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Réinventer la politique avec les jeunes Par Jean-Claude Oliva |
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Entretien avec Sylviane Ainardi et Sylvie Vassallo |
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A partir des différents éléments de notre dossier, réactions et analyse de la situation d'une génération en état d'urgence.
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Sylvie Vassallo : Que l'on parle de la vie des jeunes et de la protection sociale ou de leurs comportements politiques ou de leurs sentiments, il est clair qu'ils sont marqués par les difficultés de la société actuelle.
Ils présentent aussi des caractéristiques de génération, et appellent une réponse d'urgence.
On dit souvent que les jeunes ne sont pas concernés par la défense de la sécurité sociale: pour cause, une partie importante d'entre eux n'y a pas droit ! On peut discuter de la forme que pourrait prendre une branche jeunesse de la sécu, mais l'idée d'inventer quelque chose de nouveau qui protège les jeunes, porte aussi l'exigence de rénover la sécurité sociale et de lui faire passer une nouvelle étape pour tous.
Le sacrifice de plusieurs générations entraîne toute la société vers la régression; à l'inverse, se soucier de l'immédiat et de l'avenir des jeunes peut aider à une nouvelle progression de l'ensemble de la société.
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Sylviane Ainardi : Je crains qu'il y ait une sous-estimation de ce que subit cette génération, à quel point elle est au coeur des mutations de la société et des enjeux politiques de la période.
Deux termes caractérisent ces jeunes dans des situations très diverses: une très grande angoisse et un manque de perspective collective et individuelle.
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S.
V.: De la même façon que la dégradation se perpétue d'une génération à la suivante, il peut y avoir une façon rapide d'en sortir.
Par exemple, il y a un sentiment général que l'école et le système de formation sont inadaptés, un sentiment très profond chez les lycéens qui vivent cette situation de l'intérieur.
L'ampleur de l'inadaptation et la volonté d'y remédier vite constituent un point d'appui pour que l'école change aujourd'hui et pas seulement pour les générations futures.
Le regard de la société, sa façon de traiter la jeunesse sont importants pour l'avenir.
Si on cumule l'urgence pour les jeunes et l'urgence pour la société de ne pas laisser cette génération s'enfoncer, alors une issue devient possible.
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S.
A.: Pendant toute une période, il semblait normal que l'emploi des jeunes commence par la précarité.
A présent, les salariés prennent davantage conscience de l'enjeu d'une transformation du travail et du salariat par le grand capital à partir des jeunes.
Les contraintes économiques imposées aux salariés en donnant la priorité à l'abaissement du coût du travail sont indissociables de ce qui se fait avec les jeunes.
D'où un terrain de convergences très important.
Ce n'est pas un hasard si des luttes importantes ont été animées par des jeunes techniciens, justement sur la reconnaissance de leur qualification, le niveau des salaires en lien avec les autres travailleurs.
Autre exemple, dans le débat sur le service public, on ne peut déboucher sans prendre à bras le corps le problème de la masse des CES et des CDD (1) dans le secteur public, qui, en soi, est déjà une mise en cause de la mission du service public et de son efficacité. Il est vital d'opérer la jonction entre les demandes de ces jeunes et l'ensemble des salariés. Aussi l'ambition du Forum national engagé par le PCF est d'inviter largement les jeunes, dans les différents thèmes débattus en lien avec les actions sur le travail, l'école, la sécurité sociale, et en leur demandant d'y apporter toute leur contribution pour eux-mêmes et pour toute la société. On ne peut imaginer de perspective sans prendre complètement à bras le corps la situation des jeunes et sans les inviter à intervenir directement pour inventer cet autre avenir. Le rapport des jeunes à la politique est marqué par le discrédit, et par le poids du recul des idées progressistes dans la période écoulée. Et, en même temps, il y a une demande, une recherche de politique qui part souvent du concret, de préoccupations immédiates fortes, et qui butte sur des questions de fond. Un rapport neuf à la politique peut s'instaurer vite du côté des jeunes s'ils rencontrent des forces capables de les écouter, et de leur donner la possibilité d'intervenir, d'être eux-mêmes.
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S.
V.: Le rejet de la politique et des forces politiques telles qu'elles existent, n'implique pas de désintérêt de la politique.
Ce constat fait par Pierre Bréchon est important.
La force du rejet de la politique politicienne et la force de la recherche d'autre chose peuvent déboucher sur une autre façon de faire de la politique.
Les communistes doivent se saisir de ces exigences à être acteur, à comprendre la société, à pouvoir décider.
Les différences sociales et de comportement, soulignées à plusieurs reprises, sont très importantes chez les jeunes qui amplifient les mouvements de société. C'est le cas avec les jeunes les moins qualifiés qui votent davantage Le Pen ou les filles qui votent davantage à gauche que les garçons: il faudrait pousser encore les enquêtes à ce sujet. Les premiers positionnements politiques laissent des traces qui ne sont pas définitives. D'un point de vue électoral, le vote des jeunes n'est jamais acquis mais, réciproquement, pour le PCF il peut y avoir l'espoir que son influence remonte vite. La critique formulée par le sociologue sur les mouvements de jeunesse trop fermés ou trop idéologiques rejoint, à mon sens, la remarque du psychiatre sur le manque de mode d'expression pour se valoriser. Paradoxalement, cette recherche d'identification et de reconnaissance peut se faire par la participation ou l'ouverture mais peut aussi pousser au sectarisme ou à la violence. La balle est dans le camp de la société au travers de la place qu'elle accorde à la jeunesse.
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S.
A.: Beaucoup de jeunes souhaitent un changement politique, la difficulté est de trouver une traduction à cette aspiration.
A l'élection présidentielle, il y a eu une légère remontée du score de Robert Hue chez les jeunes par rapport à 1988 qu'il faut mettre en relation justement avec la priorité donnée à l'emploi dans la campagne.
Et une plus grande lisibilité d'un parti qui change.
Comment vont-ils trouver à présent des espaces pour s'exprimer ? C'est le défi que doit relever notre Forum national.
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| S. V.: Nous voulons, par le débat et l'action, ouvrir toutes les voies possibles pour construire l'école du XXIe siècle. La solidarité et la fraternité qui se développent dans les cercles de la Jeunesse communiste doivent aussi contribuer à la lutte contre les divisions et les violences qu'attise le gouvernement. Nous lançons un appel à ce que cette génération se rencontre et s'unisse pour faire reculer les injustices et désigner les contours d'une société juste et humaine. |
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* Sylviane Ainardi, députée européenne, est membre du Bureau national du PCF. ** Sylvie Vassallo dirige le Mouvement de la Jeunesse communiste de France. 1. CES: contrat emploi solidarité; CDD: contrat à durée déterminée.
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