Regards Juin 1996 - Edito

Sous le regard de l'opinion publique

Par HenriMalberg


Le Congrès du Parti communiste français convoqué pour décembre s'annonce important. Le rapport présenté par Robert Hue au Comité national des 20 et 21 mai exprime la volonté de discuter à fond des questions posées à la société et de poursuivre la mutation engagée. La double formule: " donner la parole aux communistes " et " être à l'écoute de la société " cherche à traduire cette démarche. Il s'agit de contribuer à la recherche de nouvelles réponses qui traverse toute la société. Et donc un moment fort de dialogue avec tous les progressistes, toutes les personnes de bonne volonté.

 
La question du changement

D'immenses questions sont posées à notre pays et à l'humanité elle-même. Comment faire bénéficier tous les hommes des possibilités qu'offrent les connaissances de notre époque ? Comment sortir du gâchis que représentent l'accumulation financière et le type actuel de mondialisation ? Comment tirer enseignement de l'échec des tentatives de construire une société meilleure ? Comment ouvrir une perspective dans notre pays face à la dureté de la politique menée par le pouvoir et alors que la déferlante ultra libérale des vingt dernières années est contestée ? Comment contribuer à une réponse claire et forte aux questions qui se posent de plus en plus largement: Pourquoi en sommes-nous là ? Une autre voie est-elle possible ? Si le Congrès du Parti communiste contribue à faire avancer des réponses à ces interrogations qui sont dans toutes les têtes, il aura joué un rôle immense.

 
Commencer par le commencement

Plutôt que de se mettre au travail sur un texte central, même le plus sérieusement élaboré, le Comité national du Parti communiste a pensé plus démocratique et plus productif de proposer aux communistes une période de réflexion préalable. Période d'échanges, d'informations et d'idées, de prises de connaissance des positions des uns et des autres, y compris dans le Comité national lui-même, sans la pression de fait que constitue un texte général au départ. Ensuite viendrait une seconde phase. Période des choix, des votes dans les cellules, les sections, les fédérations et au Congrès national. Votes à partir d'un texte élaboré à la mi-octobre par le Comité national, intégrant et faisant la synthèse des débats qui se seront déroulés et comportant, chaque fois que nécessaire, des variantes issues de cette discussion. Choix à la majorité en veillant que le débat reflète la diversité des opinions. Même l'accord sur l'orientation générale devrait pouvoir laisser place à des appréciations différentes sur tel ou tel aspect ou position. Pas de " tout ou rien ". Ainsi s'ouvre dès maintenant une période de vie politique intense pendant laquelle chaque membre du Parti communiste sera appelé à réfléchir aux problèmes, à s'exprimer, à se prononcer sur l'activité du Parti communiste, sur ses luttes, ses prises de position, ses dirigeants.

 
La démarche démocratique

Les pratiques démocratiques dans le Parti communiste ont produit au fil des années des évolutions reconnues par tous. Pour le 29e Congrès, il est proposé de tenir compte que le congrès précédent a supprimé le centralisme démocratique et de rechercher, comme on le voit, un mode de débat et de discussion moins encadré, plus fluide, plus interactif. Il s'agit de faire vivre des idées qui ont mûri sur la question de la démocratie. Il s'agit de prendre très au sérieux l'idée que le Parti communiste appartient à ses adhérents, que le bouillonnement des idées, l'échange, la confrontation sont les moyens pour que se dégagent les solutions les meilleures. C'est la garantie pour que la pensée originale, ce qui est nouveau, même dérangeant, puisse se frayer un chemin. C'est aussi la clé d'un renouveau militant. On n'agit jamais si bien que pour les objectifs qu'on a contribué à définir. C'est aussi un élément de la remontée de l'influence du Parti communiste. Parmi les doutes, voire les reproches qui lui sont faits, l'idée qu'il n'est pas démocratique est forte. Est-ce juste ? Injuste ? Un peu des deux sans doute. En tout cas, on n'ira jamais trop loin dans la confiance, en l'intelligence collective des femmes, des hommes, des jeunes qui ont choisi d'être communistes. Jamais trop loin dans la recherche de l'apport de ceux qui veulent bien être ses interlocuteurs (1).

 
Dans l'immédiat

Dans l'immédiat, il est proposé aux communistes de donner leur opinion sur la méthode et sur les thèmes proposés. Le Comité national propose aux communistes de prendre pour axes du débat cinq questions. La première porterait sur l'orientation et les initiatives du Parti communiste, dans les combats quotidiens et pour construire une issue. La deuxième porterait sur la société française dans la crise, ses mutations et la nécessité du dépassement du capitalisme. En poussant les réflexions sur les réalités du travail et du salariat actuel, la place du travail intellectuel, la précarité, l'exclusion, l'immigration, la crise des rapports sociaux, la jeunesse... La troisième se développerait sur le thème: " changer la société, changer le monde ". Et donc le projet de société pour lequel luttent les communistes, les valeurs qui sont en jeu, l'avancée de civilisation qu'ils appellent " communisme ". Et donc aussi l'état du monde, guerre économique ou mondialisation-coopération, domination ou paix et solidarité. La quatrième question porterait sur les objectifs et le niveau des réponses nécessaires pour contribuer à un rassemblement majoritaire pour le changement. Donc, les critères pour une politique de progrès et de gauche en France et en Europe et les conditions populaires de rassemblement et d'union nécessaires au succès ! Enfin, la cinquième question concernerait le Parti communiste lui-même et la mutation qu'il a engagée. Il s'agit du débat sur les changements dans le Parti, ce qu'en pensent les communistes, ce qu'on en pense autour d'eux. Cela comporte un débat critique sur l'action du Parti et des directions à tous les niveaux. Voilà qui permettrait, si les communistes adoptent cette démarche, d'aller directement aux problèmes et de préciser l'identité communiste d'aujourd'hui. Le débat et l'action Naturellement, il ne s'agit pas d'entrer en cénacle pour cause de débat. Au contraire. D'abord, la vie pousse à des combats, des luttes, une intervention quotidienne du Parti communiste. Et puis, les communistes ne veulent pas concevoir leur congrès comme une affaire entre initiés. Les problèmes qui les agitent ne sont pas autres que ceux qui agitent le pays. Et quel autre intérêt ont-ils que celui d'être utiles à tous les combats progressistes ? Notre journal Regards se voit plus qu'encouragé par cette démarche de débats ouverts et exigeants entre communistes et avec tous ceux qui cherchent de nouvelles réponses.

 


1. Une enquête d'opinion de la Sofres-l'Humanité parue le 7 mai 1996 vient de montrer à la fois l'intérêt nouveau et les problèmes de fond posés par ceux-là mêmes qui se rapprochent du Parti communiste.

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