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J'espérais la paix Par Agnès Pavlowsky |
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Entretien avec Tamar Gozansky * |
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La victoire de Benyamin Netanyahu, pourtant sans surprise, m'a profondément attristée.
La politique qu'il conduit confirme mes pires appréhensions.
Quelque mois avant, j'étais plutôt optimiste pour l'avenir de ma première petite-fille.
J'espérais que nous aurions une vraie paix, de celles qui s'instaure entre les peuples plus qu'entre les gouvernements, même si sa construction devait prendre du temps.
Seule la paix peut assurer la sécurité si chère au coeur des miens.
L'accord d'Oslo faisait sauter des verrous.
Il pouvait transformer les états d'esprit, peu à peu, atténuer les haines et les méfiances, opérer une sorte de révolution des mentalités.
S'il ne réparait pas toutes les injustices que les Israéliens ont infligé aux Palestiniens, au moins reconnaissait-il à ces derniers le droit à décider de leur façon de vivre.
En contrepartie, Israël allait s'intégrer dans la région parmi les autres Etats arabes et musulmans.
Mais, le 29 mai, la victoire du Likoud a tout assombri.
Les Palestiniens, appauvris et humiliés par le bouclage des territoires et le refus de négocier, ne pouvaient ressentir l'ouverture du tunnel à proximité de la mosquée que comme une provocation.
Et Tsahal avait l'ordre d'intervenir.
Comment ne pas voir que le gouvernement israélien est responsable des morts et des blessés des affrontements de septembre, israéliens comme les palestiniens ? Je suis outrée, de ce que le premier ministre ait préféré accuser les Palestiniens, sans avoir un mot pour leurs morts, pour leurs familles, comme s'il y avait deux sortes de victimes !
La politique menée à l'époque par Yitzak Rabin m'inspirait des réserves, mais le personnage avait une tout autre envergure humaine. Général de l'armée, il avait combattu les Palestiniens. Expérience faite, sa raison et son sens des responsabilités envers la nation et les siens l'avaient emporté. Il n'en est rien aujourd'hui. Dans les affrontements de septembre, le processus de paix a failli capoter et nous avons risqué la guerre ! Comment auraient alors réagi les pays arabes ? Netanyahu est un homme dangereux ! Il veut étendre les colonies et en construire d'autres. Il a fait détruire des maisons palestiniennes à Jérusalem. Sa stratégie vise à créer des sources de tensions débouchant sur des crises à répétition dans le but de paralyser le processus de paix. Il parle de paix tout en faisant traîner les pourparlers à n'en plus finir. Qui en est dupe ? Bien sûr, le Likoud va devoir s'accommoder des accords d'Oslo dont il a hérité, de l'instauration des zones autonomes, d'une autorité palestinienne. Il a dû moduler ses positions idéologiques mais n'a pas renoncé à l'idéologie du " Grand Israël", responsable de l'impasse actuelle. D'ailleurs, le maintien des colonies par les travaillistes, notamment à Hébron, lui avait préparé le terrain. Selon les sondages, près de 80% de la population israélienne est inquiète. Comme je le suis moi-même. Je souhaite que cela la conduise à faire pression sur la politique du premier ministre car il sait tirer profit du sentiment d'insécurité de mes concitoyens: c'est ainsi qu'il a gagné les élections. Comment pouvons-nous exiger des Palestiniens qu'ils restent calmes quand nous ne remplissons pas nos obligations envers eux ? Ils m'ont encore une fois étonnée en septembre en se montrant capables de revendiquer leurs droits tout en optant pour la paix. N'ont ils pas été favorables aux accords d'Oslo, bien que ceux-ci soient très éloignés de leurs aspirations ? |
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* Députée à la Knesset.Dirigeante communiste israélienne, elle est également vice-présidente du Mouvement pour la paix et l'égalité, le Hadash. |