Regards Septembre 1995 - La Cité

Le renouveau syndical, sinon rien

Par Jean-Claude Oliva


Affaibli, le mouvement syndical français cherche la voie du renouveau pour répondre aux attentes d'une société en état d'urgence. Tour d'horizon et rencontres avec Chantal Cumunel (CGC), Michel Deschamps (FSU), Michel Dupuis (CFDT) et Louis Viannet (CGT).

De l'aveu même des principaux intéressés, le mouvement syndical est gravement affaibli." Sa faiblesse demeure un handicap majeur pour la défense des intérêts des salariés ", affirme d'emblée le préambule du rapport d'activité soumis à l'appréciation des adhérents de la CGT dans la préparation de son 45e Congrès qui se tiendra fin 1995. Qu'en est-il vraiment de la situation du syndicalisme dans notre pays ? Sa mort a été plusieurs fois annoncée et pas seulement dans la période la plus récente: en 1909 (!), en 1921, ou encore dans les années 50. Mais les théoriciens du déclin inéluctable se font plus prudents ces derniers mois. Le mort bougerait-il encore ?

Sauf en de rares moments (1918, 1936, 1944), le mouvement syndical français a toujours eu une implantation faible. La CGT de la Charte d'Amiens, souvent citée en exemple en cette année de centenaire, ne regroupait pas plus de 5% des salariés de l'époque. La France se situe, pour le taux de syndicalisation, en queue des pays d'Europe et de l'OCDE. Si la moyenne européenne dépasse les 40% et devance les Etats-Unis et le Japon, la fourchette est large entre les moins de 10% de la France et les plus de 80% de la Suède. Avec une tendance à la baisse générale dans les années 80, l'écart s'est encore accru entre les pays fortement et faiblement syndiqués. Ces rappels historiques et géographiques permettent de se resituer dans un contexte général, sans rien occulter de la perte en vingt ans de près des deux tiers des effectifs syndicaux (toutes organisations confondues) en France.

Symptômes associés, la montée de l'abstention aux élections sociales et professionnelles: plus cinq points pour les comités d'entreprise de 1976-1977 à 1980-1990, de 36,8% en 1979 à 58% en 1992 pour les élections prud'homales. Ou la forte diminution des grèves, passant de plus de cinq millions de journées non travaillées en 1976 à 665 500 en 1991, selon les données du Centre d'études de la vie politique française (CEVIPOF), à mettre en relation avec le contexte de chômage massif et de chantage à l'emploi très opérant. Car les centrales qui prônent la " négociation à froid " comme la CFDT, ou la méthode contractuelle, comme FO, n'ont pas recueilli les fruits de la baisse des conflits. Au contraire, l'heure est à la remise en cause là aussi. Les organismes paritaires, gérés par des représentants des salariés et des employeurs, sont de moins en moins paritaires et de plus en plus pilotés par l'amont, c'est-à-dire par l'Etat et les employeurs, qui utilisent la pression des contraintes financières dues à la crise et à l'extension du chômage. Quant à la négociation d'entreprise tant vantée, elle " ne concerne souvent que des aspects secondaires du contrat de travail et ne joue plus qu'un rôle relativement périphérique dans l'organisation générale de l'entreprise ", note Pierre Rosanvallon dans la Question syndicale (éditions du Seuil). Pour parodier André Bergeron, il n'y a plus guère de " grain à moudre " de ce côté-là. C'est d'ailleurs ce que soulignait son successeur à la tête de FO, Marc Blondel, en février 1994: " La pratique contractuelle comme outil de progrès social et économique est en panne ", et d'insister sur les responsabilités du patronat et du gouvernement pour qu'elle " puisse recouvrer son rôle moteur de régulation et de stabilité à tous les niveaux ". Sinon " les syndicats n'auront d'autre possibilité que la seule contestation ".

La crise sous ses différentes manifestations, précarité, croissance relative des petites et moyennes entreprises par rapport aux plus importantes, a bouleversé la donne. La fermeture d'entreprises, les abandons de production dans des secteurs comme la sidérurgie ou les mines, où le syndicalisme avait ses origines, ont pesé lourdement. La disparition de ces " bastions " n'a pas aidé à aller vers des catégories nouvelles ou à s'implanter dans d'autres entreprises. De stable, le salariat est devenu massivement instable tandis que les organisations syndicales sont souvent restées confinées aux services publics, aux personnels à statut et aux grandes entreprises. En 1994, 53% des salariés travaillaient dans des entreprises de moins de cinquante personnes. En moins de dix ans, le nombre de zones industrielles a été multiplié par cinq, pour dépasser les 15 000 et concerner plus de six millions de salariés travaillant dans une grande diversité d'entreprises. Corollaire, selon un sondage effectué par le CSA pour la CGT, 43% des salariés n'ont jamais vu un militant de la CGT, 27% en ont connu mais n'en connaissent plus, ce qui fait au total 70% des salariés qui ne voient jamais la CGT ! Et le total atteint 86% concernant les jeunes qui ne connaissent aucun syndicaliste.

Les uns et les autres cherchent des réponses pour se déployer dans le monde du travail tel qu'il est devenu." Il faut inventer des formes de contact, d'intervention pour que les salariés en situation précaire se retrouvent dans le discours et les actions du syndicat ", souligne Louis Viannet." Un syndicat ne peut pas se contenter de dire: on est pour le plein emploi et des emplois à temps plein. Bien sûr qu'on est pour ! Bien sûr qu'il faut des luttes avec cet objectif ! Mais ces gens ont des revendications dans leur situation de précaires, et si on ne les défend pas, sous les prétextes les plus divers, ils chercheront ailleurs."

La CGT a ciblé environ 200 zones d'activité pour un effort de syndicalisation sur le long terme. Exemple, la tour Manhattan à La Défense: 4 entreprises différentes regroupant pour l'essentiel, ingénieurs, cadres et techniciens. Avec 14 syndiqués au Crédit Lyonnais, un à Péchiney, et aucun dans les deux autres entreprises. Une aide extérieure permet de s'adresser régulièrement à tous les salariés dans l'objectif de dynamiser les syndicats qui existent et d'en créer un nouveau, avec à la fois une activité généraliste et des interventions plus spécifiques à chaque entreprise.

Avec les jeunes, la rencontre concrète a du mal à se produire mais, quand elle existe, ça décoiffe ! Dans une usine d'Alsthom Belfort, les jeunes qui ont conduit l'action à l'automne dernier, " font " maintenant la CGT. Sur 36 syndiqués, 26 ont moins de trente ans et 19 moins de vingt-cinq ans. A une autre échelle, le rejet du CIP (le SMIC-jeunes concocté par Balladur) a montré l'extraordinaire combativité de la jeunesse, et notamment de jeunes qualifiés (BTS, DUT) qui vont intégrer le monde du travail. Il s'agit d'un véritable défi pour le mouvement syndical.

 
Le défi de la présence des jeunes

La condition pour réussir, c'est que le syndicat devienne vraiment leur affaire et qu'on ne leur demande pas d'entrer dans un moule ou qu'on ne décide pas à leur place: en ce qui les concerne, l'exigence démocratique est encore plus vitale. Prolongement indirect de ce mouvement, l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens, (UGICT-CGT) a établi des " repères revendicatifs " pour la reconnaissance d'un statut technicien- technicien supérieur ainsi qu'une charte des stages en entreprise, élaborée en commun avec des organisations étudiantes (UNEF, UNEF-ID) et lycéennes (DECLYC, FIDL). Il y a là assurément une volonté de répondre aux aspirations concernant les diplômes et la place dans l'entreprise, exprimées massivement par les jeunes qualifiés.

Autre terrain de mission du syndicalisme, les cadres qui, en même temps qu'ils étaient atteints par les problèmes d'emploi et de pouvoir d'achat, ont été bousculés dans leur identité même." Le mot cadre est absurde, demain le statut du cadre sera le statut de tout le monde " a pu déclarer le p.-d.g. Francis Mer. Pourtant quand on l'interroge, Chantal Cumunel, secrétaire générale de la CFE-CGC, réfute le terme de crise du syndicalisme, et préfère parler de mutation, de changements dans l'organisation du travail... Et envisage plusieurs hypothèses pour adapter la CGC: élargir son champ au-delà du salariat, chez les artisans, commerçants et professions libérales, ou encore explorer la voie d'accord d'entreprise dont les bénéfices seraient réservés aux seuls syndiqués: " L'adhérent doit être privilégié. Quelqu'un qui ne reconnaît pas le syndicat, ne peut demander à bénéficier de l'action syndicale." Il s'agit d'une " conception de la liberté sociale qui existe dans certains pays d'Europe et aux USA ". Suivant l'évolution de la société " de la notion de collectif à la reconnaissance de l'individu ", cette démarche semble surtout privilégier des " réponses individuelles " et accentuer la tendance à l'éclatement. Exemple de cette adaptation, fourni par Germaine Binder, responsable de l'Union régionale de Picardie (Encadrement magazine no 56): face à la grosse industrie dont les effectifs sont " condamnés " au déclin, il conviendrait de renforcer le tissu de PME " très performantes "; " la CFE-CGC propose de les aider par l'emploi à temps partagé. Cela consiste, pour un cadre, à avoir plusieurs employeurs et pour l'entreprise, à employer un cadre à temps partiel, donc de s'offrir des compétences inaccessibles autrement."

Au travers des efforts spécifiques à fournir en direction de catégories entières de salariés, qu'il s'agisse des cadres, des techniciens, des jeunes, etc., c'est la démarche d'élaboration des revendications avec tous les salariés qui est posée. Pour Michel Deschamps, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU), nouvelle organisation qui regroupe enseignants et non-enseignants après l'éclatement de la FEN: " L'essentiel est la façon dont la revendication a été élaborée et déterminée afin d'être reconnue par le plus grand nombre dans la profession ". Si les questions de pratique démocratique ont avancé dans les têtes et dans les faits durant ces dix dernières années, le compte n'y est pas encore.

 
La question d'une pratique démocratique

Une carence mise en évidence par l'existence sporadique de coordinations de luttes tout au long des années 80, conséquence parfois de l'absence physique de syndicats, la nature ayant horreur du vide, mais souvent de l'insuffisance de prise en compte des aspirations des salariés. Il faut dire aussi que la règle, qui est trop souvent la chasse à toute activité syndicale dans l'entreprise de la part des directions, est un obstacle supplémentaire au développement de la vie démocratique au sein des syndicats et entre le syndicat et l'ensemble des salariés." Beaucoup de progrès ont été réalisés dans notre pratique, apprécie Louis Viannet, mais passer de l'idée du syndicat qui dirige une lutte à celle du syndicat qui conduit la lutte avec les salariés constitue un véritable changement de culture." Un syndicat présent dans le débat, amenant des éléments d'information et d'analyse, jouant ainsi son rôle auprès des salariés qui, eux, décident de l'objectif d'action, voilà qui nécessite de modifier la vie syndicale, en améliorant de façon importante la capacité d'intervention de chaque syndiqué, en bannissant tout a priori, politique mais aussi social, dans l'approche des salariés.

Si la crise de confiance est générale, touchant tous les syndicats mais aussi les partis politiques et plus récemment les chefs d'entreprise, le syndicalisme bénéficie malgré tout d'atouts très importants. Les Français considèrent que les syndicats sont utiles. Un sondage réalisé par la SOFRES pour le Figaro en décembre 1994 montrent que 73% des Français trouvent les syndicats plutôt utiles ou très utiles, c'est dix points de plus qu'en 1989 ! Ce qui rejoint les résultats du sondage CSA effectué six mois plutôt, qui montrait chez les salariés cette fois-ci, que 74% souhaitaient que les syndicats exercent plus d'influence (49%) ou une influence égale (25%) dans leur entreprise. L'attente vis à vis des syndicats est forte, exacerbée, semble-t-il, par les années de crise et de régression sociale. Michel Deschamps pour la FSU souligne: " Il existe une attente très forte des salariés. La fonction du syndicat est de combler le manque qui correspond à cette attente. La crise perdurera si les syndicats n'ont plus de poids sur les enjeux sociaux, s'ils sont incapables d'influer sur le cours des choses; si au contraire ils pèsent sur ces enjeux ils sortiront de la crise."

Un mouvement syndical d'autant plus au pied du mur qu'un véritable changement du climat social s'est opéré ces derniers mois, dont l'expression la plus inattendue a été la déclaration de Jacques Chirac en début de campagne électorale " l'emploi n'est pas l'ennemi de la fiche de paie ", qui, en retour, a pu contribuer à libérer des ardeurs revendicatrices. Le bulletin Liaisons sociales de juin 95 consacre tout un dossier au " retour du salaire dans les conflits sociaux ". Les conflits salariaux, nettement plus nombreux en janvier et en février 1995 qu'un an auparavant, ont constitué plus de 60% des conflits recensés par le ministère du Travail. Du jamais vu en pleine période électorale ! Paradoxalement, beaucoup de conflits salariaux ont touché des entreprises où un accord avait été conclu peu de temps auparavant entre les patrons et certains syndicats. Plusieurs explications viennent: malgré l'amélioration de la conjoncture économique, 1994 a été la plus mauvaise année depuis 1988 pour le pouvoir d'achat des salaires; la révélation des profits, voire des rémunérations des dirigeants d'entreprise, a pu provoquer de véritables électrochocs.

 
Une attente exacerbée par la régression sociale

C'est par exemple le contenu d'un tract de la CGT, distribué aux portes de l'usine Alsthom de Boulogne le 24 octobre 1994, révélant que chaque ouvrier avait rapporté 280 000 F à l'entreprise et le montant des bénéfices pour 1993-1994, qui a déclenché un mouvement de grève à la base. Mouvement qui a fait émerger la revendication de 1 500F d'augmentation, portée par Robert Hue au long de la campagne présidentielle. Ou encore le conflit qui a éclaté dans la société d'ingénierie Technip à la suite d'un article du... Monde, révélant le système des stock-options, véritable trésor de guerre sous forme d'actions à tarif préférentiel, que s'octroie un cercle très restreint de dirigeants d'entreprise.

Ce climat général conduit tout le monde à hausser le ton. Chantal Cumunel, pour la CGC, estime que " les salariés ont envie de comprendre ce qu'ils vivent, ils veulent avoir en face d'eux des syndiqués qui parlent de la même chose, qui soient le porte-parole de leurs préoccupations mais aussi ils attendent plus de combativité des syndicats dans l'entreprise ".

Début août, le Monde, dans un long article consacré à " la radicalisation des missionnaires du service public " souligne " une montée en puissance de syndicats oppositionnels qui prennent le pas sur les organisations favorables au compromis ".

 
Le secteur public face à la vague libérale

Et de citer les scores en progression de la CGT aux élections professionnelles à la SNCF et à EDF-GDF, la CGT et le SUD (issu d'une scission de la CFDT après que celle-ci ait approuvé la réforme Quilès séparant la Poste et France Télécom), opposés au changement de statuts qui donnent désormais le ton à France-Télécom. Ou, contre-exemple, le SNPNC (Syndicat national du personnel navigant commercial) qui passe de 95,4% à 46,1% des suffrages des hôtesses de l'air et des stewards, pour avoir montré trop d'empressement devant le plan de restructuration d'Air France... Robert Villeneuve, contrôleur général chargé de l'observatoire social à EDF-GDF, note " un mouvement social d'envergure (qui) a touché EDF-GDF Services (80 000 salariés) et connu une participation inégalée depuis dix ans (...) le problème des statuts était le seul qui émergeait au plan national ". C'est désormais la résistance qui est à l'ordre du jour face à la vague libérale qui s'est propagée dans les années 80...

Cette montée du climat revendicatif dans le secteur public tient à la fois à la dissipation de quelques illusions sur les bienfaits du libéralisme et au poids des forces organisées dans ce secteur. Sur fond de recul global, la CGT a une présence plus importante dans le secteur public, nationalisé, où des acquis sociaux réels, des avancées du droit du travail " facilitent " malgré tout la vie du syndicat. Même si l'absence de syndicats dans des secteurs entiers ne condamne pas forcément à l'inaction et n'est pas inéluctable, le lien est clair entre influence des syndicats, de la CGT en particulier, et combativité sociale. Ce rapport de forces dans le secteur public - plus de syndicats et, dans ces syndicats, une CGT plus forte - constitue un atout qui permet de tenir en respect patronat et gouvernement. Et, animé d'une volonté de conquête et d'ouverture en direction des autres salariés, pourrait constituer un point d'appui pour un regain syndical et social. Développer davantage de liens de coopération entre syndicats, entre fédérations, entre les différents niveaux de la base au bureau confédéral, est d'ailleurs une réflexion à l'ordre du jour du prochain congrès de la CGT.

La question de l'unité, au-delà des mots employés pour l'évoquer, taraude tous les syndicats. Une récente enquête chez les adhérents de la CFDT (CSA, juillet 95) corrobore ce sentiment.64% des syndiqués souhaitent qu'à l'avenir les organisations syndicales interviennent " de façon plus unie tout en gardant l'autonomie de chacune ", 28% souhaitant même une intervention " de façon commune pour aller à terme vers une seule organisation syndicale "! Le très bon accueil fait par les délégués de la CFDT à Louis Viannet qui, événement sans précédent, s'est déplacé à leur congrès en mars dernier, révélait déjà cet état d'esprit.

L'aspiration des salariés et des syndiqués à l'action commune, au rassemblement, va bien plus loin que les prises de position officielles des différentes directions. L'UNSA, qui regroupe les syndicats autonomes avec ce qui reste de la FEN (après les exclusions massives qui ont provoqué la constitution de la FSU), ne résiste pas au plaisir d'une profession de foi unitaire, affirmant sa volonté de " renforcer le syndicalisme en mettant en avant, toujours et toujours, l'aspiration à l'unité ". A moins qu'il ne s'agisse de tirer les leçons de l'affaiblissement de la FEN et de l'émergence de la FSU devenue première organisation représentative dans l'Education nationale.

Pour ce qui est du discours sur l'unité, Force Ouvrière n'est pas en reste. Ainsi Jacques Mairé, secrétaire de l'Union départementale de Paris, estime (éditorial de la Bataille sociale, no 1): " Il devrait être possible dans une démocratie, sans renier notre histoire ni gommer nos différences, de donner aux relations intersyndicales une forme et un contenu tout simplement normaux. Nous avons commencé à le pratiquer. Cela n'a provoqué aucune catastrophe, bien au contraire."

Cette préoccupation qui revient au devant de la scène a pour toile de fond des progrès réels de l'unité: la plupart des luttes des quinze derniers mois au niveau d'une entreprise, d'une localité ou d'une branche, ont été de plus en plus unitaires, regroupant même tous les syndicats dans une série de conflits sociaux.

Au printemps dernier, en Corse, l'accord signé avec le gouvernement par la CFDT, FO et la FEN devenait rapidement caduc sous l'effet de la grève unitaire poursuivie par les syndiqués de ces organisations, par des non-syndiqués et largement renforcée par les membres de la CGT et de la FSU. Mais les difficultés demeurent au niveau des confédérations, de certaines branches, avec des phases de division." Ça marche beaucoup mieux au niveau des unions départementales, parfois même des régions, partout où il y a des militants proches du terrain ", constate Michel Dupuis, secrétaire de la Fédération des transports CFDT. Et d'ajouter: " sur l'emploi et la protection sociale, on ne pourra pas faire l'économie de l'unité syndicale ".

C'est que visiblement la situation exige beaucoup plus. Louis Viannet n'hésite pas à dire que " le syndicalisme joue son avenir dans sa capacité à créer les conditions d'une dynamique d'action syndicale, faite de luttes de protestation contre des décisions aux conséquences très lourdes pour les salariés, et aussi de propositions et d'exigences, fruits d'un large débat démocratique avec les salariés, dont le syndicalisme saura faire la démonstration qu'il peut les porter jusqu'à leur satisfaction ". Face aux défis actuels de la société française, à l'urgence de changement qui s'exprime de tous côtés, mais aussi aux dangers considérables de cette situation, le syndicalisme, encore investi d'un potentiel de confiance important, doit absolument faire la preuve de son efficacité.

 
Une interrogation à plusieurs voix

A cet égard, la perspective en termes d'unité est notoirement insuffisante. La CGT ne renonce pas à la perspective, un seul monde salarié, un seul syndicat, une seule organisation syndicale." Mais, souligne Louis Viannet, on ne balaie pas d'un revers de main quatre décennies de division idéologiquement structurée: cette situation enracine des comportements chez les uns et les autres, nourrit une sorte de culture de la division syndicale."

Pour dépasser cette situation, la CGT engage un débat public entre salariés et entre organisations, dans la préparation de son prochain congrès." Il y a besoin d'un syndicalisme fort, poursuit Louis Viannet; pour y parvenir nous avons besoin d'un syndicalisme rassemblé, un syndicalisme qui ait la capacité de ne pas se comporter en adversaire. S'habituer à rechercher des positions qui, si elles ne sont pas tout de suite communes, sont au moins convergentes. Le point de convergence étant la démarche démocratique d'élaboration des revendications par les salariés. L'unité ne peut faire abstraction des raisons pour lesquelles elle est nécessaire: c'est-à-dire être plus forts pour faire progresser aspirations et revendications des salariés. Bref, le syndicalisme rassemblé, ce n'est pas encore l'organisation syndicale unique mais c'est beaucoup plus qu'une unité d'action conjoncturelle, c'est une pratique systématique de recherche de rassemblement et d'unité d'action." Les prochains mois seront en tous cas décisifs.

 


Merci au Centre de documentation du Comité national du Parti communiste français, et particulièrement à Pascal Carreau, pour l'aide apportée au rassemblement des documents écrits et au traitement des données chiffrées.

Un débat sur ce sujet, auquel Alain Hayot participe, a lieu dans l'espace Midi de la fête de l'Humanité.

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