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Proche-Orient, la confiance à construire Par Myriam Barbera |
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De rudes négociations israélo-palestiniennes ont dessiné les conditions du passage à l'autonomie en Cisjordanie.
Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique, donne son point de vue sur une dynamique de paix selon lui très difficile à obtenir.
Etabli sur un rapport des forces international " entièrement favorable à Israël qui a permis d'imposer aux Palestiniens des concessions extrêmement importantes ", l'accord israélo-palestinien de septembre 1993 comporte cependant des " éléments contradictoires ", commente Alain Gresh, spécialiste du Proche-Orient." Le côté positif réside dans l'existence même de l'accord, qui marque la volonté des deux parties d'arriver à un règlement pacifique " et fonde l'espoir de la création - à terme - d'un Etat palestinien " seule solution possible et qui répondra à leurs aspirations." Il souligne: " une grande difficulté à obtenir une dynamique de paix " entre Palestiniens et Israéliens, malgré la constance avec laquelle Yasser Arafat travaille à l'impulser.
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Un accord impératif et possible
L'application des résultats de la première phase de discussions est vraiment tardive et marquée par les déviations et les violations par Israël de l'esprit et de la lettre de l'accord, (voir également l'interview d'Uri Avnery et l'article d'Ilan Halevy). En même temps, il semble que Tel Aviv n'ait plus le temps de rompre les négociations. Sinon il l'aurait fait après un attentat comme celui du bus suicide du 27 juillet dernier. A un an des élections législatives, à l'occasion desquelles le gouvernement de Yitzhak Rabin jouera son existence, " il a bien besoin d'un résultat ", remarque Alain Gresh. La bouffée d'oxygène ne peut lui venir d'un éventuel rapprochement avec la Syrie, encore éloigné en raison des conditions mises par Israël pour restituer le Golan à Damas." Un accord avec les Palestiniens n'en est que plus impératif." Et possible car l'opinion israélienne, bien que travaillée par le Likoud (droite), désire aussi la paix." Un Israélien adulte n'a connu que des guerres, son père a participé à celle de 48, lui à celle de 1967 et son fils s'est opposé à l'Intifada. La majorité des jeunes Israéliens n'est certes pas propalestinienne, elle a d'autres préoccupations. Pour une part, elle a les mêmes aspirations, plus individualistes, que la majorité des jeunes des pays capitalistes développés. En premier lieu, ils ne veulent pas faire un service militaire qui dure trois ans. Les inquiétudes dominantes des Israéliens concernent leur sécurité, l'accroissement du nombre d'attentats. Une grande partie de la population israélienne se " désionise ", au sens où la conquête de la terre ne leur paraît pas si indispensable. Une majorité d'habitants des colonies n'est pas composée de " colons " au sens usuel du terme. Ils sont là où ils peuvent bénéficier d'un appartement proche et bon marché. Une minorité fanatique, est pourtant présente, essentiellement organisée aujourd'hui par les juifs américains. Les seuls promoteurs des idées sionistes sont parmi les religieux. Ce sont eux qui, au lendemain de la signature des accords d'Oslo, constituaient l'essentiel des grandes manifestations de la droite en Israël. Les gros bataillons de la droite, des juifs séfarades, n'y ont pas participé. Ce n'est pas qu'ils s'enthousiasment pour l'accord mais ils espèrent que: " ça peut aboutir à la paix " ". Chez les Palestiniens, le mécontentement est grand, mais en même temps, la paix a commencé à s'installer. C'est capital après les dures années de l'Intifada. Au point que les organisations opposées à l'accord israélo-palestinien, notamment le Hamas, qui est structuré en formation politique, ont une influence réelle mais pas dominante." Les gens ne semblent pas prêts à les suivre dans l'idée d'annuler les accords de paix." Des sondages effectués cet été à Gaza et en Cisjordanie vont dans le même sens. De rudes négociations israélo-palestiniennes se poursuivaient à la mi-septembre, au plus haut niveau politique et entre les experts. Le transfert de huit fonctions du pouvoir à l'autorité palestinienne dans les villes de Tulkarem, Bethléem, Ramallah, Kakylia, Jenine, et pour presque tous les villages de Cisjordanie était acquis. Mais le statut d'Hébron, notamment, faisait encore obstacle à un accord que les Etats-Unis voulaient voir signer avant la fin septembre, en faisant pression sur Yasser Arafat - menaçant en cas d'échec de ne pas verser les crédits prévus à l'autorité palestinienne - afin qu'il accepte les conditions de Yitzhak Rabin, accroché au maintien des 400 colons dans la ville. La distribution de l'eau et la libération des 6 000 prisonniers palestiniens comptent parmi les questions en suspens. Reste que le début de passage à l'autonomie devrait s'accompagner de l'élection d'un Conseil palestinien autonome. Réuni à la mi-août à Tunis, le Comité exécutif de l'OLP avait souligné la responsabilité d'Israël dans le retard pris pour l'application de l'accord sur l'autonomie. Il avait précisé une série de conditions à remplir pour accepter les conclusions des rencontres Pérès-Arafat. Contraint à accomplir certains pas en avant, Israël n'en tente pas moins de détourner à son profit le processus de paix, assuré d'un appui " comme jamais " des Etats-Unis. Restent à résoudre les questions les plus difficiles, reportées à une phase ultérieure de la négociation, notamment les quelque 130 colonies, le statut de Jérusalem et la souveraineté palestinienne. On en est loin, même si l'accord initial est fondé sur la résolution 242 de l'ONU qui prévoit le retrait des territoires occupés.
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Le mutisme de la France dans la région
La moitié de l'aide matérielle reçue par la Cisjordanie et par Gaza provient de l'Union européenne. Ni la Communauté, ni les pays qui la composent " ne jouent aucun rôle dans le processus de paix ". Les Américains sont seuls en piste. Felipe Gonzalez, actuel président de l'UE, a récemment avancé l'idée de désigner un médiateur européen au sommet de Madrid, fin 1995. Et Shimon Pérès, lors d'une visite éclair à Paris à la mi-septembre a dit ses espoirs en la rencontre euro-méditerranéenne de Barcelone, fin novembre. On aimerait qu'il ait raison, ce que n'annonce pas le mutisme de la France dans une région où elle eut plus d'amis et d'influence avant le tournant de la guerre du Golfe. A ce propos, Alain Gresh rappelle un mot de François Mitterrand: " Il faut être dans la guerre pour être présents à la table des négociations " et commente: " Nous étions dans la guerre mais nous ne sommes pas à la table des négociations." |
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Alain Gresh est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment : Un péril islamiste ?, recueil d'interventions de spécialistes, Complexe, 1994. Palestine 47, un partage avorté, avec Dominique Vidal, Complexe (Poche), 1994. Confluences Méditerranée, l'Harmattan, 1992. Les Cent Portes du Proche-Orient avec Dominique Vidal, Autrement, 1992 . Le Golfe, clefs pour une guerre annoncée, avec Dominique Vidal, Le Monde éditions, 1991.
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