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Débloquer la situation... Par Henri Malberg |
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Il n'est pas trop tard pour revenir sur la portée du virage effectué par Jacques Chirac à la fin du mois d'octobre et dont le plan Juppé sur la Sécurité sociale est une première expression.
Le candidat avait dit: " L'emploi est une priorité absolue. L'état de la sécurité sociale en est une illustration. Notre protection sociale est avant tout malade des 4 milliards de francs de recettes dont elle est privée chaque fois que notre pays compte 100 000 chômeurs de plus.(...) D'où le rôle capital de la politique de l'emploi: elle conditionne l'avenir de notre protection sociale " (1). Le président dit, six mois plus tard: " La France a un problème qui n'est pas de nature économique.(...) Elle a un problème financier, elle a des déficits. Et donc la priorité, c'est la réduction des déficits et, pour cela, il faut prendre des mesures qui peuvent être en contradiction avec ce que l'on veut faire plus tard de façon à rétablir les équilibres.(...) Il faudra bien que nous soyons arrivés à cet équilibre dans deux ans, ne serait-ce que pour entrer dans la monnaie unique européenne conformément aux engagements que nous avons pris." (2) Un président élu sur une politique en met en oeuvre une autre. Voilà qui légitime la proposition du Parti communiste d'une consultation de tous les Français.
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Des conséquences durables
La purge dont le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale est porteur, comme les autres mesures économiques et sociales en préparation, vont coûter cher, très cher au peuple et au pays. Cela aura forcément des conséquences durables sur la consommation et l'emploi. En s'attaquant à l'un des acquis historiques de la France, à ce rempart contre les inégalités et les exclusions, le pouvoir met en route une machine infernale dont on peut se demander comment la société française va la supporter. Du point de vue politique, le plan Juppé cherche à reconstruire le consensus des milieux dirigeants de la bourgeoisie. C'est vrai à droite où, au-delà de la virulence des oppositions internes, le clan balladurien se trouve pris de court puisque c'est grosso modo sa politique qui est reprise. C'est vrai aussi à gauche à voir les premières réactions au plan Juppé de plusieurs dirigeants du Parti socialiste, enfermé dans son engagement en faveur de Maastricht. La " pensée unique " fait des ravages, et pas seulement à droite. Elle considère comme naturelles et inévitables la dictature des marchés, la diminution des coûts salariaux, la conception maastrichtienne de l'Europe. Mais le peuple de ce pays, qu'en pense-t-il ? Il en pense du mal, comme le prouvent la montée indiscutable du mouvement social, le mouvement étudiant et toutes les enquêtes d'opinion. La politique actuelle ne passe pas bien. Elle n'est pas passée lorsque le Parti socialiste la pratiquait, elle n'est pas passée quand Balladur la pratiquait, elle ne passe pas non plus avec Chirac et Juppé. Ce rejet n'est pas que protestation. Il y a des éléments politiques et idéologiques nouveaux dans la situation actuelle. La contradiction entre ce que cherche la majorité du pays et ce qu'elle ressent plus ou moins clairement de la politique des dirigeants est très forte. De cette contradiction, tout peut sortir. Car la situation est grave, parfois désespérée pour beaucoup de monde. Il peut aussi en sortir un puissant mouvement populaire, social et politique, qui change la donne. Cela pose de façon nouvelle et originale la question du combat politique pour une autre issue.
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Le Parti communiste
Les communistes mettent l'accent sur l'idée de responsabilité. La leur et celles de toutes les femmes et de tous les hommes de progrès. Va-t-on laisser la politique actuelle se déployer et s'étendre la pauvreté, le chômage et les solutions les plus réactionnaires s'imposer ? La politique de la France va-t-elle continuer de se faire " à la corbeille " comme disait de Gaulle, ou à Francfort ? Ou bien toutes les forces progressistes vont agir pour combattre cette politique, la faire reculer et ouvrir la perspective d'une tout autre politique ? Plus que jamais, il y a un rapport direct entre l'action sociale et les questionnements politiques sur les causes et les solutions.
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Le Forum national prend tournure
Le " Forum national pour inventer un nouvel avenir " est en train de prendre tournure. Les rencontres qui ont eu lieu en novembre ont permis, avec un succès parfois surprenant, de rassembler des gens de toutes opinions, des militants de nombreuses associations, des représentants des forces de gauche et progressistes. Ce mouvement est en train de s'étendre, à partir de problèmes essentiels: l'emploi, l'école, le logement, la sécurité, la vie dans les quartiers, la protection sociale, le service public, la drogue... Il tend à aborder les questions politiques: quelle issue, comment, dans une confrontation franche et amicale entre les forces de progrès.
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La contribution du secrétaire national du PCF
Le livre de Robert Hue, Communisme: la Mutation, est une réelle contribution au débat politique en cours et aux questions posées aux communistes eux-mêmes sur l'avenir de leur combat. Le livre intéresse. Il rencontre un écho dans le pays comme parmi les commentateurs politiques. On lira dans ce numéro les réflexions qu'il provoque chez des jeunes communistes. L'intérêt grandissant pour le Parti communiste, la consolidation et peut-être le progrès de son influence électorale encouragent le renouveau dont toutes les enquêtes d'opinion lui font crédit. Les communistes veulent mettre leur militantisme, leur intelligence au service des luttes nécessaires et d'un rassemblement populaire fort, conscient et uni pour débloquer la situation. Ils aspirent à rencontrer dans cet effort toutes celles et tous ceux qui, à gauche et parmi les progressistes, ont les mêmes aspirations. |
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1. Une Nouvelle France; Réflexions 1, pp.52 et 53, NIL, 1994. 2. Entretien sur France 2, 26/10/95.
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