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Rien ne peut rester immobile Par Henri Malberg |
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Notre société est tout, sauf immobile.
Les événements se télescopent.
Les attentes se font plus fortes.
Les idées qui circulent sont devenues plus critiques.
Il y a ce qui inquiète et fait grandir la peur de l'avenir, l'insupportable pauvreté au coin de la rue, le chômage, la précarité, ce qu'un commentateur appelle " le déficit d'espérance " (1). Il y a ce que renvoient, avec trop de complaisance, les médias: la violence, la haine, un monde chaotique dont se nourrit l'extrême droite. Le sentiment existe que, de toutes façons, et d'une façon ou d'une autre, " ça ne peut pas continuer comme ça ". Il y a aussi ce qui encourage. Ainsi à ceux qui cherchent à exciter les travailleurs les uns contre les autres, les fonctionnaires et agents des services publics ont répondu avec force en octobre qu'ils n'étaient pas " des privilégiés et des nantis "... La sympathie visible des salariés du secteur privé et des sans-emploi les a accompagnés. Il se dessine ainsi une convergence porteuse d'avenir. Notable, et combien encourageante aussi, cette résistance du peuple face aux poseurs de bombes. La sauvagerie du terrorisme ne parvient ni à déstabiliser le pays ni à isoler les immigrés. Cela honore le peuple, dans toutes ses composantes, français et immigrés. Et puis, cet étonnant sondage de l'Humanité dimanche. Un véritable plébiscite pour le salaire minimum garanti (94%), la protection sociale (94%), la garantie de l'emploi dans un travail (85%). Stéphane Rozès en conclut: " L'opinion met dans la sphère des droits...un ensemble de protections minimales acquises par le salariat. Elle met dans la sphère des privilèges...la décision de licencier pour les chefs d'entreprises, le pouvoir de laisser inoccupé un appartement, la fortune, les profits boursiers, les hauts revenus... Cela dénote une très forte aspiration à la préservation égalitaire des acquis et de l'identité du travail..." (2). Le renouveau de la pensée critique dont Regards se fait régulièrement l'écho - et encore dans ce numéro - l'essor des recherches et des publications, la réussite du Congrès international consacré à Marx témoignent d'un renouveau intellectuel. En vérité, le sentiment grandit que les choses ne peuvent pas rester en l'état. Un chercheur écrit même que l'idée se répand que " cette civilisation n'est pas viable " (3). Dans quel sens vont bouger les choses ? Réactionnaire ou progressiste, tel est bien l'enjeu. Et personne ne sait quel tour vont prendre les événements. Cette question est au coeur du mouvement des idées actuel et de la vie politique.
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Tout le monde cherche de nouveaux chemins
On peut actualiser la phrase célèbre: ceux d'en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, et ceux d'en bas ne veulent plus vivre ainsi. Le capitalisme - pour appeler les choses par leur nom - cherche à maîtriser en sa faveur les immenses forces qui ont grandi en son sein: la révolution scientifique et informationnelle, l'explosion des moyens de communication et la formidable croissance de la productivité du travail qui les accompagne, la tendance à la mondialisation des forces productives, la créativité universelle des cultures et les aspirations des peuples à la modernité. Mais il transforme en malheur ce qui devrait donner des moyens sans précédent d'une vie plus heureuse, plus libre et permettre de nouvelles solidarités sur la planète. La campagne présidentielle de Jacques Chirac a bien montré comment, à droite, on cherche ce qu'on pourrait bien bouger pour que " tout continue comme avant ". L'élection à la quasi unanimité d'Alain Juppé à la présidence du RPR ne change pas grand chose au fait que la majorité de ceux qui ont voté à droite pensent maintenant être floués car " les promesses ne sont pas tenues ". La réorganisation du Parti socialiste et l'accession de Lionel Jospin au pouvoir ont provoqué chez tous les commentateurs une question sans détour: mais en faveur de quelle politique le Parti socialiste se prononce-t-il ? Jacques Julliard, dans le Nouvel Observateur, note que " Jospin se doit d'éviter deux écueils symétriques: le premier serait de promettre la lune, le second de se satisfaire d'une simple variante de la pensée unique ". Et de citer de façon favorable la formule: " réalisme de gauche " (4). Or, comment oublier que c'est au nom du réalisme que la victoire de 1981 a abouti aux déceptions que l'on sait et au retour en force de la droite et de l'extrême droite. A cet égard, le Parti communiste a fait remarquer " l'urgence et l'importance d'une véritable transformation rompant avec la logique de l'argent-roi et de Maastricht " et souligné " les risques décuplés qu'engendrerait une énième déception de notre peuple " (5).
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Le Forum national
Mais ce qui est vrai pour les autres est vrai aussi pour le Parti communiste. Personne ne peut prétendre aujourd'hui venir devant le peuple et dire: voici la réponse, je sais ce qu'il faut faire. En même temps, à chacun ses responsabilités. Le peuple ne se satisfait pas de mots creux, il est à la recherche d'idées claires et d'actes concrets. Pour ce qui les concerne, les communistes souhaitent tenir toute leur place pour répondre à cette attente. L'idée d'un Forum national pour inventer un nouvel avenir veut correspondre à ce besoin. Les communistes y invitent les travailleurs, la population, les divers acteurs de la vie sociale, économique et culturelle, les militants et représentants des formations progressistes et de gauche, à se rencontrer dans des initiatives pour échanger les expériences et les réflexions. Expériences de luttes et réflexions sur les problèmes vitaux: demain quelle civilisation, protection sociale, emploi, rôle du peuple dans les transformations nécessaires, responsabilité des partis politiques de gauche et progressistes... En clair, faire émerger un projet de transformation dont la force découlera de son ancrage dans le pays. Avec le même objectif, les communistes répondent à toute invitation au dialogue et au débat. Il s'agit ainsi de contribuer à une dynamique d'action et de réflexion. Il s'agit de donner de la force à une volonté de changement progressiste qui recommence à grandir. Il s'agit de donner un contenu, un sens pour remplir le vide d'espoir. L'effort confirmé du Parti communiste pour sa rénovation fait partie de cette problématique. Quand, avec constance, un tiers des Français confirment et reconfirment leur intérêt pour le Parti communiste, cela veut dire qu'ils sentent plus ou moins clairement que son influence et son dynamisme sont indispensables à tout projet transformateur. Que Robert Hue ait intitulé le livre qui sort en ce moment même, la Mutation, énonce clairement que les communistes sont conscients de leur propre responsabilité. Y compris pour leur parti lui-même. |
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1. Alain Duhamel, dans Libération, 20/10/95. 2. Enquête d'opinions Humanité-dimanche-CSA, parue dans l'Humanité dimanche, 19/10/95. 3. Revue Transversales, sciences-culture. 4. Le Nouvel Observateur, 19/10/95. 5. Rapport de Jean-François Gau au Comité national du PCF, 5/10/95.
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