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Citoyens parisiens en forum Par Cathy Capvert |
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De la rencontre, fin octobre, de syndicalistes, d'intellectuels, de chômeurs, d'élus communistes, socialistes, du Mouvement des citoyens et des verts, pour débattre ensemble d'un sujet aussi aigu et vaste que le problème de l'emploi, Martine Durlach, secrétaire de la fédération du PCF de Paris, assure: " une dynamique s'est créée ".
Ce soir-là, dans une salle en amphithéâtre de la rue d'Athènes, des expériences ont été partagées, des pistes ont été lancées.
Surtout, les quelque trois cents personnes présentes se sont écoutées.
Pour tous, l'objectif était le même: contester les choix en matière d'emploi, formuler des propositions et dégager des moyens d'action.
Le pari a été tenu.
Personne ne le conteste.
Même si beaucoup sont restés sur leur faim.
" La réussite de ce premier forum dépend principalement des prolongements que nous saurons lui donner " concède la responsable parisienne." C'est le début d'une démarche qu'il nous faut rendre encore plus publique afin de faire avancer les propositions qui ont été faites.". Une nécessité qui reflète à la fois toute la richesse et la contradiction de ce premier forum, où il était, dans un même temps, question de débattre et d'agir. Les uns attendaient du concret. Les autres souhaitaient davantage réfléchir. Francesca Sacarnos était des premiers. Mais elle avoue que sa situation personnelle la met en état d'urgence. Trimballée de petits boulots en stages sans suite depuis 1990, cette responsable de l'association de chômeurs APEIS dans le 20e arrondissement de Paris, trouve que " l'échange a été long à démarrer ". D'ailleurs, elle est partie avant la fin. Pas contrariée - " au moins maintenant on a l'impression que les grandes formations politiques prennent le problème du chômage à bras le corps " - mais en espérant qu'" il y ait moins de bla-bla la prochaine fois et plus de propositions concrètes." Au chômage à quarante-six ans, Francesca n'a pas le temps d'attendre. Pourtant, elle dit: " s'il n'y avait pas tout ce foisonnement, tous ces gens mobilisés pour l'emploi, je crois que je baisserai les bras." Et ajoute aussitôt: " c'est une soirée importante ". Ayant quitté le Parti communiste il y a plusieurs années, elle n'a pas envie d'y revenir, mais trouve " bien " qu'il soit à l'origine d'une telle initiative. Marie-Hélène Tissot, son amie également au chômage, elle, est restée jusqu'au bout. Précise: " J'ai attendu jusqu'à 22 heures ". Elle aussi est un peu déçue que ne se soient pas dégagées davantage de propositions concrètes. N'y en a-t-il pas quand même eu de faites ? " Si, bien sûr. Mais j'aurais aimé que cela aille plus loin." Regrette-t-elle d'y être allée ? " Non, c'est tellement rare et important de donner la parole à ceux qui sont directement concernés par le chômage. Au moins, cela évite les fausses bonnes solutions du type de celles mises en place par le dernier gouvernement socialiste, qui font toujours des cadeaux aux patrons sans favoriser la création d'emplois." Justement, la présence de Jean-Marie Leguen, premier secrétaire du Parti socialiste à Paris, l'a-t-elle dérangée ? " Pas du tout. Je crois, au contraire, qu'il faut les bousculer sans arrêt. On ne va pas les laisser tranquillement attendre 1998. C'est juste dommage que ce monsieur n'ait pas condamné Maastricht." " Tout se ramène-t-il à la condamnation du capital ? ", a interrogé le responsable du PS, avant de lancer des pistes sur la réduction du temps de travail, idée défendue également par Catherine Garros, maire-adjointe Vert du XIXe arrondissement." C'est justement la diversité des participants qui a fait la richesse de la soirée. J'ai appris des choses des spécialistes, mais j'ai juste regretté qu'il manque de témoignages vivants." explique Jean-Yves Segard, un postier syndiqué à la CGT. Martine Durlach reconnaît que certains ont eu du mal à trouver leur place dans le débat." C'est une première ", insiste-t-elle, avant de rappeler qu'en politique " on a besoin de toutes les intelligences et peut-être plus encore sur une question comme celle-là." Une nouvelle manière de faire. Un appel à la citoyenneté. Cette autre conception de la politique qu'a encouragée le sociologue Jean-Pierre Legoff, en appréciant que le PC ait cette démarche. Mais à l'inverse de Jean-Yves Segard, Alain Gombert, haut-fonctionnaire au ministère de l'Education nationale, s'attendait, lui, à ce que ce forum soit plus " une soirée d'étude et de recherche ". Il avait préparé une intervention sur les liens formation-emploi et n'a pas osé la faire." Les préoccupations des intervenants étaient beaucoup plus terre à terre, remarque-t-il. J'aurais été en décalage si je m'étais mis à développer ma réflexion sur ce sujet. Alors j'ai rangé mon papier dans ma poche et j'ai écouté." Est-il déçu ? " Non. Des tas de choses intéressantes ont été dites. Mais je me suis rendu compte que des contradictions et des paradoxes terribles apparaissaient ". L'éternelle question reste entière: comment concilier le besoin d'action et la nécessité de réfléchir ? Et d'ailleurs, est-ce possible ? Alain Gombert hésite, puis avoue " sincèrement, sous cette forme-là, je ne crois pas." D'après lui, qu'aurait-il fallu faire ? " Demander à ceux qui le souhaitaient de préparer un petit laïus et s'en servir pour poser le cadre dès le début." Il aura fallu une soirée pour le faire, mais, maintenant à Paris, des gens qui n'avaient pas l'habitude de se retrouver sont prêts à continuer de travailler ensemble. |
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* Journaliste algérien. 1. A la mi septembre 1995.(Chaque candidature, pour être validée, devait recueillir 75.000 signatures émanant de 20 Wilayas sur 43). 2. Après l'indépendance, on nommait " Shab El 404 " ceux qui possédaient des Peugeot 404.A présent ils ont des centaines de milliards. 3. Le 17 mars 1994, le député Jean Ziegler a confirmé à Alger Républicain l'existence, dans les banques suisses, de sommes importantes appartenant à des Algériens. 4. Douze milliards de FF.Ce chiffre est aujourd'hui nettement supérieur.
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