Regards Septembre 1995 - Edito

Attentes...

Par Henri Malberg


La rentrée...lieu commun un peu nostalgique, comme la fin de l'été. Soucis...devant tant de souffrances. Espoirs...comme la rentrée scolaire, la rentrée littéraire, les films que l'on espère voir, le théâtre... Et puis interrogations...sur la rentrée sociale et politique quatre mois après l'élection présidentielle. Les mois d'été ont été fertiles en événements. Il suffit de citer: préparation du budget, ex-Yougoslavie, essais nucléaires, attentats à Paris, décrets anti-SDF, révélations sur l'attribution des logements dans la capitale, salaires des grands patrons, un promoteur casseur en prison. Sans oublier la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français pendant la guerre, les actions pour sauver Mumia Abu-Jamal... Bien imprudent qui dirait: rien de bien nouveau. C'est à bon droit que le mot clé dans les commentaires politiques est le mot " attente ". Attente à l'égard du pouvoir qui avait promis de faire face à la fracture sociale. Attente à l'égard de l'opposition. Attente aussi et intérêt confirmé pour le Parti communiste français. Enfin, il faut souligner qu'une réflexion prend corps sur la signification du vote Le Pen et la façon de faire reculer l'influence de ses idées.

 
Comme un renouveau de la politique

Dans le peuple - chacun le ressent autour de lui - comme dans la littérature, le cinéma, la presse, les moyens d'information, il y a les prémisses d'un renouveau de la vie politique et du débat d'idées. Ce renouveau a été un des faits majeurs de l'élection présidentielle. Il apparaît à beaucoup de gens, de travailleurs, d'intellectuels, que la société est comme bloquée. L'attente de neuf, d'idées fortes pour des changements réels, s'adressent au pouvoir, comme à ceux qui le critiquent. Devant chaque événement, les gens observent ce que disent les uns et les autres. Plus attentifs, plus exigeants peut-être qu'on ne le pense. Sensibles à ce qui sonne juste et vrai, méfiants devant tout écart entre les paroles et les actes, devant les phrases creuses, les facilités, les dérobades. C'est l'air du temps actuel. Significatif ce roman d'initiations philosophiques, le Monde de Sophie, qui figure, depuis 21 semaines, dans le peloton de tête des ventes en France (voir Regards no 2, mai 1995). Comme le Petit Traité des grandes vertus - essai sur la morale - d'André Comte-Sponville au palmarès depuis 24 semaines. Comme la réaction de l'archevêque de Marseille quand il dit: " Le vrai problème, ce n'est pas la présence des SDF, c'est celui d'une société qui se paupérise " et stigmatise " l'évolution de cette société qui développe des ghettos de précarité ". Jean-Claude Guillebaud, dans un essai sur " le désarroi contemporain ", remarquait récemment: " Tout se passe comme si quelque chose ne fonctionnait plus dans le modèle que nous incarnons."Besoin et recherche de sens travaillent en profondeur la société. Certains observateurs parlent même de réveil intellectuel critique. Les Français ont délivré un message assez clair lors de l'élection présidentielle. Rejet des politiques passées. Election avec " obligation de résultats ". Avertissement aux uns et aux autres. Attente de changements et de réponses sérieuses aux questions posées. Cette attente peut être à la base d'un puissant renouveau démocratique tirant enseignement des échecs de la période écoulée. Elle peut aussi produire des dérives exaspérées dont le vote Le Pen montre les dangers.

 
Le message de l'élection présidentielle

Toutes les forces politiques qui veulent jouer un rôle, faisait remarquer Robert Hue au comité national du Parti communiste français, sont amenées à prendre ces attentes au sérieux. Une course de vitesse est en quelque sorte engagée. C'est vrai pour le pouvoir actuel. Il affirme chercher des réponses nouvelles à la crise mais sa politique contredit les promesses de changements faites à l'élection présidentielle. Cette contradiction qui se fait de plus en plus visible produira des résistances et des luttes. Elles sont indispensables. Vrai pour le Parti socialiste. La dénonciation, même virulente, du pouvoir actuel ne le dispensera pas de s'exprimer nettement sur les deux septennats qui viennent de s'écouler et sur des questions essentielles, comme l'attitude envers les puissances financières et la question nationale dans le cadre européen et mondial. En clair, le contenu et les moyens d'une politique nouvelle qui ne reproduise pas ce qui a échoué dans les années 80. Pas si commode, comme l'a remarqué Eric Dupin dans Libération. Vrai pour le Parti communiste, qui doit répondre aux questions que pose la situation: quels objectifs immédiats, quelle perspective, et comment poursuivre son renouvellement. De sa capacité à résoudre ces questions dépendra la poursuite de son redressement dans l'intérêt de tout le mouvement progressiste. Le Parti communiste et ses militants ont des atouts pour jouer un grand rôle d'impulsion, être générateurs d'idées et de mobilisation au service d'un nouveau rassemblement populaire et d'un nouveau et plus réel espoir à gauche. C'est le sens de plusieurs de ses initiatives. D'abord la volonté de mettre intelligence et énergie au service de toutes les luttes possibles pour combattre la politique de la droite, faire reculer les inégalités, arracher les revendications accessibles. Ne pas se satisfaire de l'existant au nom de changements à venir et peser sur les décisions du pouvoir et du patronat. C'est aussi de cette façon que se créera le terrain le plus favorable pour combattre et faire reculer les idées lepénistes. Mais cela ne saurait suffire. Avec l'initiative d'un Forum national, le Parti communiste s'engage à l'échelle du pays dans un effort politique pour que progressent des réponses aux questions actuelles du changement de société et de la perspective. Les communistes, naturellement, s'attachent à améliorer leurs propres positions sur l'avenir. Une de leurs ambitions est de répondre le plus clairement possible à tous ceux qui leur demandent: " Votre projet de société, c'est quoi ? ". Mais ils sont conscients que la réflexion menée avec tous les progressistes, toutes les forces prêtes au dialogue et à l'action sont indispensables pour que s'implantent dans les profondeurs du peuple un projet démocratique, progressiste, réellement transformateur qui soit le bien du plus grand nombre et de la jeunesse. Pour les communistes, l'immédiat et l'avenir constituent bien un tout: résister, intervenir, conquérir et contribuer à ouvrir une perspective neuve, une alternative au pouvoir de la droite.

 


1. Source: Internet Society, mai 1995.

2. La loi finale, Digital Telephony Act, autorise l'encryptage sur les réseau analogiques type Internet, mais rend possible les " écoutes " des réseaux numériques.

3. Le rapport Bangemann sur les autoroutes européennes de l'information auprès de la Commission européenne et le rapport américain sur la National Information Infrastructure ne font qu'entériner les choix opérés par les poids lourds de l'industrie des télécommunications.

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