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Une ambition internationale Par François Mulhouse |
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Coexistence pacifique avec l'Ouest et affirmation en Asie, tels sont les principaux objectifs de la politique extérieure chinoise.
Si la politique d'ouverture lancée par Deng Xiaoping est maintenue, la diplomatie chinoise conservera ses traits majeurs: pacifique, afin de favoriser le développement économique et assurer la sécurité du pays, mais également au service de nouvelles ambitions en Asie. En direction des pays occidentaux, la Chine pratique la coexistence pacifique dans un but essentiellement économique: attirer les capitaux et les technologies nécessaires à son développement." Le potentiel et les perspectives de l'économie chinoise attirent les investisseurs et les entreprises internationales ", se réjouissait le vice-premier ministre chinois Zhu Rongji au Forum de l'économie mondiale à Davos, en 1994. Les investissements étrangers directs en Chine atteignent 35 milliards de dollars. La croissance du commerce extérieur chinois était de 20,6% en 1994 et depuis 1978 il s'est hissé du 32e au 11e rang mondial. Ces succès économiques renforcent la diplomatie chinoise. Ils sont pour beaucoup dans la rapidité avec laquelle Pékin a brisé son isolement international après la répression des manifestations de 1989. En revanche, ces arguments n'ont pas suffi pour permettre à Pékin de devenir membre fondateur de l'Organisation du commerce mondial (OMC), créée le 1er janvier 1995, qui souhaitait réintégrer le Gatt (prédécesseur de l'OMC) depuis 1986, et bénéficier d'allégements douaniers pour ses exportations. Depuis lors, elle se heurte à l'opposition des pays occidentaux, notamment des Etats-Unis. Ceux-ci constatent leur important déficit commercial avec la Chine, ils lui reprochent de ne pas ouvrir suffisamment son marché. Mme Wu Yi, ministre du Commerce extérieur, rétorque que la Chine " ne sacrifiera jamais ses intérêts vitaux afin de répondre à des demandes excessives ", soulignant ainsi qu'elle entend rester maîtresse du rythme et de l'étendue de son ouverture. A la différence de nombreux autres pays en voie de développement, elle n'est en effet ni surendettée, ni sous la coupe d'un programme d'ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI). On conçoit que cette indépendance gêne les ambitions des grandes puissances industrialisées. Cependant, les liens que Pékin a su tisser avec l'étranger restent sous la continuelle menace de sanctions des chancelleries occidentales qui ont beau jeu de dénoncer la violation de la liberté d'expression et la répression des dissidents; même si les Etats-Unis ont provisoirement renoncé à conditionner leurs relations commerciales avec Pékin au respect des droits de l'Homme. Rien n'illustre mieux la fragilité chinoise que les batailles que Pékin doit mener à chaque réunion de la Commission des droits de l'Homme à Genève pour éviter que les Nations unies ne condamnent ses agissements au Tibet. Une révision du jugement officiel des événements de 1989 serait certainement un premier pas vers une amélioration de l'image de la Chine à l'étranger tandis que les relations avec ses voisins asiatiques sont moins tributaires de ces questions. La proximité géographique et culturelle entre la Chine et ces pays explique pour une bonne part cette différence. De plus, le rappel des atrocités nippones durant la Deuxième Guerre mondiale permet à Pékin de tenir en respect le Japon, son principal rival dans la région. En revanche, les pays d'Asie du Sud-Est sont inquiets de l'accroissement de la puissance chinoise.
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Maîtriser le rythme et l'étendue de son ouverture
Avec l'effacement de l'URSS et le démantèlement des bases navales américaines des Philippines, certains observateurs imaginent que la Chine pourrait combler ce vide de puissance régionale. La poursuite par Pékin de ses essais nucléaires malgré le moratoire respecté par les autres puissances nucléaires, à l'exception de la France, attise ces craintes. Mais la Chine n'a sûrement pas les moyens d'une telle politique et affiche d'autres priorités. De plus, son armée est autant préoccupée de faire des bénéfices grâce à ses entreprises recyclées dans des productions civiles qu'à assurer la défense du pays. Cependant, les revendications de Pékin sur l'ensemble des îles de la mer de Chine du sud sont réelles. Certains de ces archipels réputés riches en pétrole, notamment celui des Spratleys (Nansha en chinois), sont également revendiqués par cinq autres pays: Viêt-nam, Bruneï, Philippines, Malaisie et Taïwan. Ces archipels sont aussi sur la route d'une des plus importantes voies maritimes du monde. L'essentiel du pétrole importé par le Japon transite par là. Enfin, la récupération de Hong Kong par la Chine en 1997 et le développement des provinces maritimes chinoises ajoute à la puissance du pays comme aux craintes régionales. Deux grandes inconnues continueront de planer sur la diplomatie chinoise: l'avenir de Taïwan et les relations avec l'Inde. Taïpeh et Pékin affichent toujours une volonté de réunification même si Taïpeh la soumet à des conditions (démocratisation, respect des droits de l'Homme par Pékin) qui rendent tout progrès réel impossible. Les échanges se multiplient cependant entre les deux rives. En l'absence de relations directes, les échanges transitent encore par Hong Kong. La Chine connaît un autre blocage avec l'Inde. Les deux pays les plus peuplés au monde entretiennent depuis près de trente années un conflit frontalier au sujet de quelques territoires dans l'Himalaya. Ce conflit empêche toute croissance significative de leurs relations commerciales, contribue à la division du tiers monde sur la scène internationale et menace la sécurité de la région. Il fonde aussi l'alliance qu'a nouée la Chine avec le Pakistan. Le pragmatisme qui inspire souvent les dirigeants chinois les incitera-t-il à réévaluer les relations avec l'Inde ? |
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1. Séminaire pour la démocratie et la justice sociale (du 28/8 au 2/9) à Crikvenica (Croatie) à l'initiative de l'Action sociale démocrate de Croatie rassemblant des représentants de la gauche démocratique de toutes les républiques de l'ex-Yougoslavie.Francis Wurtz y fut invité à titre d'observateur. |