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Le sens des connaissances Par Jean-Claude Oliva |
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Mon chat est intelligent mais il se soigne
En ces temps de crise et de doute, nombreux sont ceux qui trouvent du réconfort auprès d'animaux domestiques: la France bat tous les records dans ce domaine ! Des aliments aux publications spécialisées, un juteux marché se développe. Flairant la bonne affaire, Sciences et Avenir a cru bon d'éditer un numéro spécial sur " l'intelligence animale ". Tous les poncifs du genre y passent. Prenons mon chat, par exemple; chez lui, on peut " détecter une intelligence abstraite ", " autre critère d'intelligence: l'utilisation d'outils " et encore " une certaine intelligence conceptuelle ", et même " un raisonnement hypotético-déductif ", n'en jetez plus, je lui cède la place ! Mais dès qu'on aborde les preuves expérimentales, on ne trouve plus que...du pipi de chat. Ainsi en fait d'" outil ", il s'agit de la patte utilisée " comme avec une main ou une cuillère " car " il n'a pas été démontré qu'il puisse utiliser un outil amovible " (sic). Un autre article, signé par le psychiatre Boris Cyrulnik, est centré sur " l'affectivité ". S'agit-il, selon la définition du petit Robert, de l'aptitude à être affecté de plaisir ou de douleur ? De l'ensemble des phénomènes de la vie affective ? De la sensibilité ? Vous n'y êtes pas ! Il s'agit du phénomène, certes très intéressant, d'attachement systématique à un objet ou à un être présenté à l'animal peu de temps après sa naissance. Bref, il y a au moins un problème de vocabulaire. Fait nouveau, des scientifiques de plus en plus nombreux s'interrogent sur cette confusion: le primatologue David Premack parle de discontinuité entre l'homme et les grands singes, de différence de nature. Vous me direz, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Certes, mais à vouloir à tout prix hominiser les animaux, on risque d'animaliser l'être social qu'est l'homme, sa culture, son histoire, on prend le risque de faire passer pour naturel un certain ordre social concurrentiel et inégalitaire. L'anthropologue Michel Sakka ou le philosophe Dominique Lecourt ont mis en évidence ces dangers. Mon chat fait le gros dos, pour le consoler, c'est promis, je l'abonne à Sciences et Avenir.
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LIRE
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Des robots et des hommes
A travers les créatures artificielles, façonnées à l'image de l'homme, on peut discerner les multiples représentations de l'humain qui ponctuent les cultures, essentiellement occidentales. Par /1 - DPar cette hypothèse centrale, Philippe Breton relie les " créatures virtuelles " promises par le " cyberspace " aux plus anciennes, telle la statue Galatée qui, dans la mythologie grecque, devient femme, attirant l'attention sur la beauté, qualité jugée essentielle en son temps. Aujourd'hui, les ordinateurs tentent de simuler l'intelligence et la décision dans un même souci de capturer l'humain en l'imitant. L'histoire des créatures artificielles semble un reflet de l'histoire humaine. Après la beauté, le mouvement, l'intelligence ou l'individu, c'est le groupe social qui est mimé par le réseau. De passionnantes et discutables histoires d'idées, là où on ne voudrait nous montrer qu'une modernité technique sans histoire. A l'image de l'homme, Philippe Breton, Editions du Seuil, 130 F.
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Miroir aux alouettes
Cette réédition actualisée constitue une critique radicale de la société de la communication. L'apologie d'une universalité planétaire sans contenu, les enthousiasmes naïfs pour les " mondes virtuels " et le " village global " y sont accusés " de faire le lit de l'extrême droite ", " du repli identitaire, du rejet de l'autre ". Cette thèse s'appuie sur une histoire de la notion de communication depuis la création de la cybernétique en 1942 par Norbert Wiener. Le sociologue dénonce les effets pervers d'" un homme sans intérieur, réduit à son image ". Pour autant il s'attache à distinguer la communication, partie intégrante de l'activité humaine, de ses débordements utopiques qui en font l'unique point de vue sur le monde. L'Utopie de la communication, Philippe Breton, éditions La Découverte, 95 F.
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En quête de sens
Le neurobiologiste Pierre Karli essaie d'appréhender l'être humain. Refusant toute explication qui ne laisserait aucune place à la subjectivité et à la liberté, il souligne que " la personne humaine ne se laisse pas réduire à sa seule identité biologique ". Il en vient à considérer une " trinité " composée de trois facettes, " un individu biologique, un acteur social, un sujet en quête de sens et de liberté intérieure ". Cette dernière dimension se réfère à un " monde intérieur " dans lequel, selon le scientifique chrétien, l'individu " participe à quelque chose qui le dépasse ". La distinction acteur social/sujet appauvrit le sens même de social et son inscription spatio-temporelle dans le cerveau reste à démontrer. Pour ceux qui ne peuvent souscrire à ses convictions, il reste la perspective partagée de " promouvoir la réalisation optimale des potentialités de tout être humain en devenir ". Marx disait: " le vrai règne de la liberté." Le Cerveau et la liberté, Pierre Karli, éditions Odile Jacob, 140 F.
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TECHNOLOGIE
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Derrière l'écran
Thomson multimédia et la société américaine Infinity media développent ensemble un projet d'images en trois dimensions, visibles sans lunettes spéciales, ni casque. L'écran d'arcade permettrait à un spectateur de voir ce qui se trouve derrière un arbre au premier plan de l'image, en se déplaçant dans la salle. Cela va bouleverser notre regard !
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En voiture
Un libre-service de 50 Renault Clio électriques sera expérimenté prochainement à Saint-Quentin-en-Yvelines. Le rechargement se fera par induction sur des parkings spécifiques, situés en six points dans les principaux quartiers d'activité. Un abonnement donnera accès aux véhicules. Ce nouveau système de transport public lie transport collectif (pas de propriété privée des engins) et souplesse d'utilisation de la voiture particulière.
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L'IMAGE
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Pasteur au féminin
Listeria monocytogenes est une bactérie responsable d'infections alimentaires graves. Pour ses travaux sur ce modèle de parasitisme intracellulaire, la biologiste française Pascale Cossart s'est vu attribué le prix Unesco Carlos Juan Pinlay. Ses recherches fondamentales à l'Institut Pasteur ont contribué à la mise en place d'un sérodiagnostic de la listériose, de moyens d'identification des bactéries dans les aliments et à la démonstration expérimentale de possibilités de vaccination. |
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* Chercheur en communication au CNRS. |