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La fête en chambre noire Par Lise Guéhenneux |
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Voir aussi Mois off en expansion |
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Le Mois de la photographie fête déjà ses seize ans d'existence.
Il s'est transformé en une biennale dont l'année 1996 voit la neuvième édition.
Cette énorme manifestation débute fin octobre pour finir au mois de janvier avec plus de quatre-vingts expositions présentées dans des lieux aussi divers que des musées, des institutions, les FNAC, les galeries, des lieux associatifs, etc. Chaque biennale s'axe autour de thèmes directeurs qui permettent aux visiteurs de s'y retrouver. Cette organisation est également l'occasion, pour les photographes, de faire le point sur des problématiques inhérentes au médium photographique qui se constitue comme outil de mémoire bien que fixant l'éphémère et qui se construit lui-même sa mémoire et son histoire liée à celle des hommes. Les thématiques sont une manière de repérer les préoccupations récurrentes dans la création contemporaine. Les trois thèmes fédérateurs définis cette année sont identifiés par les titres génériques suivants: " un art en partage/duos, couples, jumeaux ", " l'ailleurs/voyages lointains, itinéraires, expéditions ", " présences étrangères/les centres culturels à Paris: les choix, leurs partis pris, leurs découvertes ". La photographie est donc présentée par rapport à sa propension à tendre " un miroir qui dédouble l'image et le support lui-même, malléable et réversible. Elle incline donc à une vaste réflexion sur l'identique, la différence et la similitude, la ressemblance et la dissemblance, à travers l'autoportrait jeté, l'ombre et son double, la réplique, le faux, l'imposture, le masque et le travestissement, l'empreinte, et jusqu'aux manipulations par ordinateur qui posent de manière exemplaire le rapport entre reproductibilité et originalité "(1). L'exposition la plus importante par sa diversité et qui semble relever de ce thème est présentée à la Fondation Cartier (261, bd. Raspail, 75014 Paris) sous le titre: " double vie, double vue ". Elle est conçue tel un parcours dans un monde du double et comprend environ 150 oeuvres d'une soixantaine d'auteurs choisis sur la période des vingt-cinq dernières années. Cette exposition s'ouvre à la photographie de tous bords qui n'est pas seulement celle des photographes reporters comme on a souvent tendance à vouloir le croire. Parmi les expositions traitant de ce thème, on retiendra également celle de la photographe Florence Chevallier, au musée Zadkine (100 bis, rue d'Assas, 75006 Paris). Ce musée qui se trouve dans l'ancien atelier du sculpteur offre un lieu tout à fait intime, loin des grandes boîtes à spectacle. Sa programmation s'est ouverte depuis peu à la création contemporaine d'une façon remarquable. Après les sculpteurs Emmanuel Saulnier et Patrick Corillon, une photographe. Florence Chevallier continue de s'intéresser au couple, ensemble qu'elle avait déjà présenté avec les Bonheurs et qui à donné lieu à un très beau livre d'artiste. Cette fois, elle s'intéresse au couple d'artistes formé par Valentine Prax et Ossip Zadkine. Ce travail en couleur ouvre sur d'autres explorations du couple qui s'annoncent déjà passionnantes.
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Les rapports entre reproductibilité et originalité
A signaler également une exposition à la galerie Bouqueret-Lebon (69, rue de Turenne, 75003 Paris), intitulée: " égalité, parité, altérité/la photographie à deux des années 30 à aujourd'hui " dans une galerie qui présente toujours une excellente sélection d'oeuvres photographiques. En l'occurrence, il s'agit d'oeuvres réalisées depuis les années trente par des artistes travaillant en couple. L'autre thématique développe " l'ailleurs " comme un domaine de la fiction et de l'imaginaire, attirant et angoissant à la fois. Des travaux du XIXe siècle et des oeuvres contemporaines ont été sélectionnés."Chaque période historique se caractérise par un mode d'ailleurs particuliers: l'exotisme, l'expansion coloniale, les grands voyages de découvertes d'horizons lointains; plus tard, le reportage et l'événementiel jusqu'à nos jours où, avec la télévision, l'avènement du cyberespace, un véritable brouillage s'opère entre l'ici et l'ailleurs "(2). La Maison européenne de la photographie (5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris) et Régis Debray (voir entretien p.46) proposent une exposition sur le thème de " la route ", du 27 novembre au 26 janvier. La route y est vue par une soixantaine d'artistes, de Jacques-Henri Lartigue à Sophie Ristelhueber, ainsi qu'au travers de documents institutionnels; la route comme une forme d'espace où le regard se perd ou se construit. Toujours sur le thème de " l'ailleurs ", la galerie Agnès B (6, rue du Jour, 75001 Paris) rassemble les images d'une quarantaine de photographes d'origines et d'âges différents et dont les pratiques couvrent toutes les ramifications du champ photographique. L'ailleurs se trouve ici autant dans le plus immédiat que dans le lointain. Le photographe y montre un lieu ou une atmosphère de Paris renvoyant à une ville étrangère précise, soit il apporte une vision radicalement étrangère de la ville. L'ensemble des photos permet de renouveler la vision trop convenue de Paris élargi à sa banlieue. Le mois de la photo n'oublie pas les anniversaires, celui de Willy Ronis est fêté au Pavillon des Arts (101, rue Rambuteau, 75001 Paris), du 30 octobre au 4 février: une exposition intitulé " 70 ans de déclics " de notre cher titi... Celui du Front populaire à l'Espace photographique de Paris (Nouveau Forum des Halles, 75001 Paris), du 20 novembre à la fin janvier: " 1936 à travers les archives de la CGT et diverses collections publiques ". Les luttes ouvrières vues par Ronis et Doisneau qui s'y sont engagés, ainsi que de nombreuses archives de la CGT qui réactivent une mémoire faite d'expériences exceptionnelles dans l'histoire du mouvement ouvrier, de fêtes inoubliables pour les acteurs et que l'on a trop souvent tendance à oublier aujourd'hui. De nombreuses manifestations sont prévues, des rencontres avec les artistes, des débats, des projections dont on peut se procurer le programme auprès de " Paris Audiovisuel ", tél.: 44.78.75.01; serveur Web: www.pictine.fr/maison -europeenne. |
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1. Patrick Roegiers, " Un art en partage, duos, couples, jumeaux ", catalogue Mois de la photo à Paris. 2. André Touillé, " L'ailleurs, voyages lointains, itinéraires, expéditions ", catalogue Mois de la photo à Paris.
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Mois off en expansion
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Comme en Avignon où cohabitent, en juillet, spectacles " in " et " off ", le mois de la photographie a suscité un " mois off ", né à l'initiative d'un petit groupe de photographes et de non-photographes en contrepoint aux manifestations officielles du mois de la photographie.
La structure est celle d'une association loi 1901 qui existe depuis 1993.
Un comité de sélection constitué uniquement de photographes propose aux artistes d'exposer des travaux personnels sans la contrainte du thème imposé tel qu'il peut exister pour la manifestation officielle.
L'association tient à ce que tous les domaines de la photographie soient représentés, telle la photo descriptive, plasticienne, conceptuelle, etc.
Elle tient également à utiliser des lieux d'accès libre et gratuit qui ne sont pas forcément repérés comme des lieux de d'exposition.
Le " mois off " joue sur la participation et l'engagement des artistes d'une façon intime, et qui soit plutôt de l'ordre de la rencontre, loin des podiums officiels et des colloques dans lesquels la prise de parole tient du registre médiatique.
Cette deuxième mouture du " mois off " a retenu 103 dossiers sur les 250 recueillis - l'année passée, 69 sur 150 - ce qui tend à prouver l'intérêt des photographes pour ce nouvel espace d'expression.
Selon Dominique Soulé, présidente du " mois off ", " l'esprit des travaux du dernier " mois off " était davantage noir et angoissé.
Cette année les projets se tournent majoritairement vers un onirisme, un imaginaire charnel ou spirituel, non seulement esthétique mais avec un propos très aigu, qu'ils soient le fait de la photographie de reportage ou de la photo plasticienne ".
Le point de rencontre et d'information est situé au Bar Floréal, 43, rue des Couronnes, 75020 Paris.
On peut y trouver tous les catalogues, les programmes des expositions ouvertes durant le mois de novembre dans trente-sept lieux différents.
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