Regards Novembre 1996 - Points de vue

Un message d'espoir et de dignité

Par Lysiane Alezard


Nadine Gordimer *, garde intacte sa détermination, son engagement au service de la liberté. Au cours des décennies où le régime de Prétoria a fait régner la terreur et la haine sur les Noirs d'Afrique du Sud et ceux qui les soutenaient, la plume de Nadine Gordimer n'a eu de cesse de prendre le parti de la lutte. C'est comme cela, dit-elle avec pudeur, qu'elle a été " du côté des clandestins ", qu'elle s'est politisée et s'est, naturellement retrouvée aux côtés de l'ANC, des Noirs. Qu'est-ce qui la fait encore réagir, écrire, aujourd'hui ? " La vie, la volonté de dire la réalité, de contribuer à sa transformation." Elle ne tarit pas d'éloges à l'égard du président Mandela, un chef d'Etat " unique " qui n'est pas compromis par la corruption et respecte ses concitoyens, explique-t-elle. Elle lui sait gré aussi d'avoir, " à peine élu, débarrassé son pays de l'arme nucléaire". Quel avenir allons-nous laisser aux générations futures ? Une interrogation qui anime particulièrement Nadine Gordimer. C'est pour elle une question de survie de l'humanité. Elle y tient tant qu'elle a accepté une invitation du Mouvement de la Paix à venir deux jours en France, participer à un débat sur cette question à la Fête de l'Humanité. Elle s'émerveille des changements intervenus en moins de trois ans dans son pays." Quand je vois des amis autrefois en prison, en exil, menacés de mort, etc devenus membres du Parlement, j'ai parfois peine à y croire. C'est formidable de pouvoir être en vie dans l'Afrique du Sud de 1996, pour assister à tout cela ! "

L'écrivain sud-africain ne cache pas pour autant les nombreuses difficultés à surmonter. Ecrivain de langue maternelle anglaise, Nadine Gordimer a un cheval de bataille: permettre à tout écrivain de s'exprimer dans sa langue d'origine, même si l'Afrique du Sud compte plus de dix langues différentes. Comment écrire en anglais quand sa langue maternelle est le zoulou ou le xhosa ? Et comment avoir accès à la lecture sans bibliothèque ? Pour le prix Nobel de littérature, le problème de l'alphabétisation est primordial. Lectrice avertie, elle se passionne pour d'autres littératures. Côté auteurs français, elle préfère Michel Tournier, même si, avertit-elle, " cela peut surprendre". Elle se souvient des Météores, qui l'ont beaucoup marquée. L'histoire de cette ville-décharge décrite il y a plus de douze ans, " n'a rien perdu de son actualité. Le monde d'aujourd'hui n'est-il pas menacé de devenir une gigantesque décharge ? " Cette femme n'a de cesse d'apporter sa pierre à l'édifice de l'après-apartheid. Qu'il s'agisse de la place des femmes en politique, du développement du cinéma sud-africain, de l'aide aux jeunes écrivains, Nadine Gordimer est de tous les combats. Parce qu'écrire c'est politique. L'écrivain n'est pas isolé de la société. Il l'est, ajoute t elle, " pour rendre la réalité touchante, pour parler de l'humanité".

A 73 ans, deux ans et demi après la fin de l'apartheid, elle n'a rien perdu de son énergie pour construire une société juste et non raciale.

Pour ce message d'espoir et de dignité: Merci, Madame Gordimer.

 


* Prix Nobel de littérature.

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