Regards Novembre 1995 - La Planète

Souveraineté incertaine au Québec

Par Daniel Laprès


Les Québécois doivent se prononcer par référendum sur leur avenir, pour la deuxième fois en quinze ans. L'enjeu: l'accession du Québec au statut de pays souverain.

Constamment rejetés par le Canada anglais qui refuse de reconnaître leur statut de société distincte, les Québécois sont au pied du mur. S'ils veulent parvenir à la maîtrise de leur destin, ils ne peuvent que souscrire à la souveraineté du Québec, question posée par le référendum du 30 Octobre. La société québécoise semble peu mobilisée à cette fin. L'ardeur d'antan semble émoussée. Les seules considérations nationalistes ne font plus recette, avec comme conséquence principale que les jeux sont loin d'être faits. Des hésitations et des contradictions s'expriment en raison de l'absence de perspectives sociales dans le projet présenté par l'actuel gouvernement (Parti québécois). Celui-ci affiche une position contradictoire: d'un côté, il prône la souveraineté économique du Québec mais est, de l'autre, un fervent partisan de l'Alena (Accord de libre échange nord-américain). Dans ces conditions, non seulement il refuse d'aborder les problèmes réels posés à la souveraineté des Etats dans le contexte de mondialisation de l'économie, mais il défend même un plus grand assujettissement économique du Québec aux Etats-Unis. Ainsi, apparaît plus nettement son adhésion à l'idéologie libre-échangiste et sa volonté de participer à la guerre économique mondiale, comme celle de mettre en cause les programmes de sécurité sociale pour satisfaire les exigences liées à la compétitivité tous azimuts qu'entraîne la participation à l'Alena.

Plus de 50.000 citoyens impliqués dans la société civile ont pourtant clairement exprimé l'hiver dernier, au cours de commissions de consultation mises sur pied par le gouvernement du Québec, leur volonté de donner à la souveraineté du Québec un fort contenu social. Une majorité importante de Québécois ne veut pas se contenter de créer un Etat souverain mais souhaite plutôt entrer dans un processus de construction d'une société où les citoyens soient souverains. Ce qui implique des réformes institutionnelles profondes (démocratie, économie, culture). Cette exigence inclut la volonté de trouver des solutions aux problèmes réels que vivent les Québécois: chômage endémique (13%), perte de confiance dans les institutions, blocage des institutions démocratiques, etc.

Bien qu'il soit à l'origine de cette consultation (en vue d'obtenir l'adhésion du peuple à son projet), le gouvernement québécois a vite compris qu'il avait ouvert une boîte de Pandore. Il n'a pas su se montrer à la hauteur des exigences exprimées par un peuple qui réclame de vraies perspectives. Si les Québécois sont prêts à assumer le choix de la souveraineté, c'est pour se donner les moyens de résoudre leurs problèmes sociaux criants. Incapable (et refusant) d'intégrer cette revendication au projet de souveraineté soumis au référendum de cet automne, le gouvernement s'est contenté de vagues promesses.

Si le référendum échoue, ce sera dans une large mesure en raison de ce refus de prendre en compte la volonté des Québécois de construire une société plus juste et capable de recréer en son sein les conditions requises pour la préservation d'un lien social qui s'avère être l'enjeu véritable de ce référendum. Le gouvernement du Parti québécois aura créé des attentes et une détermination populaires qui risquent fort de le dépasser ensuite. Certains, dans le mouvement social québécois, se sont engagés à inclure les dimensions sociales dans le débat référendaire. De la capacité du gouvernement à assumer ces exigences dépendront les résultats du référendum. Pour l'heure, l'incertitude règne mais en cas d'insuccès le gouvernement devra payer le prix politique d'avoir conduit le Québec à un deuxième échec en quinze ans. De plus, il portera la responsabilité d'avoir écarté l'expression du peuple québécois sur le projet de souveraineté authentique qu'il attend.

 


* Rédacteur en chef de la revue Virtualités, de Montréal.Pour informations supplémentaires, lire Raisons communes de Fernand Dumont, Montréal, éditions Boréal, 1994.

retour