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La poésie en villes... Par Denis Fernandez-Recatala |
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La troisième Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne ouvrira ses portes du 9 au 18 décembre.
En vers et avec tous...
Il devient presque inutile de préciser que la Biennale internationale des poètes fait désormais partie du paysage actuel. Attendue, sinon espérée, elle forme un événement marquant de la culture. Pendant dix jours, trente-cinq rencontres concernant la poésie contemporaine sont prévues et vont se succéder à travers vingt villes. Une des particularités de la Biennale est de se produire dans des lieux et devant des publics variés. La Biennale alterne, si l'on peut dire, ses dispositifs et il n'est pas rare que les poètes opèrent aussi devant des cercles restreints. Les auditoires sont tantôt composés d'amateurs éclairés et tantôt de néophytes. Les collèges et les lycées ne sont pas ignorés, pas plus d'ailleurs que les bibliothèques, les centres culturels, les théâtres, et le centre pénitentiaire de la prison de Fresnes où les poètes donneront de la voix... Autre singularité, le fait que la Biennale se manifeste dans d'autres villes que celles du département. Par exemple, le vendredi 19 novembre, des lectures seront données au centre Georges-Pompidou à Paris, et à Saint-Martin-d'Hères, près de Grenoble. Le samedi, la Biennale occupera le Centre de poésie & traductions de l'Abbaye de Royaumont. Le lundi, c'est la Maison de l'Amérique latine, située boulevard Saint-Germain, à Paris, qui accueillera les invités d'Henri Deluy. Le lendemain, la salle Kino du campus universitaire de Lille recevra un groupe constitué de poètes russe, brésilien, cubain et français... Une excursion est prévue à Lyon pour le mercredi ainsi qu'à Bagnolet, en Seine Saint-Denis. Vendredi et samedi, la Biennale se déplacera à Marseille et à Paris, de nouveau. Aussi, cette année on constatera que la Biennale, organisée à l'initiative du Conseil général du département et de son président, Michel Germa, ne cesse de croître et de s'étendre. Elle ne fera pas que multiplier les lieux, elle recevra une cinquantaine de poètes venus des horizons les plus divers bien que son thème central soit, cette fois, la poésie sud-américaine. En effet, aux côtés de jeunes poétesses et poètes français dont la Biennale s'emploie à faire connaître les travaux, on comptera également des poètes de Russie, de Hongrie, d'Afrique du Sud, des Etats-Unis, du Luxembourg et, bien sûr, des écrivains du sous-continent américain originaires du Mexique, de Cuba, d'Argentine, du Brésil, de Colombie et du Pérou. A ce jour, force est de l'admettre, la Biennale des poètes en Val-de-Marne représente la plus importante des manifestations consacrées à la poésie, non seulement à l'échelle nationale mais également à l'échelle internationale. Les efforts déployés par Henri Deluy et son équipe sont loin de demeurer vains. Grâce à la Biennale, des imaginaires et des pratiques souvent insoupçonnés sont portés à notre connaissance. Des pans entiers de l'écriture actuelle nous sont de la sorte révélés et, en conséquence, des problématiques et des conceptions lointaines ou tout simplement négligées. Il nous est déclaré que la poésie demeure vivace sur tous les points du globe, qu'elle s'ingénie, à travers un usage singulier de la langue, à prononcer l'identité, à promouvoir une utopie où s'esquisse un autre ordre des choses et des êtres, un ailleurs... La poésie participe du récit national. Elle contribue à le fonder au même titre que le roman. Son déploiement, souvent contrarié, signale les blessures du siècle.
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La poésie sud-américaine
La poésie sud-américaine souffre d'un déficit dû pour l'essentiel à des préjugés. De même que le roman latino-américain ne peut être perçu qu'à travers les grilles d'un baroque exubérant, de même la poésie latino-américaine n'a été jusqu'à présent, et pour l'essentiel, acceptée que par l'entremise de certains noms qui, à leur insu, l'ont figée dans des postures réduites, et presque initiales, indépassables. Pablo Neruda est une de ces figures, peut-être la plus célèbre en France, bien que Jorge-Luis Borgès puisse lui contester le leadership en la matière. Convenons cependant que, sous nos latitudes, Borgès est plus apprécié pour ses récits et ses commentaires que pour sa poésie elle-même. Autre pôle de ce tripode, pour autant que l'on puisse l'imaginer, José Lezama Lima, qui jouit d'un statut bien particulier d'auteur décisif et empreint d'une certaine obscurité. On le compare à Joyce, ce qui en dit l'importance, alors qu'il est incomparable et traite une langue tissée de métaphores enchâssées qui rappellerait plutôt Gongora. Ses textes, la plupart du temps, inclassables se caractérisent par la fusion et s'opposent en cela à la coulée de ceux de Neruda. Pour les hispaniques et les hispanophones, il revêt les allures incontestées d'un maître. C'est de leur descendance que la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne va nous faire part, en esquissant un état de la poésie sud-américaine, plus protéiforme qu'on ne le pense. D'autre part, la Biennale cherchera à approfondir les relations qu'entretiennent la poésie et la musique. On pourra entendre des poèmes accompagnés de percussions en ce qui concerne le poète sud-africain Mazisi Kunene. D'autres pièces le seront à la guitare. En effet, le Cubain Carlos Ibanez interprète ses poèmes comme on le fait de chansons. Voilà donc le programme que nous propose la Biennale des poètes. Par ailleurs, et sous ses auspices, une matinée de rencontres et d'échanges avec des bibliothécaires spécialisés dans le domaine poétique a été également prévue. La poésie nécessite une intendance, des relations techniques, des liaisons matérielles, et cela n'a pas échappé aux instigateurs d'une pareille manifestation... Heureuse initiative. |
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1. Edité en brochure par la revue l'Ecole et la Nation en 1962, avec une préface de Georges Cogniot. 2. Réussir l'école.Démocratiser la réussite, Messidor/Editions Sociales, Paris, 1991.
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