment qu'on a la volonté politique de passer aux actes. Au-delà des femmes et des jeunes - qui ne sont pas des catégories sociales homogènes - le problème concerne chaque citoyen. En premier lieu, tous ceux qui aspirent à décider de leur vie, qui se manifestent comme en décembre dernier, qui ont des opinions et des idées, mais qui ne prennent pas d'engagement militant et encore moins de responsabilités. Tout simplement parce qu'ils veulent rester eux-mêmes, qu'ils ne veulent pas devenir des prédateurs, des gens de pouvoir. Pour avancer avec eux, on ne peut faire l'économie de toucher à la nature du pouvoir, d'inventer à terme une nouvelle figure du pouvoir. Du pouvoir parlons-en justement. Qu'ils se définissent en rupture de ban ou qu'ils soient à l'aise avec leur parti, le moins que l'on puisse dire est que la démocratie frappe rudement à la porte des édiles communistes. De villes aux situations politiques très différentes parvient un flot de remarques qui touchent à la démocratie et à la façon dont les communistes qui ont une parcelle de pouvoir se comportent. Le parti peut-il devenir un laboratoire de la démocratie vivante ? Les communes et autres collectivités où le PCF exerce un pouvoir certes limité mais réel et reconnu, peuvent-elles devenir des lieux d'expérimentation démocratique ? Souvent, quand des citoyens soulèvent ces questions, ils s'entendent répondre: attention utopie ! Les communes gérées par les communistes ne sont pas des îlots préservés du capitalisme, ce qui est tout à fait vrai. Et de renvoyer ces braves gens à un changement de société préalable et global, c'est-à-dire au niveau du pays et donc du gouvernement, bref en haut. Et revenez nous voir après ! Cette variante de " Messieurs les Anglais, tirez les premiers " justifie l'immobilisme. Elle ignore l'échec pourtant chèrement payé d'une stratégie de changement trop limitée à la prise de pouvoir en haut. Elle fait aussi l'impasse sur la démocratie devenue une demande sociale en tant que telle au même titre que le droit au logement ou à l'éducation. Et se limiter à dénoncer les responsabilités réelles des politiques menées au niveau du pays, alimente l'impuissance des citoyens voire un sentiment d'inutilité à l'endroit de ces élus qui ne peuvent rien faire. Si relativement peu d'interventions se réfèrent directement au rôle des dirigeants, il est cependant souvent constaté que les responsables, même de base, sont trop pris par ailleurs et peu disponibles. C'est que trop repose sur les épaules du secrétaire de cellule, les sollicitations à la réflexion, l'organisation et l'action collective, tout part de lui ou passe par lui. Et c'est ainsi à tous les niveaux. Nous sommes là au coeur du fonctionnement pyramidal du haut vers le bas que chacun dit vouloir dépasser. Bien que les statuts adoptés au 28e congrès ne le précisent pas, à tous les échelons du parti il y a le premier et puis les autres. Pour éviter une dilution des responsabilités ou plutôt de la " vérité révolutionnaire ", vestige des anciennes stratégies du PCF, on surresponsabilise le premier au détriment des autres. Dans les conditions actuelles, cette hiérarchie pesante ne garantit plus le succès, mais devient un frein. Un premier secrétaire d'une section (organisation au niveau d'une ville ou d'une entreprise) par exemple se trouve ainsi au point de passage obligé entre le haut et le bas dans tous les domaines. Résultat, il croule sous les tâches politiques et administratives les plus diverses et son efficacité s'en trouve réduite d'autant. De là à envisager de vrais collectifs de direction associant plusieurs communistes à égalité de responsabilité... Ces exigences fortes concernant les femmes, les jeunes, la démocratie se retrouvent de plus en plus dans les textes du PCF. Ce qui nourrit le scepticisme des uns et l'impatience des autres. Vont-elles passer dans les faits ? A cet égard, le credo des " refondateurs ", la mutation reste à faire apparaît en retrait. On n'en est plus là. L'opinion a enregistré de premiers changements conséquents au PCF, et plus d'un militant, parfois désarçonné, aussi ! Et à présent, on en veut davantage: l'appétit vient en mangeant ! La mutation déjà amorcée ouvre de nouveaux horizons, permet de prendre un recul salutaire sur les pratiques traditionnelles, et appelle du coup de nouvelles exigences et de nouveaux changements à ne pas sous-estimer. Verront-ils le jour ? Les communistes répètent à l'envi que rien ne serait pire pour la gauche que de se fourvoyer dans une alternance en 1998 et de décevoir à nouveau. La leçon vaut aussi pour eux. Rien ne serait pire que de profiter d'un courant de sympathie ou même d'une embellie électorale pour se figer à nouveau ou renouer avec les méthodes passées. Les historiens vous le diront. |
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Dynamique de Marx
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La crise que traversent aujourd'hui le capitalisme et son cortège de chômage, d'exclusion et d'inégalités criants alimente le regain d'intérêt des économistes pour l'oeuvre de Karl Marx.
La table ronde "Karl Marx et la dynamique du capitalisme", organisée par le laboratoire " Redéploiement industriel et Innovation " de l'Université du littoral à Dunkerque, a réuni, les 18 et 19 octobre 1996, chercheurs et universitaires.
Les débats ont souligné la pertinence de la méthode de Marx, pluridisciplinaire et holiste, pour appréhender les mouvements longs de l'économie, la crise actuelle et l'avenir du travail.
L'analyse de la crise effectuée par Marx met en évidence la dialectique des rapports sociaux de production et leur rôle dans l'évolution sociale: luttes intestines entre capitalistes, entre banquiers et industriels mais surtout entre les salariés et les capitalistes.
Aujourd'hui, la production et l'application des nouvelles technologies mettent à mal l'un des piliers du capitalisme, le salariat.
Le chômage et la précarisation du travail isolent le travailleur de l'activité créatrice de richesses et accroissent son exploitation.
Les politiques économiques favorisent d'autre part le profit des grandes firmes au détriment de la cohésion sociale.
Les débats ont montré qu'aujourd'hui l'enveloppe de la société capitaliste craque...
Les actes de la table ronde " Karl Marx et la dynamique du capitalisme "seront publiés dans le no 6 de la revue Innovations, Cahiers d'économie de l'innovation (été 1997).
Blandine Laperche
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