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Made in Editions du Rouergue Par Bernard Epin |
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Le salon n'a pas attendu sa 12e édition, " créons le monde ", pour soutenir la création.
L'originalité de la maison d'édition Le Rouergue attire l'attention.
Cette année, personne ne résistera à la jubilation de jouer sur la polysémie du mot création, d'autant que la création du monde passe bien sûr par la création de livres. Ou mieux, par des livres de création; des livres innovants par leur rapport inédit à l'enfance, par l'ouverture sur de nouveaux langages, par leur regard incisif sur le monde." Entre nous c'est toute une histoire..." nous dit la petite fille de l'affiche, abritée sous un grand livre en compagnie du petit hippopotame narquois de Nicole Claveloux. Et pour que ce soit vraiment toute une histoire, on a compris depuis longtemps que le livre de jeunesse n'était jamais trop audacieux, trop anticonformiste. Que la part la plus novatrice de l'édition ait tendance à se fragiliser d'année en année (1996 a vu la disparition du " Sourire qui mord "), montre assez l'urgence d'assurer la plus large diffusion à ceux qui ont le courage d'oser le plus. La résistance au nivellement par le rentable sans risques suscite encore de beaux enthousiasmes à partager partout où ils s'affirment. Ce qui se passe aux éditions du Rouergue provoque, parmi les militants du livre de jeunesse, une sympathie agissante plus que justifiée. L'histoire devient connue: un tout jeune graphiste architecte, Olivier Douzou, décide un retour au pays aveyronnais et entre comme maquettiste dans une maison d'édition de Rodez (le Rouergue) spécialisée dans ce qu'on appelle les " beaux livres " (nature, patrimoine, gastronomie...). Il ajoute à l'image de qualité de la maison, en mettant au service des livres d'enfants l'impertinence, le culot, l'engagement iconoclaste et le bonheur communicatif du touche à tout d'autant plus à l'aise qu'il se veut exigeant dans toutes ses interventions: auteur, illustrateur, concepteur... Avec ce jeune père aussi heureux de partager en famille l'attachement à sa terre d'origine que de secouer les attendrissements passéistes et de déglinguer les stéréotypes narratifs, chaque livre créé ou produit - une bonne trentaine à ce jour - contribue à construire une identité éditoriale.
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La fiction pour apprendre la vie
Aucun de ces livres n'assène un message prédigéré. Leur force de proposition fictionnelle offre aux enfants l'occasion de s'approprier des questions fortes de la vie: le temps, l'infini, l'autre, l'injustice, le droit à l'imagination... Et puisqu'il faut bien engager quelques repères, je choisirai quatre albums qui témoignent de la vigueur inventive d'Olivier Douzou auteur des textes, images et mises en pages. Dans Loup, la réminiscence de la comptine " loup y es-tu ? " rythme l'introduction progressive dans l'image d'un masque de loup dont les terribles mâchoires se refermeront sur une simple carotte. Commandé par le Conseil général de Seine-Saint-Denis en 1995, un livre épatant pour les tout petits qui entreront également de plain-pied dans la quête du chien perdu par le sillage d'un texte assonancé qui est un vrai bonheur, avec en prime la tête du chien camouflée dans toutes les images qu'il suffit de retourner pour...(Luchien). D'une lecture sans doute plus complexe, mais à l'écart des classifications d'âges, un perpétuel jaillissement d'inventions graphiques sorties de l'ordinateur, dans une variation poétique sur l'écoulement du temps (Misto Tempo) et les mésaventures proches de la BD de l'envoyé d'une drôle de planète où s'accumulent tous les coups de pied au derrière qu'on croyait perdus et qu'il n'est pas si simple de venir rendre aux Terriens: Boïnkgh. Douzou, en compagnie d'autres illustrateurs, passe allégrement d'un conte d'ogre et de souris à propos de la chute des dents de lait, en compagnie d'Isabelle Chatellard qui joue des cadrages à angoisses (les Chocottes), à une fable insolite sur le respect de l'autre avec des modelages en gros plans attachants d'Isabelle Simon: Autobus numéro 33. Enfin, Douzou dans la coulisse, c'est l'initiation tout à fait inédite à la circulation de l'argent via l'odyssée d'un billet de 50 F à l'enseigne de St Ex et de son petit prince: le Billet bleu d'Annie Agopian et Charlotte Mollet. C'est aussi l'invitation à réaliser les échappées imaginaires que suscite le contenu du frigo à l'accès défendu: Nino dans le frigo de Frédérique Bertrand dont le minimalisme n'est sans doute pas la tasse de thé ! Foldingue et intelligent ! |
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1. Patrick Roegiers, " Un art en partage, duos, couples, jumeaux ", catalogue Mois de la photo à Paris. 2. André Touillé, " L'ailleurs, voyages lointains, itinéraires, expéditions ", catalogue Mois de la photo à Paris.
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