Regards Octobre 1995 - Edito

Regain

Par Henri Malberg


Entendu récemment à France Inter cette formule: " On est mal en ce moment ". Comme c'est juste ! On est mal en ce moment. Avec beaucoup de souffrances et d'inquiétudes sur l'avenir. Avec la part de résignation que produit le manque d'issue perceptible à la précarité de la vie, la crise, le chômage. Avec l'accumulation des colères. Avec le manque de confiance dans " la politique " après les échecs de ce siècle. Avec l'inquiétante dérive du lepénisme. Mais, ajoutait Bedos, (il s'agit de lui) " l'intelligence se rebelle ". La société d'aujourd'hui révèle certes ce qui peut inquiéter un progressiste, mais elle montre aussi ce qui peut donner courage: le retour vers le politique, la remontée des questions de fond, et, plus que tout, la sensibilité à fleur de peau contre l'injustice. Pour ceux qui, comme les communistes, misent tout sur la croissance d'un nouveau mouvement populaire transformateur, il y a des éléments dans la situation qui incitent à l'engagement et à l'audace. Par exemple ce qui se passe dans le pays face au gouvernement. Celui-ci marche comme sur des oeufs, coincé entre un peuple qui a pris au sérieux les thèses de Jacques Chirac, qui a dû, pour gagner, comme l'écrit Alain Duhamel, " stimuler la revendication ", et la réalité d'une politique qui a fait le choix de la finance et de Maastricht. Car la Bundesbank gronde, a-t-il été dit ces dernières semaines.

 
L'opposition des communistes

De cette confrontation entre les attentes et la réalité de la politique du pouvoir, peuvent naître, si le mouvement populaire s'exprime, une plus grande résistance aux coups portés et des conquêtes réelles.

C'est le sens de l'opposition prônée par les communistes. Combative et exigeante dans une démarche constructive, en ce sens où, sans se faire la moindre illusion sur l'hôte de l'Elysée, elle est à la recherche des angles d'attaque, des objectifs, des idées susceptibles de rassembler pour gagner ce qui peut l'être dès maintenant. Sans attendre 1998.

Sur le fond, comment ne pas être frappé par la série de livres, de recherches, d'articles qui remettent en cause la sorte de consensus mou qui, pendant une trop longue période, de la droite au Parti socialiste, a réduit au silence tous ceux qui refusaient de s'incliner devant les solutions capitalistes.

Quant au Parti communiste, il suscite un intérêt persistant six mois après l'élection présidentielle. Les sondages en témoignent avec régularité. Et puis, " on " nous dit des choses.

Il faut entendre Philippe Caubère quand il dit, dans une interview à l'Humanité: " Dans l'entreprise actuelle de rénovation du PCF, dans le souci qu'il a, indispensable, de s'interroger lui-même sur sa propre histoire, le regard critique, jamais assez critique qui doit être le sien, mais aussi par rapport à certains complexes qui semblent parfois frapper ses militants, je souhaite que les mots d'amour et de confiance qu'Aragon adresse à son Parti leur remontent le moral et remettent un peu, comme on dit, " ' les pendules à l'heure ' "."

Il faut entendre aussi Théodore Monod, quand il écrit: " L'homme n'en est qu'à ses débuts, ce qui peut faire comprendre pourquoi il est englué dans la barbarie.(...) L'apprenti chrétien que je suis n'a pas le droit de désespérer de l'homme. D'ailleurs, grammaticalement, l'utopie n'est pas l'irréalisable mais l'irréalisée. J'accepte donc très volontiers d'être condamné comme utopiste, car les utopies d'aujourd'hui seront peut-être les réalités de demain.(...) Je ne crois pas du tout que le capitalisme sauvage et les économies de proie soient une fatalité. Elles se sont développées, elles ont rapporté beaucoup d'argent, mais ce n'est pas l'idéal d'une société humaine. Il faut quelque chose de différent, qui fasse place à la réconciliation et à la fraternité entre les hommes. Dans son essence, le communisme était et continue d'être une grande espérance, puisqu'il symbolise cette réconciliation humaine. Sous quelle forme est-on capable d'imaginer ce nouveau communisme et, surtout, comment l'incarner ? (...) Je ne le sais pas, je ne suis pas magicien."

Et voici cette page du journal le Monde titrée " J'ai vingt ans, je suis communiste ". Elle commence ainsi: " Peut-on, en 1995, être jeune et communiste ? La question aurait paru idiote il y a trente ans, gauchiste il y a vingt ans, malveillante il y en a dix. Aujourd'hui, elle est presque bienvenue, on ne s'en offusque pas, on s'empresse d'y répondre; mais oui, bien sûr, on peut l'être...".

La sympathie marquée envers les communistes de tant de personnalités de gauche présentes à la Fête de l'Humanité, à commencer par Roger Hanin témoigne dans le même sens.

Cette Fête, cru 1995, a renvoyé des communistes une image en pleine évolution. Sa dimension culturelle a été remarquée. Pas seulement comme du spectacle de qualité, mais comme un fait politique. Aucun média n'a osé parler de " merguez-frites ".

Et puis cette explosion de débats. Dans quel endroit populaire du pays peut-on participer à des dizaines de rencontres et vivre une ambiance politique et humaine ouverte et, j'ose dire, fraternelle ?

Il y a en vérité du renouveau dans les rapports du Parti communiste avec nombre de représentants de la " société civile ", syndicalistes, intellectuels, socialistes, progressistes et, parfois, bien au-delà de la gauche.

Du nouveau aussi, les débats l'ont montré, dans les rapports entre les communistes eux-mêmes, respectueux de leur diversité.

 
Il faut donner de la force à ce qui est juste

Admettons..., pourrait se dire le lecteur, mais comment les communistes entendent-ils se conduire pour que l'espoir, les luttes, la volonté de changement débouchent ? Il n'y a pas de réponse magique à cette question. Ce qui se passe réellement est toujours différent de ce qu'on avait prévu. Ce qui est certain c'est que l'heure est à se rassembler pour repousser les projets du pouvoir et lui imposer, ne serait-ce que par bribes, des mesures qui soient utiles au peuple. C'est tout de suite qu'il faut lutter, agir dans l'union la plus large.

L'heure est aussi et en même temps à favoriser le débat d'idées, un profond débat démocratique sur toutes les questions dont dépend l'avenir pour dégager de nouveaux projets vers un changement qui ne mènerait pas aux déceptions d'après 81. C'est le sens du Forum national. C'est le sens aussi du " Pacte unitaire pour le progrès " pour donner au mouvement populaire la force de réussir.

 


1. Hamlet, mise en scène par Robert Wilson, du 16 au 19 septembre à la MC de Bobigny.Festival d'Automne: 41.60.72.72

2. Richard III-Matériau, mise en scène par Mathias Langhoff,du 8 novembre au 16 décembre au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis: 42.43.00.59

3. Le Songe d'une nuit d'été, mise en scène par Stanislas Nordey, du 7 novembre au 10 décembre,Théâtre des Amandiers de Nanterre: 46.14.70.00

4. Roméo et Juliette, mise en scène par Hans Peter Cloos, du 13 novembre au 2 décembre, Théâtre du Gymnase de Marseille: (16)91.24.35

5. Les Coûfontaine, mise en scène de Marcel Maréchal, du 17 octobre au 30 décembre, Théâtre du Rond-Point: 44.95.98.00

6. L'Echange, mise en scène par Jean Dautremay, à partir du 21 octobre, Comédie-Française: 40.15.00.15

7. Dans la solitude des champs de coton, mise en scène par Patrice Chéreau, du 16 novembre au 14 janvier, Ivry, Manufacture des oeillets, Festival d'Automne: 44.41.36.36

8. Le Retour au désert, mise en scène par J.Nichet, du 3 au 28 octobre, Théâtre de la Ville: 42.74.22.77; puis à Montpellier du 24 au 29 novembre: (16)67.58.08.13

9. Roberto Zucco, mise en scène par Jean-Louis Martinelli, du 9 janvier au 11 février 1996, Théâtre des Amandiers de Nanterre: 46.14.70.00

10. Splendid's, mise en scène par K.M.Grüber, du 28 septembre au 1er octobre, Théâtre de l'Odéon, Festival d'Automne: 44.41.36.36

11. Quatre heures à Chatila et le Captif amoureux, mise en scène par Alain Milianti, du 14 novembre au 10 décembre, Théâtre de la Villette, Festival d'Automne: 42.96.12.27

12. Fin de partie, mise en scène par A.Delcamps,Théâtre de l'Atelier, jusqu'au 15/10: 46.06.49.24

13. Fin de partie, mise en scène par Joël Jouanneau, du 17 au 28 octobre, Bouffes du Nord, Festival d'Automne: 42.96.12.27

14. La Dernière Bande, suivi de l'Innommable, mise en scène par Samuel Becket, du 3 au 17 avril, Théâtre Molière-Maison de la Poésie: 44.54.53.00

15. Le Radeau de la Méduse, mise en scène par Roger Planchon du 11 au 26 octobre, TNP de Villeurbanne: (16)78.03.30.50

16. Le Pont de Brooklyn, mise en scène par Noël Casale, du 19 septembre au 8 octobre, Théâtre de Gennevilliers: 41.32.26.26

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