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Actualités... Par Henri Malberg |
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La société française bascule dans le refus.
Chacun le sent autour de soi.
C'est aussi ce que disent les enquêtes d'opinion.
Selon l'IFOP qui, depuis longtemps, étudie la cote de popularité des gouvernants, le rejet de la politique poursuivie par le pouvoir actuel se généralise.
M.
Juppé détient maintenant le record absolu du mécontentement de toute l'histoire de la Ve République - 21% de satisfaits et 69% de mécontents.
Jacques Chirac est associé dans cette descente aux enfers - 28% de satisfaits et 61% de mécontents.
L'actualité, semaine après semaine, confirme la profondeur du rejet, qui alimente, chacun le note, un débat sur les causes et la recherche d'une autre issue.
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Le mouvement social
Le mouvement social monte, cherche un passage et l'occasion de montrer sa force. Plus le pouvoir fait le sourd, plus la vague se fera puissante. A cet égard, le 17 octobre mérite qu'on y revienne. Tout le monde a noté l'importance du mouvement, son contenu revendicatif offensif, son union et sa popularité dans le pays. Dès le 17, Louis Viannet et le Comité confédéral de la CGT ont posé la question de la suite. La tendance au rapprochement entre les syndicats est visible.
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Gardanne
Gardanne: que de symboles ! Le candidat de Le Pen battu par un communiste. Bernard Tapie remplacé par Roger Meï, avec 16% de plus que celui-ci lors de son élection. Ainsi donc, à qui se demandait légitimement s'il pouvait y avoir un débouché politique électoral au regain d'intérêt pour le Parti communiste, l'élection de Gardanne répond: oui. Au premier tour, par rapport à Bernard Kouchner, le candidat communiste, proche de la population et plus nettement à gauche, a doublé son pourcentage passant de 19 à 38% et gagné 3 000 voix sur les dernières élections. Au second tour, face au lepéniste, il a fait 7 500 voix de plus que le total de la gauche au premier tour et gagné 12,5%. On voit ici nettement sur le terrain, et dans la pratique, comment le fait qu'un tiers de la population regarde le Parti communiste avec sympathie peut, lorsque le candidat communiste est porteur d'une forte légitimité populaire et de gauche, le faire progresser au premier tour. Et, lorsqu'il est porteur d'une légitimité anti-lepéniste, il rassemble bien au-delà de la gauche et gagne au second tour. Autre réflexion, cette fois à propos du résultat du candidat de Le Pen. On voit ses limites. Il n'a pas, et c'est un signe politique, rassemblé et de loin les forces de droite. Il est en recul sur les résultats de Bruno Mégret lors d'une élection précédente en voix et en pourcentage. Cela fait dire aux commentateurs que le candidat communiste a endigué la progression du Front national. En même temps, 40% au second tour, c'est trop, beaucoup trop. Cela confirme la nécessité d'un combat sur tous les terrains contre l'idéologie, les choix sociaux et politiques et le message haineux du lepénisme.
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Regain:
En vérité, d'immenses problèmes de société et politiques frappent à la porte. Et quoi qu'on entende dire, et quels que soient les confusions et les risques, il y a actuellement des signes de renouveau des conceptions progressistes. C'est le cas quand chômage et salaires arrivent en tête des exigences. Le rapport entre l'augmentation des salaires, l'emploi et le développement économique s'est beaucoup éclairé. C'est le cas quand la politique européenne et la monnaie unique sont contestées, ce qui a des effets sur toute la vie politique du pays, y compris dans le Parti socialiste. C'est le cas quand le combat contre l'injustice et la pauvreté se fait plus fort, comme sur le projet de loi contre l'exclusion. C'est le cas quand la question de l'utilisation de l'argent et du rôle des marchés financiers est presque devenue un fait de conversation courante. Et c'est vrai quand, par exemple, monte l'opposition aux privatisations ou quand des centaines d'économistes et chercheurs rassemblés à la Sorbonne appellent à " la confrontation des options pour changer la donne en matière de politique économique " et " sortir de la pensée unique ". Naturellement, d'autres signes existent aussi. La méfiance envers la politique, telle qu'elle apparaît, est toujours aussi forte. Comme le sentiment de se heurter à un mur. La crise et le manque d'issue alimentent la recherche de boucs émissaires dans l'immigration et le lepénisme. Tout est comme sur une bascule. En tous cas, imperturbable comme inconscient de la crise sociale, de la crise politique, le pouvoir affirme que sa politique finira par faire reculer le " pessimisme " et portera ses fruits. Ce n'est pas l'opinion qui grandit dans le pays.
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Les communistes en congrès
Cette situation confère au Congrès du Parti communiste une grande importance. La phase en cours pendant laquelle les communistes précisent leurs opinions et votent, et le Congrès national lui-même en décembre, sont regardés, et le seront, par tous ceux qui, dans ce pays, s'interrogent et cherchent une issue. C'est vrai à gauche, et c'est vrai dans le pays. Ici encore Gardanne apprend quelque chose. Si cette élection n'est pas reproductible partout, partout sont présents des femmes et des hommes semblables à ceux qui, à Gardanne, ont choisi le Parti communiste au premier tour et ont contribué à la victoire au second. Les communistes et leur congrès seront-ils à la hauteur de leur responsabilité ? Il faut l'espérer. Des atouts existent en ce sens. Comme le note le projet de document soumis au débat et au vote des communistes: " les obstacles qui bloquaient l'échange, la compréhension entre le Parti communiste et une grande partie de nos concitoyens, des hommes et des femmes de progrès, se lèvent peu à peu ". Et puis " la gravité des problèmes posés, les dangers qui menacent, rendent nécessaire un élan populaire et progressiste, et nombreux sont ceux qui regardent vers le potentiel humain et militant que représente le Parti communiste ". La grande question posée partout s'adresse aussi aux communistes: que proposez-vous pour en sortir ? Et comment ? Depuis longtemps, tant de responsabilités ne s'étaient présentées au Parti communiste français. |