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Tendances Par Pierre Courcelles, Christian Kazandjian, Juan Marey, Evelyne Pieller, et Gérard Streiff |
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Genet au miroir de Rembrandt
A l'époque où il écrivait l'Atelier d'Alberto Giacometti, Jean Genet formait le projet d'un livre sur Rembrandt. En 1958, quelques extraits parurent dans l'Express sous le titre " Le secret de Rembrandt ". Long silence ensuite. On sait que Genet, sous le coup de la mort de son ami Abdallah, détruisit en 1964 une pleine valise de manuscrits. De l'écrit Rembrandt ne survécurent que deux fragments publiés dans la revue Tel Quel en mai 1967 sous le titre " Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes ". Genet est là saisi par le miroir tendu par le peintre: " Devant le miroir, la complaisance narcissique est devenue inquiétude et recherche passionnée, puis tremblante." Ce sont ces textes que Gallimard réédite dans une salutaire collection: l'Art et l'écrivain où l'on trouve, notamment, Bernard Noël et Masson ou Philippe Sollers et Cézanne.(95 p., 40 illustrations couleurs, 195 F).
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Un génocide
De Porto Rico au Cône sud, bien d'écrivains de langue espagnole excellent dans l'art de la nouvelle. Terre de Feu et Cap Horn ont permis d'apprécier en France le talent de " conteur " de Francisco Coloane, et l'on se souviendra des textes courts et incisifs, d'une âpre poésie, dans lesquels il met en scène l'extrême sud du continent américain, eau et terre mêlées, avec sa population de gardiens de moutons et d'aventuriers, de chercheurs d'or, de marins et de bagnards. Les Indiens Ona, eux, ont été exterminés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, et les grandes propriétés d'élevage occupent désormais les terres froides où ils chassaient les guanacos. En vingt-cinq chapitres, avec une précision, une vigueur incroyables, Coloane évoque cet univers du bout du monde aux confins de l'Argentine et du Chili, l'" implacable cupidité " des estancieros, souvent d'origine anglaise, qui négociaient avec les Malouines et Londres, les rapports des Européens, dénués de scrupules, entre eux et avec les Indiens, le début du métissage, les mythes des Ona. Matière brute provenant, à coup sûr, de l'expérience vécue de l'auteur, de ses lectures, de ses conversations dans les buvettes des villages et les tavernes des ports. On n'oubliera pas les personnages de Men Nar, la dernière Ona, violée par un Blanc, et de sa fille Ombre de Sang. Francisco Coloane, El Guanaco, traduit de l'espagnol (Chili) par François Gaudry. Phébus, 190 p., 119 F.
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L'amour amer
Voici, en une trentaine de courtes séquences qui font parfois penser à certaines bandes dessinées ou à des feuilletons télévisés - action et violence - une sorte de parabole de la destinée humaine. Le cadre: la ville de Buenos Aires que parcourt dans tous les sens le taxi de Morales. Celui-ci est en quête de Valentina, l'amour perdu de sa jeunesse. Et, selon les cas, les clients qu'il charge le rapprochent de son but, ou l'en éloignent. Dans son entourage immédiat, les voisins de l'immeuble où il loge, ouvriers et artisans, tout un petit peuple amateur de football, de courses de chevaux et de feuilletons télévisés. Sans omettre le monde des mauvais garçons, des souteneurs et des prostituées. C'est le printemps. Il y a aussi la potion magique du docteur Nemo, qui décuple les forces de Morales et lui permet de renverser bien des obstacles. Mais pas le temps. Car l'obstacle à l'amour, à la vie c'est le temps, cause de vieillissement, de déception, de solitude. Adolfo Bioy Casares, Un champion fragile, traduit de l'espagnol (Argentine) par Eduardo Jiménez. Robert Laffont, 120 p., 119 F
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Festival
Ecrivain et journaliste passionné par l'Amérique latine, Gérard Delteil vient de publier deux nouveaux romans. Cerro rico, la mine aux enfants évoque l'enfer d'une cité minière au coeur des Andes bolivienne. La Nuit de l'Apagon se passe à Cuba, en compagnie du héros fétiche de l'auteur: Dominique Lubin. Et, ces jours-ci, paraît chez Gallimard/Folio une nouvelles édition de son polar chilien: Chili con carne. Cerro rico, la mine aux enfants, éd.de la Renaissance, 125 p., 69 F. La Nuit de l'Apagon, éd. Fleuve noir, 219 p., 35 F Chili con carne, éd. Gallimard, 250 p., 32 F.
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Crépuscule
Rome, Prague, Venise, Leningrad, Dresde, Vienne et Amsterdam accueillent, en des périodes différentes, un meuble dont chaque tiroir contient la confession de chacun de ses sept propriétaires successifs, confession qu'un mécanisme soustrait à la curiosité du nouvel acquéreur. L'Europe, dans ses convulsions séculaires, accouche de monstres très ordinaires, personnages ternes le plus souvent qui jouent leur partition dans une cacophonie de violence et de guerre. Ces bureaucrates gris d'une civilisation rejouant sans cesse son crépuscule sont les témoins passifs d'une histoire qui attise à l'envi les feux de sa propre destruction. Mario Pasa, le Cabinet des merveilles, Denoël, 250 p., 98 F
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Maritime
Ecrite entre les années 30 et 50, cette série de dix romans d'aventures maritimes, dont le second tome est paru en octobre, est positivement fortifiante. Car son héros, Horatio Hornblower, fait partie de cette secrète tribu de gens pour qui on éprouve une amitié absolue. Il y a Tom Jones, Tristram Shandy, Lucien Leuwen, Philip Marlowe, quelques autres, et Horatio. Le maigre, nerveux, compliqué Horatio, qui, sur les mers du monde entier, pendant les guerres contre la France révolutionnaire et napoléonienne, va passer d'aspirant à amiral, au long d'une épopée désinvolte et enthousiasmante. Horatio a le mal de mer, ce qui est gênant, ne comprend rien aux femmes, ce qui le déprime, est persuadé de son peu de mérites, ce qui l'achève, Horatio est épatant. C. S Forester, auteur de l'inoubliable African Queen, a su merveilleusement écrire des livres pour enfants devenus adultes. C'est rarissime, c'est délicieux. Cecil Scott Forester, Capitaine Hornblower. Préface de Michel Le Bris. Traduit par Maurice Berblock, Louis Guilloux... Presse de la Cité-Omnibus, 1 151 p., 145 F
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América
Si l'art français s'est longtemps imposé, esthétiquement et économiquement, aux Etats-Unis, du dernier tiers du siècle dernier jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il n'en a pas été de même pour ce qui est de l'architecture. L'influence des Etats-Unis sur l'architecture française, et plus largement européenne, de la fin du siècle dernier jusque dans les années 1960, semble attestée. C'est du moins la thèse très documentée de Jean-Louis Cohen dans Scène de la vie future. L'architecture européenne et la tentation de l'Amérique, 1893-1960, ouvrage qui accompagnait l'exposition éponyme, cet été à Montréal. Ainsi, l'américanisme architectural s'implante: " ...(en) Allemagne, où se fonde l'urbanisme et où réforme sociale et architecture moderne se conjuguent; (dans) l'Italie du futurisme et du fascisme; (en) France, dont l'hégémonie culturelle vacille alors qu'elle accueille des avant-gardes subversives; ou encore (en) Russie en proie à l'industrialisation, à la révolution et à la réaction culturelle ". Editions Flammarion, 1995; 223 p., nombreux documents couleurs et noir et blanc, 299 F.
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Ténèbres
Sculptures funéraires. De l'Ancienne Egypte au Bernin (Flammarion/Idées et Recherches, 270 p., 295 F), est l'un des livres d'Erwin Panofsky (1892-1968) non encore traduits en français. Dernier ouvrage publié de son vivant, en 1964, il rassemble les textes d'une série de conférences données en 1956 à l'Institute of Fine Arts de l'Université de New York. Dans ce livre bref (une centaine de pages de textes), mais à l'iconographie abondante et précieuse, le père de l'iconologie moderne démontre une nouvelle fois l'intérêt de son approche des oeuvres par le versant de leur valeur symbolique et par la confrontation à laquelle il les soumet avec les multiples savoirs et expressions qui sont contemporaines de leur apparition: poésie, sciences, religion, philosophie, etc. Autre incursion au royaume des ténèbres, le livre de Jean-Pierre Mohen les Rites de l'au-delà (Odile Jacob, 330 p., 160 F). Directeur du Laboratoire de recherche des Musées de France, l'auteur nous entraîne dans un passionnant voyage historique dans le temps et l'espace, à la découverte d'une vaste et riche culture de coutumes, de cérémonies, de pratiques rituelles qui accompagnent le passage de la vie à la mort, de " l'homme tué " de Lascaux aux Yorouba contemporains exilés au Brésil, en passant par l'Egypte ancienne, les mégalithes du Morbihan, la Grèce, Rome, etc.
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Modernité
Parmi les collections qui ambitionnent de rendre accessibles à un large public les mouvements artistiques du XXe siècle, une nouvelle venue: Vivre l'art aux éditions du Regard. Après un premier ouvrage consacré à l'Arte Povera par Maïten Buisset, et avant ceux qui présenteront le " Land Art " le " Nouveau Réalisme " ou " l'Expressionnisme Abstrait ", voici " le Futurisme ", l'un des mouvements majeurs de l'art du début de notre siècle, par Gérard-Georges Lemaire, éminent scrutateur de l'art et de la vie italiennes. A l'appui d'un texte clair qui ne renonce pas à l'érudition, et d'une abondante iconographie, le lecteur trouvera des annexes fort utiles: manifestes du Futurisme, biographies des artistes, bibliographie et index; pour un prix lui aussi accessible: 215 p., 195 F. P. C.
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Sénèque le Philosophe
Deux théâtres de la région parisienne, le Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis et le Théâtre des Quartiers-d'Ivry, s'associent pour constituer une équipe artistique unique, comprenant une douzaine d'acteurs, et pour proposer au public l'intégrale des huit pièces d'un auteur encore peu connu en France: Sénèque (vers 2 av. JC-65 apr. JC). A travers une série de cinq spectacles, quatre lectures, des rencontres et des débats, ces deux établissements proposent, entre octobre 1995 et février 1996, la découverte d'un immense dramaturge, comparable à Shakespeare ou à Racine. Ses pièces, bien que reprenant les mythes grecs, sont imprégnées par l'époque romaine d'il y a deux millénaires, cette Rome de Néron, dont il fut le précepteur, qui nous apparaît étonnamment proche. Ce que vise ce projet ambitieux et inhabituel, c'est une mise en question du théâtre, son rapport avec la philosophie, la morale, la politique. Questionnements d'actualité. Ce cycle a commencé à Ivry avec Thyeste, mise en scène Adel Hakim, jusqu'au 12/11. Renseignements: Ivry: 46.72.37.43. Saint-Denis: 42.43.17.17.
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Shakespeare
Le spectacle le plus singulier - et par là le plus intéressant - du Festival d'Avignon fut sans contexte le Richard III mis en scène par Matthias Langhoff qui, annoncé sous le titre Gloucester Time-Materiau Shakespeare/Richard III, promettait tout autre chose qu'une représentation respectueuse de la structure du drame." Matériau "; donc pierres à ajouter à d'autres pierres dans un ordre aléatoire, et cela supposait impasses (on sacrifierait des scènes au besoin) et ajouts (des corps étrangers pourraient être introduits). Et il en est ainsi, comme on en pourra juger au Théâtre Gérard-Philipe de St-Denis où le spectacle qui fut peu vu à Avignon (quelques représentations et dans une petite salle) accueillera plus largement les spectateurs. Richard Gloucester, grand criminel devant l'Eternel, élimine sans scrupules et même avec une délectation perverse, tous ceux qui lui barrent l'accès au trône, et qu'il y parvienne ne met pas fin à ses crimes. La visée de Langhoff est moins de nous aider à nous y retrouver dans les rapports familiaux compliqués et les rivalités féroces de ces féodaux pour le pouvoir, que de nous signifier que nos temps ne sont pas moins barbares et les crimes de notre XXe siècle moins inexpiables; d'où l'anachronisme systématique, les dénonciations de nos tyrans, et la guerre du Golfe omniprésente. Le spectacle est concret, vivant, violent. De jeunes comédiens, et tout particulièrement Martial Di Fonzo Bo (une révélation) donnent une vigoureuse impulsion à cette véritable machine de guerre lancée sur une scène instable déglinguée, tout comme est notre monde. Richard III de Shakespeare, texte français de Jean-Michel Déprats. Adaptation et mise en scène de Matthias Langhoff, au Théâtre Gérard-Philipe de St-Denis, du 6 novembre au 16 décembre.
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Claudel
Il y a longtemps que Marcel Maréchal rêvait de mettre en scène les trois pièces de Claudel qui, se situant, la première, l'Otage, sous l'Empire dont la fin se prévoit (1812) et la seconde, le Pain dur, sous Louis-Philippe le Roi-citoyen (1844), confrontent le destin de deux lignées dont seules les vicissitudes de l'Histoire ont pu mêler le sang, la noblesse terrienne des Coûfontaine fidèle au roi légitime et Toussaint Turelure, le fils défroqué, passé à la Révolution, de paysans du domaine. Turelure l'emporte sur Coûfontaine, il est au faîte du pouvoir, premier ministre et richissime. La troisième pièce, le Père humilié, se situe à Rome vers 1870-71. La ville est devenue la capitale de l'Italie et le Pape (le Père humilié) se tient pour prisonnier au Vatican. Ses deux neveux aiment Pensée, la descendante des Coûfontaine-Turelure, fille d'une juive de surcroît. Elle est aveugle, et tous trois sont des êtres d'une haute spiritualité. Coûfontaine a surmonté en Pensée, la bien nommée, la souillure Turelure, tout en ayant puisé dans cette souche vigoureuse une promesse d'avenir. Tout un demi-siècle d'histoire de l'Europe, magnifiquement, sous-tend la trilogie. On imagine quel Toussaint Turelure sera, dans l'Otage et le Pain dur, Marcel Maréchal, comédien au tempérament généreux, plein de vie, de verve, apte à incarner un personnage immense, haut en couleurs et emblématique du bouleversement de la société alors survenu. Le théâtre des Renaud-Barrault prend un nouveau départ sous de bons auspices. Les Coûfontaine, de Paul Claudel. Représentations jusqu'au 30 décembre. Pièces en alternance et intégrales.
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Varia
Paris: Théâtre National de Chaillot, du 7/11 au 2/12: l'Opéra de qua't sous de Bertolt Brecht, mise en scène Charles Tardjman. Paris: Théâtre de la Tempête, jusqu'au 26/11: la Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht, mise en scène Philippe Adrien. Trappes: La Merise, les 14, 15 et 25/11: les Dimanches et A dimanche par le Théâtre du Campagnol. Calais: Théâtre municipal, du 9 au 18/11: Un monsieur très vieux avec des ailes immenses d'après Gabriel Garcia Marquez, mise en scène Claire Dancoisne. Gennevilliers: Théâtre, du 14/11 au 3/12: le Rêve d'un homme ridicule de Dostoïevski, spectacle de Christian Colin et Bernard Sobel. Sceaux: Les Gémeaux, du 8 au 25/11: l'Idiot de Dostoïevski, mise en scène Joël Jouanneau.
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Dunes
Aucun signe spectaculaire chez le groupe Dunes mais une intelligence consacrée au langage du corps et à son environnement, aux images, aux lieux, aux sons, aux gestes quotidiens. Ce positionnement, ouvert au multiple est dû à ses fondateurs, Madeleine Chiche et Bernard Misrachi, ainsi qu'aux danseurs qui participent à leur parcours depuis plusieurs années. Ensemble, ils n'ont pas fini de déconcerter par leurs expériences détonantes, de sobres alchimies teintées d'humour qui souvent se situent en dehors des cadres habituels du spectacle. Pour leur dernière création Heu ! et autres bruits, ils ont investi la friche de la Belle de Mai à Marseille. Ils y ont trouvé des murs pour projeter leurs images et un espace ouvert pour de nouvelles expériences physiques induites par le contexte.(du 14 au 18 novembre).
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Ea Sola
Ea Sola, originaire du Vietnam, est repartie quérir à la source les gestes qui ont traversé son enfance. Elle en revient avec une vingtaine de femmes de 50 à 76 ans, superbes interprètes de sa dernière création Sécheresse et pluie. Très singulier, infiniment émouvant, l'art poétique et chorégraphique d'Ea Sola s'appuie sur la simplicité. L'exercice de mémoire qui s'y déploie marie tradition et modernité. Sécheresse et pluie s'inspire d'un art ancien du 13è siècle, le Hat Chéo, qui réunit chant, percussions, art dramatique et danse. On y retrouve également un autre art populaire, le Truyen Than, des portraits noir et blanc aujourd'hui réalisés à la gouache et habituellement destinés à l'autel des ancêtres. Ils sont ici consacrés aux personnages qui ont fait l'histoire du Vietnam, une histoire de 4 000 ans qui défile jusqu'à l'époque contemporaine, avec ses visages de résistants, de soldats et d'anonymes disparus sous l'occupation française et la guerre américaine. Sécheresse et pluie est un chant de vie.(Festival d'Automne, Centre Pompidou, du 8 au 13 novembre).
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Varia
Bobigny: Maison de la Culture, jusqu'au 17/12: Decodex de Philippe Decouflé. Vitry: Théâtre Jean-Vilar, le 10/11: Affirmation G par la Compagnie VMT. Ile-de-France: du 6/11 au 3/12: Iles de Danses 1995; dans une quarantaine de villes de la région, 10 compagnies de danse donnent 68 représentations, informations: 42.65.06.58. Paris: Théâtre de la Ville, du 7 au 18/11: l'Anoure par le Ballet Preljocaj; du 21 au 25/11: " Lucinda Childs Dance Company "; du 28/11 au 2/12: Nuit par la Compagnie Mathilde Monnier. Feyzin: Centre Léonard-de-Vinci, le 17/11: Voyageur immobile par la Compagnie Philippe Genty. Lyon: Maison de la Danse, du 8 au 11/11: Assaï, direction artistique Les carnets Bagouet. Grenoble: Le Cargo, du 14 au 18/11: la Tête contre les fleurs, création par la compagnie Jean-Claude Gallotta.
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Amado
Le sculpteur Jean Amado est décédé le 16 octobre dernier à Aix-en-Provence où il était né en 1922 et où il avait vécu et travaillé sa vie entière. Après la Résistance, entre 1940 et 1944, il installe, avec sa femme, un atelier de céramique d'où sortent, au début des années 1950, des oeuvres monumentales destinées à l'architecture. Le goût de l'expérimentation le conduit, en 1957, à inventer son propre matériau: le béton émaillé breveté sous le nom de " Cerastone ". Dès lors, le travail de Jean Amado sera presque exclusivement consacré à la commande publique: à Aix, à Gap, à Lyon, à Martigues, à Noisy-le-Grand, à Ivry-sur-Seine, etc. Parallèlement, il expose à la Galerie Jeanne-Bucher à Paris, et le Musée des Arts décoratifs lui consacre une importante exposition rétrospective en 1985. Dans un entretien avec Bernard Noël, paru dans la Quinzaine littéraire du 1er novembre 1976, Jean Amado disait: " La vie, pour moi, c'est la vie à travers les âges, et non pas ma vie ou la vôtre, même si elles m'importent. Je voudrais [...] faire de l'habitable, mais la sculpture habitable, c'est le tombeau, l'endroit du retour à la matrice et l'endroit de la grande paix. Ce serait merveilleux d'habiter un tombeau en étant vivant, dans un grand silence et une grande douceur, la douceur de la continuité; je voudrais fabriquer une énorme continuité, vingt kilomètres de sculptures, sans arrêter, car, quand une chose s'arrête, terminée, je ne vis plus...". |
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1. Olivier Donnat, les Français face à la culture.De l'exclusion à l'éclectisme.Editions La Découverte, 1994, 180 F. 2. Dans le Monde du 23/6/95. 3. Olivier Donnat et Denis Cogneau, les Pratiques culturelles des Français, 1973-1989.Editions La Découverte/La Documentation française, 1990, 160 F.
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