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La guerre d'après la guerre Par Philippe Chabasse* |
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Près de deux millions de morts en vingt ans, des milliers d'amputés, des drames individuels quotidiens au Cambodge, en Afghanistan, au Kurdistan, en Somalie, au Mozambique, en Angola...tristes conséquences de la présence de plus de cent millions de mines actives enfouies dans le sol de plus de trente pays dans le monde.
Au coût humain lié à la prolifération des mines s'ajoutent celui de l'impossible redéploiement économique de régions entières et le prix exorbitant du déminage lent et dangereux, le plus souvent à la charge de la communauté internationale.
Selon le département des Affaires humanitaires des Nations unies, deux millions de mines nouvelles auraient été posées en 1993, alors que cent mille étaient désactivées.
Tout le monde s'accorde à considérer les mines comme des armes particulièrement nocives. Leur caractère non discriminatoire, leur pérennité et le fait qu'une fois posées elles échappent à toute volonté humaine mobilisent la conscience de l'opinion publique contre leur emploi. Près de quatre cents ONG dans le monde, des centaines de milliers de citoyens, le secrétaire général des Nations unies se sont prononcés en faveur de l'interdiction totale de la fabrication, de la vente et de l'utilisation des mines. Du 25 septembre au 13 octobre 1995, à Vienne, une Conférence des Nations unies révise le droit international sur " l'utilisation des armes causant des traumatismes excessifs " (Convention de 1981). La question des mines antipersonnel est au centre des débats mais, d'ores et déjà, il apparaît que les Etats ne cherchent qu'à aboutir à un consensus minimal, acceptable par tous. De leur côté, certains pays non alignés s'opposent à toute extension de la Convention aux conflits internes; d'autres refusent les mesures de contrôle sur leur territoire et des producteurs de cette arme bon marché (Chine, Pakistan, Inde, Cuba, Iran) annoncent leur intention d'en continuer l'exportation. Dans ces conditions, la Conférence de Vienne risque fort de déboucher sur un cuisant échec. Il est donc fondamental de faire pression - tout en rappelant que l'interdiction totale reste l'objectif final des négociations - pour que soient acquis l'interdiction des mines non détectables, la mise en place de mécanismes de contrôle de la Convention, l'engagement à un processus de concertation annuelle pour suivre l'évolution de la Convention. La Conférence de Vienne sera aussi le reflet des positions de chacun des pays participants et les prises de position unilatérales peuvent avoir un effet d'entraînement. Notre pays est l'un des premiers à s'être mobilisé sur ce dossier; aujourd'hui la France - comme la Belgique l'a fait le 2 mars dernier - doit se prononcer clairement en faveur de l'interdiction totale des mines antipersonnel. La pression de l'opinion publique, l'engagement de chacun joueront ici un rôle déterminant. |
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* Philippe Chabasse est codirecteur de " Handicap international ".ERAC, 14, avenue Berthelot, 69 361 Lyon Cedex 07. |