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Collage Par Emile Breton |
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Le laboratoire d'automatique et d'information appliquée de l'Institut de technologie de Toulon étudie, robot de la Marine nationale à l'appui, " la cinématique du poignet du joueur et de la boule au moment du lâcher dans le jeu de pétanque ".
C'est ce que nous apprend José Lenzini, par un article du Monde du 9 novembre.
Il n'y a aucune raison de croire qu'il s'agit là d'une de ces " histoires marseillaises " fort heureusement passées de mode; les précisions données ne peuvent avoir été inventées: ainsi de la description de ce robot de la Marine nationale, à qui l'on fait effectuer les gestes de joueurs qu'une caméra a enregistrées, est programmé pour reproduire " les invariants du geste parfait ".
Dans le même temps, à l'Institut polytechnique de Belfort, une caméra ultra-rapide filme le geste du joueur au moment du lancer: à mille images-seconde, elle permet de décomposer et de recomposer en courbes fluides ce geste dont l'oeil humain, dans son imperfection native, ne saurait imaginer la complexité. A quelle imperfection sans doute il faut ajouter l'effet de cette lumière crue qui aveugle " les places et les cours - quand reviennent les beaux jours ", que chantait Darcelys dans un texte inoubliable dont on ne peut douter qu'il sera bientôt au programme d'un Institut de quantification du mètre poétique dans l'opérette marseillaise. Ne raillons pas. L'intérêt de ces Instituts pour le jeu de pétanque est parfaitement légitime, et c'est bien, après tout, parce qu'il voulait mieux analyser la locomotion animale que le docteur Jules-Etienne Marey se trouva être, à la fin du siècle dernier avec son chronophotographe, un des précurseurs du cinématographe. Aussi faudrait-il aller plus loin car il est évident que toutes les études analytico-dynamiques sur ce sport seront insuffisantes tant qu'on n'aura pas demandé à un Institut de linguistique de lancer un protocole sur la recherche du " mot qui casse la gagne " dans la conversation des joueurs avant l'entrée dans le rond où se " tanquent " les pieds et les effets de la construction dubitative de la phrase sur l'amplitude du mouvement de bras chez l'adversaire. Car la pétanque est un sport, c'est vrai, et la meilleure preuve, en ce monde qui a pour toute mesure l'argent, c'est qu'il s'y joue des sommes considérables. Mais c'est aussi, et d'abord ce fut, une façon de se comporter en être social, avec des interdits, des codes de conduite permettant en quelque sorte de ritualiser une agressivité qui peut ainsi, dans et par le jeu, s'exprimer sans dommage pour la cité. Le tout est de savoir ce qui est le plus important, de la performance athlétique ou du jeu harmonieux des rouages de la société. Encore que, à trop vouloir les huiler, ces rouages, on ne s'en tire pas toujours très bien. Ainsi du dernier Disney, Pocahontas. Il porte, on le sait, le nom d'une jeune princesse indienne du VIIIe siècle qui tomba amoureuse d'un conquérant anglais. Amours malheureuses, mais on n'est pas là pour raconter un film que rien, et surtout pas l'avalanche de " produits dérivés " n'empêchera les enfants, traînant par la main des parents boudeurs, d'aller voir. L'intéressant est, ici, le discours autour du film. En effet, explique avec le sérieux d'un expert en sciences sociales un des pontes de la firme Disney, " si Blanche Neige était l'obéissance même, Pocahontas, elle, prend sa vie en main. Les héroïnes contemporaines sont plus intégrées dans leur époque. Le rêve relève moins désormais du conte de fées que d'une ambition de vie. L'important, ce n'est pas seulement d'être belle, ou admirée, c'est d'abord de revendiquer un rôle dans la société ". Mais oui. A voir le résultat, du tout propre, tout beau, tout écolo - à condition quand même que chacun reste à sa place, Pocahontas la teintée à sa pagaie, et son bel amoureux blanc aux commandes du grand bateau qui le ramène en Angleterre, une larme à l'oeil pour la décence et la bonne entente entre communautés différentes - on se prend à regretter le temps des affreuses sorcières aux verrues politiquement incorrectes, de Donald Duck pataugeant dans la boue et, surtout, dans Bambi, de cet arrachement à la mère qui sous-tendait d'une joie perverse la terreur des petits enfants hantés de cauchemars délicieux. Il reste, heureusement, de par ce monde, des malappris pour faire encore un cinéma dont l'étude de marché ne fait pas partie intégrante. D'abord, ils filment. Jean-André Fieschi, par exemple. Il avait, il y a de cela bien des années, tourné pour l'émission de Janine Bazin et André S. Labarthe " Cinéma de notre temps ", qui a, depuis, ajouté avant le " de ", une virgule grosse de nostalgie, un Pasolini l'enragé qui tenait toutes les promesses de son titre. L'été dernier, il est retourné en Italie pour filmer Ninetto Davoli. Ninetto, c'est ce garçon au pied léger sautillant comme un moineau dans Ucellacci e uccellini, le film de Pasolini. Celui-ci venait de le terminer lorsque Fieschi l'interviewa. Aussi, dans cette interview ancienne, Davoli tenait-il autant de place que le cinéaste, et le dialogue était passionnant, entre le cinéaste-poète à l'immense culture et ce gamin de bidonville à l'oeil rieur que rien n'impressionnait, puisqu'il était chez lui, que c'était dans les rues de poussière sèche où il avait joué enfant que cet entretien se passait. Donc, trente ans après, revoici Fieschi chez Ninetto. Il a forci, et, à voir ces lèvres épaisses sous l'épaisse chevelure bouclée qui fut jadis celle d'un ange, on se dit que l'âge, parfois... D'autant que l'entretien se passe dans les prés, au pied d'un château, où il paraît se sentir aussi bien chez lui que dans les baraques de son enfance. Et puis il suffit qu'on lui montre les images du bidonville d'autrefois, qu'il commente, il suffit qu'il esquisse un geste d'un bras levé, comme d'une aile, il suffit qu'il dise: " J'essaie de porter cette idée que Pier Paolo avait de moi ", pour que revienne le moineau, la grâce qui l'habite toujours. La grâce de l'ange ? Peut-être, mais aussi celle du cinéma, et celle du cinéaste. Car pour qu'elle agisse, encore fallait-il laisser au spectateur l'impression qu'il faisait lui-même ce travail de re-découverte. Et c'est en cela que le château - dont on saura un peu plus tard qu'il n'a rien à voir avec Ninetto - joue un rôle essentiel. Il fallait y penser. Cela s'appelle la mise en scène. Qu'est-ce que ceci a à voir avec Walt Disney et la pétanque ? Rien peut-être, sinon que pour moi il était question, ici et là, de savoir-vivre. |
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1. Deux ouvrages sur Albert Camus ont été publiés récemment: Emmanuel Roblès au Seuil: Camus frère de soleil et Abdelkader Djemaï chez Michalon: Camus à Oran. 2. Une fille sans histoire est le titre du premier roman de Tassadit Imache, publié chez Calmann-Lévy. 3. La Noce des fous et la Cendre des villes publiés chez Stock. Ecritures algériennes Une profusion d'ouvrages, romans et essais, sont consacrés à l'Algérie, en voici quelques-uns. Saïd Amadis: la Loi des incroyants, Plon (roman) ; Malika Mokeddem: Des rêves et des assassins, Grasset (roman) ; Rachid Mimouni: Chroniques de Tanger, Stock (chroniques) et une édition française, chez Stock également, de son premier roman: Le printemps n'en sera que plus beau ; Labter Lazhari: Journalistes algériens entre le bâillon et les balles, Harmattan (essai) ; Assima Fériel: Une femme à Alger, Arléa (récit) ; Hidouci Ghazi (ancien ministre de l'Economie du gouvernement Hamrouche): Algérie, la libération inachevée, La Découverte (essai), et surtout l'excellente étude de Omar Carlier: Entre nation et Jihad, Presses des Sciences Politiques, à notre avis, l'ouvrage le plus intéressant sur la question algérienne écrit ces dernières années.
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