Regards Décembre 1995 - Points de vue

Une nouvelle vision de la lutte à l'Université

Par Jean Gallot


Après 25 jours et 2 nuits d'actions, de discussions, de réflexions, enfin une nuit de fête, le mouvement de l'Université de Rouen a gagné et bien gagné. Comme nous écrit le directeur des Enseignements supérieurs: " Je vous confirme que les propositions du Médiateur sont celles du gouvernement. En voici le détail ". Suit une liste de crédits, de postes sur lesquels il s'engage dès maintenant et sur les quatre années à venir: entre autres, 188,5 postes d'enseignants dont 47 en 1996 et 51 postes d'ITAOS dont 15 en 96 sans compter le plan d'intégration des hors statuts. Quel contraste avec les termes du dernier plan quadriennal négocié par l'Université avec le ministère qui reconnaissait sans problème notre retard mais précisait: " L'Etat...contribuera, dans la mesure des moyens budgétaires disponibles, à réduire le mieux possible l'écart constaté selon les critères en vigueur à ce moment ".

La différence entre les deux textes, on la doit à la puissance du mouvement qui fut massif, démocratique, inventif et construit. Il constitue même un tournant, une mutation fondamentale des luttes dans notre Université. Son objectif a été ambitieux: en finir avec l'austérité appliquée depuis des lustres, en demandant crédits et postes à l'Etat et non aux collectivités territoriales qui ont toutes été sollicitées, certes, mais pour qu'elles aident le mouvement dans ses revendications auprès du gouvernement.

C'est que chacun a conscience de jouer gros: pour les étudiants, la première préoccupation est l'emploi et donc des études de qualité et ils partagent cette idée forte avec tous les enseignants précaires et même les titulaires scandalisés par les 85 000 heures complémentaires imposées par la pénurie de postes.

Et c'est dans une Université en pleine croissance dont la réalité a rapidement changé au cours des dernières années, tant chez les étudiants que chez les personnels, que le mouvement a pris cette ampleur.

Les étudiants ne sont plus seulement les enfants des catégories privilégiées mais représentent à présent toute la population dans sa diversité: celle des centres villes plutôt bourgeois, celle des villages normands comme celle des banlieues populaires, donc celle des ouvriers et techniciens comme celle des cadres et des enseignants.

Pour les enseignants comme pour les ITAOS, il y a les titulaires mais, en nombre presque égal, des précaires, des CES, des vacataires qui font le travail, sont diplômés, docteurs pour certains et en situation instable et sous-payée. Ils ont apporté une nouvelle vision de la lutte, une passion complémentaire de notre expérience et représentent des forces militantes nouvelles qui ont pris toute leur part dans le mouvement.

Une gestion réellement démocratique des assemblées générales a été le ciment entre générations, entre militants engagés et ceux qui revendiquent hors de structures organisées. Il y avait rencontre quotidienne, sans qu'il y ait confusion, du mouvement des personnels avec celui des étudiants. Ainsi, démocratiquement élaborés, les objectifs et les formes d'action ont toujours dépassé en intensité et en originalité ce que l'on imaginait avant chaque assemblée. Chacun pouvait s'exprimer, osait même s'exprimer car il était toujours écouté et si sa proposition n'était pas retenue, c'était après des explications argumentées.

On doit ce résultat aux animateurs du mouvement qui ont, dès le premier jour, donné ce " la " démocratique. On le doit aussi à tous les participants qui en ont fait leur chose et sortaient manifester dans l'enthousiasme d'une décision qu'ils avaient prise. C'est de cette manière que toutes les ficelles des différents pouvoirs pour casser le mouvement ont été éventées.

Cette gestion forte par assemblées générales s'appuyait pour les personnels sur une activité intense de l'intersyndicale SNESup, SNCS, CGT. Un phénomène de même nature est apparu chez les étudiants; ainsi, en Fac des Sciences, pivot du mouvement, c'est l'association " Campus Actif " qui touche de près ou de loin l'immense majorité des étudiants qui a joué ce rôle. Plus rien ne sera comme avant à l'Université de Rouen, des talents nouveaux se sont révélés, nombreux, abordant de façon inattendue par le quotidien de l'Université les grands problèmes politiques actuels.

 


Paris.Cinémathèque française, Palais de Chaillot.Jusqu'au 31/12: " Indomania ", regards sur le cinéma indien.

Paris.Dans une vingtaine de lieux, jusqu'au 18/12: "Lumières du monde ".Un panorama international de la production cinématographique, des origines aux années 1960.

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