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Un rideau ouvert sur le chaos Par Sylviane Gresh |
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La seconde écriture, inscrite sur les planches, qui ouvre autrement les textes et les corps à l'esprit semble intéresser la plupart des metteurs en scène dans cette nouvelle saison théâtrale.
Donc, Shakespeare, Beckett, Claudel, Genet, Koltès et le mal des siècles, la violence, le chaos, la mort.
Shakespeare fascine nos metteurs en scène. Est-ce parce qu'il a su dire dans des textes baroques et protéiformes la violence et le chaos de temps qui ressemblent aux nôtres ? Robert Wilson, Mathias Langhoff, Peter Brook l'abordent de manière nouvelle, comme un objet d'études, un " matériau ", pour reprendre la formule d'Heiner Müller. Robert Wilson incarne Hamlet (1), seul sur la scène de la Maison de la Culture de Bobigny, dans un monologue dense comme une méditation personnelle sur le personnage et l'oeuvre qui hantent depuis longtemps l'artiste texan. Mathias Langhoff, lui, reprend au TGP de Saint-Denis son Richard III-matériau (2) qui a triomphé à Avignon cet été, avec un jeune auteur hors du commun, Martial di Fonso (à voir absolument). Stanislas Norday monte le Songe d'une nuit d'été (3) à Nanterre et Romane Bohringer et Denis Lavant incarneront Juliette et Roméo au Théâtre du Gymnase à Marseille (4). Quatre grands poètes français du XXe siècle occupent, par ailleurs, les planches: Claudel, Koltès, Genet, Beckett, sans doute les plus grands à pouvoir dire la barbarie, le désastre, mais aussi l'humanité qui reste quand tout est détruit. Marcel Maréchal inaugure le théâtre du Rond-Point à Paris avec les Coûfontaine (5), une pièce de Claudel, féroce dans la société du XXe, à travers les conflits d'une famille bourgeoise. Jean Dautremay met en scène à la Comédie-Française l'Echange (6), pièce plus intimiste de Claudel où l'argent et le désir s'échangent avec encore plus de sauvagerie. Bernard-Marie Koltès, mort prématurément il y a six ans, reprend ce thème du " deal " dans la Solitude des champs de coton (7), une pièce que Patrice Chéreau reprend pour la troisième fois comme acteur et metteur en scène. Il s'agit ici d'une rencontre entre un " dealer " et son client où sont creusés tous les rapports, de force et de désir, entre deux êtres. Avec le Retour au désert (8), Koltès rompt avec les charmes de la bourgeoisie en dressant un tableau grotesque et drôle (interprété il y a quelques années par Jacqueline Maillan et Michel Piccoli) d'une famille bourgeoise dans une ville provinciale traversée par les échos de la guerre d'Algérie. Mise en scène de Jacques Nichet. Jean-Louis Martinelli, lui, présente à Nanterre la pièce ultime de Koltès entièrement irradiée par la mort proche, Roberto Zucco (9). Le XXe siècle et ses fureurs, c'est aussi Genet, dont K. M. Grüber met en scène au théâtre de l'Odéon, Splendid's (10), une pièce baroque sur le terrorisme, la désespérance, la trahison et l'imminence de la mort.
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Le baroque, le vivant et l'urgence de l'écriture
Alain Milianti reprend au théâtre de la Villette Quatre heures à Chatila (11), texte écrit par Genet dans l'urgence après la découverte des massacres de Sabra et Chatila. Il met en scène une adaptation du Captif amoureux, oeuvre testamentaire de Genet où l'on découvre que l'écriture sur les camps palestiniens est d'abord une écriture sur lui-même. Beckett est présent cette année avec des pièces emblématiques de la fin d'un monde, ou d'un temps. Avec un dénuement bouleversant, Michel Bouquet campe un personnage en fin de parcours, la vieillesse comme un naufrage, dans Fin de partie (12) qu'André Delcampe met en scène à l'Atelier. Joël Jouanneau dirige Heinz et David Bennent pour cette même pièce (13) aux Bouffes-du-Nord. Pierre Chabert, grand ami de l'écrivain défunt, reprend la Dernière bande suivi de l'Innommable (14) dans la mise en scène qu'en avait fait Beckett lui-même dans les années 80. Ceci dans un nouveau théâtre, à découvrir, le théâtre Molière, où s'installe la Maison de la Poésie sous la direction de Michel de Maulne. Le théâtre, spectacle vivant, c'est aussi l'écriture d'aujourd'hui: Roger Planchon écrit et met en scène au TNP de Villeurbanne une fresque aux couleurs funèbres. C'est le Radeau de la Méduse (15), qui évoque Géricault, mais aussi le " mal du siècle ", le XIXe comme le nôtre. C'est encore Leslie Kaplan, écrivain d'origine new-yorkaise que nous a fait découvrir Claude Régy et que met en scène aujourd'hui un de ses disciples, Noël Casale. Il s'agit du Pont de Brooklyn (16) donné au Théâtre de Gennevilliers. |
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1. Hamlet, mise en scène par Robert Wilson, du 16 au 19 septembre à la MC de Bobigny.Festival d'Automne: 41.60.72.72 2. Richard III-Matériau, mise en scène par Mathias Langhoff,du 8 novembre au 16 décembre au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis: 42.43.00.59 3. Le Songe d'une nuit d'été, mise en scène par Stanislas Nordey, du 7 novembre au 10 décembre,Théâtre des Amandiers de Nanterre: 46.14.70.00 4. Roméo et Juliette, mise en scène par Hans Peter Cloos, du 13 novembre au 2 décembre, Théâtre du Gymnase de Marseille: (16)91.24.35 5. Les Coûfontaine, mise en scène de Marcel Maréchal, du 17 octobre au 30 décembre, Théâtre du Rond-Point: 44.95.98.00 6. L'Echange, mise en scène par Jean Dautremay, à partir du 21 octobre, Comédie-Française: 40.15.00.15 7. Dans la solitude des champs de coton, mise en scène par Patrice Chéreau, du 16 novembre au 14 janvier, Ivry, Manufacture des oeillets, Festival d'Automne: 44.41.36.36 8. Le Retour au désert, mise en scène par J.Nichet, du 3 au 28 octobre, Théâtre de la Ville: 42.74.22.77; puis à Montpellier du 24 au 29 novembre: (16)67.58.08.13 9. Roberto Zucco, mise en scène par Jean-Louis Martinelli, du 9 janvier au 11 février 1996, Théâtre des Amandiers de Nanterre: 46.14.70.00 10. Splendid's, mise en scène par K.M.Grüber, du 28 septembre au 1er octobre, Théâtre de l'Odéon, Festival d'Automne: 44.41.36.36 11. Quatre heures à Chatila et le Captif amoureux, mise en scène par Alain Milianti, du 14 novembre au 10 décembre, Théâtre de la Villette, Festival d'Automne: 42.96.12.27 12. Fin de partie, mise en scène par A.Delcamps,Théâtre de l'Atelier, jusqu'au 15/10: 46.06.49.24 13. Fin de partie, mise en scène par Joël Jouanneau, du 17 au 28 octobre, Bouffes du Nord, Festival d'Automne: 42.96.12.27 14. La Dernière Bande, suivi de l'Innommable, mise en scène par Samuel Becket, du 3 au 17 avril, Théâtre Molière-Maison de la Poésie: 44.54.53.00 15. Le Radeau de la Méduse, mise en scène par Roger Planchon du 11 au 26 octobre, TNP de Villeurbanne: (16)78.03.30.50 16. Le Pont de Brooklyn, mise en scène par Noël Casale, du 19 septembre au 8 octobre, Théâtre de Gennevilliers: 41.32.26.26
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