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Nelly et Mr. Arnaud Par Marcel Martin |
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Voici, après Un coeur en hiver, un nouveau chef d'oeuvre de Claude Sautet qui, auteur de tant de réussites depuis trente ans, met en oeuvre, encore plus magistralement peut-être, ses qualités habituelles: subtilité dans la peinture des sentiments et sobriété dans le traitement de l'intrigue.
Comme dans son précédent film, l'anecdote est réduite à sa plus simple expression: un vieil homme fait la connaissance d'une jeune femme et noue avec elle une relation insolite.
Elle est en instance de divorce, lui est retiré des affaires, ils se lient au hasard d'une rencontre avec une amie commune.
Comme elle a un problème d'argent et qu'il est très riche, il lui propose en prêt une grosse somme en laissant entendre qu'il ne demande pas à être remboursé.
Et comme elle est professionnelle de la frappe sur ordinateur, il lui suggère de venir chez lui tous les jours pour taper le roman dont il vient de terminer le manuscrit.
Pour régulariser leur relation, en quelque sorte, et enlever toute ambiguïté à ce prêt offert et accepté en tout bien tout honneur. Et c'est vrai qu'il ne semble pas y avoir dans leur relation la moindre arrière-pensée, sinon une attirance réciproque dont rien ne laisse supposer qu'elle soit envisagée et vécue autrement que platonique. Nelly a trouvé en Mr. Arnaud un bienfaiteur dont le geste est fort appréciable en un moment difficile pour elle et un homme dont l'âge fait de lui une figure de père (plus que quarante ans les séparent) et de patron (elle est sans emploi à ce moment) plus que d'amant potentiel même si son couple est en crise. Quant à Mr. Arnaud, il est séparé de sa femme et fait part à haute voix devant Nelly de sa " mysoginie ordinaire ", ce qui pourrait passer à la fois pour un travail d'approche et un système de défense, mais il confirme son abstinence en assurant qu'il n'entend pas " céder à la jalousie ". Dans les relations, le plus souvent paisibles mais parfois orageuses, de ce couple inattendu, font irruption des comparses: le mari de Nelly (Jean-Hugues Anglade), l'épouse d'Arnaud (Françoise Brion) et surtout l'ancien associé du financier, naguère ruiné par lui et qu'il subventionne pour se donner bonne conscience, personnage étonnant auquel Michael Lonsdale confère la présence imposante et énigmatique d'une sorte de statue du Commandeur. Et la prestation des protagonistes est éblouissante: Emmanuelle Béart, fière et réservée, souvent crispée et parfois crispante, dont l'élégance et la séduction captivent immédiatement son partenaire, que Michel Serrault incarne avec désinvolture et humour dans son détachement devant les choses de la vie. Autour d'eux règne l'animation des rues et des cafés, lieux favoris de Sautet où les visages aperçus et les conversations supposées gardent leur part de mystère. Et on imagine une part d'autobiographie dans ce personnage d'Arnaud que le réalisateur, jeune septuagénaire, a ciselé avec ferveur et admiration et qui lui ressemble comme un frère. Pénétration, lucidité et rigueur, ce film remarquable appelle un qualificatif qui définit à la fois son identité culturelle et son mode d'expression: cartésien. |
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Pour en savoir plus: Les éditions "Chiers du cinéma " publient un livre: Il était une fois...Underground, par Emir Kusturica et Serge Grunberg, qui comprend un texte du réalisateur, " Souvenirs de bord ", un entretien avec ce dernier, des récits de tournage recueillis auprès du scénariste, du décorateur, du musicien, etc., des images et paroles du film, un reportage photographique de Peter Marlow, un essai de Serge Grunberg, etc.
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