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29e Congrès du PCF
Par Philippe Méchet* |
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Les résultats de l'élection législative partielle des 13 et 20 octobre derniers à Gardanne resteront un événement à sens multiple.
Ils constituent autant de messages politiques à analyser et à retenir pour les élections générales de 1998.
En désignant M. Roger Meï, le candidat communiste, comme député à l'Assemblée nationale, les électeurs ont par la même occasion envoyé un grand nombre de messages au gouvernement et aux grandes formations politiques (Parti communiste, Parti socialiste, UDF et RPR). Mais, avant d'entrer dans le détail des conséquences des résultats de cette élection, il est nécessaire de revenir sur le scrutin. Si l'on compare la partielle de 1996 aux législatives à Gardanne en 1993 et 1988, on observe que les variations globales des grandes familles politiques sont relativement modérées tandis que les mouvements internes au sein de ces familles sont de forte amplitude. En 1988, la gauche dans son ensemble obtient 49,6% des voix au premier tour puis chute à 44% en 1993 pour atteindre 51% le 13 octobre dernier. Mais la ventilation des résultats à gauche indique de fortes variations et la percée du candidat communiste Roger Meï est spectaculaire: il totalise à lui seul 37,9% des voix le 13 octobre contre 19,3% en 1993 et 23,4% en 1988. Mais tout aussi spectaculaire est la chute du candidat soutenu par le Parti socialiste qui franchit les 26,2% des voix au premier tour de 1988 (Yves Vidal) et 25,6% en 1993 avec la candidature atypique du radical Bernard Tapie pour tomber à 13,3% avec Bernard Kouchner, qui ne manquait pourtant pas d'une certaine " aura " médiatique. A droite, la situation est quelque peu différente et particulièrement inquiétante pour l'avenir. Damien Bariller, le candidat du Front national, dépasse légèrement en 1996 le score de Bruno Mégret de 1988 (26,8% contre 26%). Mais, pour être tout à fait complet sur la situation de l'extrême droite, il conviendrait d'ajouter à Damien Bariller les scores de quatre candidats se revendiquant de la même idéologie et se présentant de manière isolée le 13 octobre dans le but indéniable de favoriser le candidat UDF-RPR-MPF. Ces quatre candidats atteignent au total 3% des voix, ce qui place la réalité de l'extrême droite au premier tour à 30%. Dans le même temps, le candidat de la droite de gouvernement perd 5 points par rapport à 1988 et près de 9 points par rapport à 1993. Ces résultats montrent que l'ensemble droite traditionnelle et extrême droite obtient 46% des voix en 1996, le même score qu'en 1988... Pour autant, les électeurs ont nettement choisi Roger Meï le 20 octobre lui donnant 60,3% des voix et envoyant en même temps plusieurs messages politiques à retenir pour les élections générales de 1998.
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Une condamnation sans appel de la politique Juppé
Tout d'abord, la politique du gouvernement fait l'expérience d'un vrai rejet des électeurs de la circonscription. Et Roger Meï est en droit, dans sa première déclaration publique au soir du second tour, de souligner que " sa victoire est une condamnation sans appel de la politique Juppé ". Avec une popularité qui au même moment s'établissait à 23% selon la SOFRES, il va de soi que les chances de victoire du candidat UDF-RPR relevaient du miracle. Et son candidat Hervé Fabre-Aubrespy n'a d'ailleurs pas hésité à se démarquer fortement de la politique conduite par le Premier ministre; ce qui, aux yeux des électeurs, était une forme de reniement jamais apprécié par les citoyens et qui n'a pu que lui porter préjudice. Ensuite, beaucoup de médias ont titré au lendemain du premier tour que la présence du candidat communiste face au candidat FN au second tour symbolisait la victoire des anti-Maastricht. Cette thèse fait totalement abstraction de la réalité locale et oublie que si Bernard Kouchner est un partisan de Maastricht, Hervé Fabre-Aubrespy investi par l'UDF et le RPR a été élu en 1994 député européen sur la liste de Philippe de Villiers et contre le traité de Maastricht. Comme le souligne Véronique Maurus dans le Monde du 22 octobre: " L'Europe, la monnaie unique, ici, franchement on s'en moque: trop loin, trop flou. Le chômage, la délinquance, la mort annoncée de la mine, le gouvernement, la perversion des élites: voilà pêle-mêle contre quoi l'on vote." Les électeurs veulent savoir où va le pays et quelle place leur est faite dans la société de demain. Rien de plus, rien de moins, et c'est déjà beaucoup. M. Roger Meï, fort de son bon sens et de la proximité qu'il entretient avec ses concitoyens, était, à n'en pas douter l'homme de la situation: humaniste et à l'écoute. Le message aux formations politiques est clair: " Faites attention à nous, soyez plus proche de nous ou gare à l'orientation de notre bulletin de vote." De quoi nourrir les programmes et l'action des candidats d'ici 1998.
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Le refus des candidats parachutés
Enfin, l'élection marque le rejet des candidats imposés par les appareils des partis politiques. En avalisant le parachutage de Bernard Kouchner, le Parti socialiste a pu mesurer qu'être le meilleur dans les médias n'est pas une arme pour convaincre sur le terrain. Et pour les législatives de 1998, il faudra au PS imposer ses candidats longtemps à l'avance s'ils ne sont pas déjà implantés; voilà qui devrait rapidement le conduire à lever le voile sur les noms des femmes mais aussi des quelques hommes nouveaux devant affronter le suffrage universel dans moins de deux ans. L'UDF et le RPR ont, eux, à se méfier des dissidences dans leurs camps de candidats qui ne voudront pas endosser le bilan du gouvernement et iront isolément à l'élection. Quant au Parti communiste, au-delà de son programme, son intérêt est de jouer le terrain et la proximité avec les citoyens; registre où son crédit est élevé. De la même manière, il aura bénéfice à indiquer qu'il veut participer activement à la gestion des affaires du pays pour ne pas paraître se détourner de ses responsabilités. Autant de leçons à méditer du fait de l'élection très réussie de Roger Meï. |
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* Directeur des études politiques de la SOFRES. |