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"Une politique qui fasse confiance aux gens " Par Patrice Cohen-Séat |
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Entretien avec Cédric Klapisch* |
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La politique est dans la radio et pas dans la vie courante, regrette le cinéaste.
Il insiste sur le besoin croissant de proximité qu'éprouvent les gens et que satisfont mal les partis politiques.
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Dans Chacun cherche son chat, on avait constaté l'omniprésence de la politique en arrière-plan (affiches, radios), comme si elle était là, mais personne ne s'y intéressait.
Est-ce un constat de rejet de la politique ?
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Cédric Klapisch : Oui, certainement.
En fait, le film est fondé sur l'observation.
Il y avait une espèce de désintérêt général des élections qui me paraissait important.
D'autant plus que j'ai pris le parti de parler d'une histoire anodine, très privée.
J'ai trouvé intéressant d'aborder une problématique sociale ou politique à travers quelque chose d'infime: une voix passe vaguement à la radio.
Pour moi, cela montre ce qui se passe en ce moment: la politique est dans la radio et pas dans la vie des gens.
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Mais, en même temps, en France et dans le monde, le progrès semble aller à reculons.
Ou plutôt, s'il y a bien des progrès fantastiques, ils ne semblent pas profiter aux hommes et aux peuples.
Cela ne pose-t-il pas à votre avis des questions politiques, et pensez-vous qu'on puisse y être ou y rester indifférent ?
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C.
K.: Effectivement, je pense qu'il y a une indifférence générale grave.
Et même si j'observe cette indifférence, je ne la cautionne pas.
Mais, à mon avis, ça n'a rien à voir avec les progrès.
Enfin, j'ai l'impression qu'il y a un écart toujours plus grand entre la politique et les gens.
Et s'ils sont indifférents, c'est parce que la politique cherche à les éloigner, à les tenir à l'écart le plus possible.
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Et quelles sont à votre avis les solutions ?
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C.
K.: Il y a en ce moment une sorte de double mouvement.
Un agrandissement de l'échelle d'abord, c'est-à-dire que tout d'un coup les rapports sont planétaires ou européens.
Et parallèlement, on voit bien à quel point le régionalisme revient en force, à quel point tout ce qui est à l'opposé de cet agrandissement de l'échelle prend de l'importance.
Et mon film est un film de proximité, où on sent que les gens ont besoin d'une proximité.
Tout ce qui est associatif, à mon avis, marche plutôt mieux aujourd'hui qu'il y a quelques années.
Parce que les gens ont besoin de connaître leurs voisins, leurs problèmes particuliers, ceux de leurs enfants, etc.
Ils essaient de les régler avec leur entourage.
J'aurais tendance à dire qu'il y a une solution dans cette proximité, parce que la désaffection des grandes choses et des grandes idées est telle que j'arrive mal à concevoir ce qui pourrait être une solution pour beaucoup de gens.
Donc, si l'on arrive à trouver une politique qui fasse confiance à la " petitesse ", c'est-à-dire à de petits groupes, à des régionalismes, à la gestion de proximité, c'est peut-être une solution.
Mais complètement apolitique, dans le sens où la politique traditionnelle représente le contraire.
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Le Parti communiste prépare son congrès.
Il affirme vouloir poursuivre et approfondir sa " mutation ".
Et concevoir son rôle de façon nouvelle en se mettant à l'écoute de la société pour lui être utile et en contribuant à l'intervention des citoyens dans le champ politique.
Vous qui êtes de la jeune génération, pensez-vous que ce parti puisse jouer ce rôle nouveau, et attendez-vous quelque chose de lui ?
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C.
K.: Oui, aux deux questions.
Mais, sur la deuxième question, je suis sceptique, parce que le parti communiste a souvent dit ça et il n'a pas beaucoup changé.
Je trouve que c'est un parti lourd et je demande à voir s'il peut changer ou pas.
C'est un parti très hiérarchique, où justement il y a une base de pouvoir très forte.
S'il arrive à casser cette hiérarchie et ce pouvoir central très fort, à mon avis, il pourra jouer ce nouveau rôle.
En tout cas, j'attends des choses de ce parti parce que c'est un parti de réactions.
Vous parliez de l'indifférence.
Je pense que c'est un parti qui sait se battre vis à vis de certaines idées, et, en gros, je suis d'accord avec les valeurs qu'il défend.
Ce sur quoi je n'ai pas été d'accord avec le parti communiste, c'est simplement sur les moyens de les appliquer, justement sur une politique générale.
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Vous préparez la sortie de votre prochain film.
Est-ce que la politique et le social y seront également présents, d'une façon ou d'une autre ?
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C.
K.: D'une façon ou d'une autre, oui.
En fait, je parle du futur.
Donc forcément, même si l'histoire en elle-même n'est pas politique - elle est plutôt familiale - on ne peut pas évoquer le futur sans parler de ce qu'on aimerait, d'une certaine forme d'utopie, et donc d'un changement de société.
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Son titre ?
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| C. K.: Peut-être. |
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* Cinéaste, réalisateur notamment de Chacun cherche son chat. |