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Un regard israélien sur l'accord Par Agnès Pavlovsky |
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Entretien avec Sury Avnery |
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Pour enrayer l'escalade de la violence, la déception doit céder le pas à un nouvel espoir.
Des changements tangibles et rapides sont atendus.
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Vous avez soutenu Yitzhak Rabin aux élections et l'accord d'Oslo.
Quel regard portez-vous sur le processus de paix ?
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Uri Avnery : D'emblée, j'ai pensé que cet accord était une étape essentielle.
Mais il contient un écueil puisqu'il ne précise pas l'objectif final.
Il va de soi que les Palestiniens veulent un Etat avec, pour capitale, Jérusalem.
Quant au gouvernement israélien, il n'a pas d'option claire.
Il n'admet pas une souveraineté palestinienne sur tous les territoires occupés en 1967.
Mais, au-delà de ça, tout est flou.
Cette absence de vision à long terme est à l'origine de divisions et de bien des contradictions.
Dès le début, j'ai estimé que le maintien des colonies était l'obstacle principal.
Un choix s'imposait entre les colons et la paix, Rabin a été dans le mauvais sens.
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Comment appréciez-vous l'application des accords dans les territoires autonomes ?
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U.
A.: L'ambiguïté prédomine.
L'occupation continue, et la guerre aussi.
Pourtant, l'Etat palestinien est en devenir.
Il est indéniable que très lentement nous allons vers la paix avec des ratés, des dérapages.
Les fermetures des territoires après chaque attentat prouvent que la mentalité propre à l'occupation n'est pas morte.
La domination militaire use de mesures stupides qui perdurent.
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Comment l'opinion israélienne réagit-elle aux attaques des islamistes ?
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U.
A.: Tout acte de terreur génère un profond malaise et nuit à la progression des pourparlers.
Le but commun des extrémistes des deux bords est d'annihiler le gouvernement de Rabin et l'administration d'Arafat.
Ainsi, l'accord d'Oslo s'évanouirait.
Ils utilisent le même langage.
Vous pouvez lire des déclarations du Hamas, il suffit de remplacer quelques mots et vous obtenez un pamphlet des fanatiques israéliens et vice-versa.
L'impact dans l'opinion est immense. Les attentats ont anéanti la joie de la paix. Ils ont renforcé les préjugés contre les Arabes. Il existe une différence fondamentale entre la lutte armée de l'OLP, l'Intifada, et ces actes qui signifient que la paix n'est pas la fin du terrorisme. Ainsi, la paix n'a plus de sens. Si les attentats se multiplient, les Israéliens pourraient complètement basculer à droite. Pour enrayer l'escalade de la violence, il faut que la déception cède la place à un nouvel espoir. Or, le ministère Rabin porte atteinte au prestige et au statut d'Arafat. Cette attitude démontre une faiblesse de nos représentants qui n'ont pas une véritable conception pour le futur.
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Que pensez-vous des exigences de Rabin pour que Arafat contrôle les groupes armés islamistes ?
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U.
A.: Pour Yasser Arafat, cela pourrait être aisé.
Il doit user de diplomatie, de manoeuvres, de pressions.
Il est assez doué dans ces domaines.
Mais les réactions des officiels israéliens l'affaiblissent et, de cette façon, interfèrent dans le jeu politique palestinien à leurs propres dépens.
Pour une victoire contre les fanatiques, des changements tangibles et rapides doivent être réalisés.
Le fait que la communauté internationale n'ait pas réalisé ses promesses est dangereux.
D'autre part, le report des élections (dont Rabin est responsable) rend service aux extrémistes.
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Et les discussions sur l'extension de l'autonomie en Cisjordanie ?
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U.
A.: Elles sont ridicules et se poursuivent sans fin.
Les solutions israéliennes sont irréalisables.
Les colonies favorisées par le Likoud et le Parti travailliste ne peuvent subsister.
L'armée doit se retirer dans les plus brefs délais pour qu'un Etat palestinien s'établisse.
Rabin fait la sourde oreille aux demandes de compensations des colons qui veulent partir.
Il a suggéré qu'un Etat palestinien voie le jour à Gaza.
C'est une sinistre plaisanterie.
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Que proposent les partisans de la paix ?
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U.
A.: Le gouvernement doit déclarer qu'il est prêt à voir un Etat palestinien sur tous les territoires occupés avec, pour capitale, Jérusalem.
La ville serait une capitale commune à Israël et à la Palestine.
Ytzak Rabin doit annoncer le démantèlement des implantations et la libération des prisonniers.
Et le calendrier doit être respecté.
Pour Jérusalem, plusieurs scénarios sont envisageables: une souveraineté conjointe, une division entre l'Ouest et l'Est ou une municipalité unifiée avec, comme à Paris, des arrondissements qui s'auto-administrent. En octobre 1996, des élections auront lieu en Israël. Auparavant, M. Rabin souhaite obtenir un accord sans lequel il perdra. J'espère qu'un pas déterminant sera fait. Je crois en la dynamique de ce processus pour obliger chaque partie à aller de l'avant.
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Dans ce contexte, quel est le rôle du mouvement pour la paix ?
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U.
A.: Dans ce mouvement, nous trouvons deux tendances: " la paix maintenant ", le " Neretz " et la gauche du Parti travailliste.
Ils ont cessé d'être actifs depuis Oslo.
Ils ont abandonné les rues et les médias.
Pour eux, critiquer le gouvernement, c'est apporter des arguments à la droite et encourager les manifestations est inutile car Rabin agit comme il faut.
Je regrette cette attitude." Gush Shalom " veut pousser le ministère dans ses retranchements. Nous souhaitons que les Israéliens réagissent, se mobilisent. D'autres groupes proches de nous interviennent sur des problèmes spécifiques. L'une de nos pétitions à propos de Jérusalem a recueilli la signature de 700 personnalités: artistes, académiciens, écrivains de renom, habitants de la cité. Notre voix est entendue. Nombreux nous encouragent, nous rencontrent. Voyez-vous, une personne comme moi, engagée pour la paix depuis plus de 40 ans, a déjà vécu des circonstances similaires. Ainsi, quand nous appelions à la reconnaissance de l'OLP. C'est pourquoi je ne suis pas découragé, la logique l'emportera ! |
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* Journaliste, écrivain ancien député et militant de la paix, Uri Avnery défend dès les années 50 l'idée d'un Etat palestinien à côté d'Israël.Il fit sensation à la Knesset quand, en pleine bataille de Beyrouth, il franchit les lignes pour rencontrer Arafat.En 1993, il fonde le " Gush Shalom ", le " Bloc de la paix ". |