Regards Septembre 1995 - La Cité

La France ouvrière

Par Claude Wuillard


La France ouvrière, ouvrage collectif, comble une vaste lacune: pour la première fois est étudiée sur le très long terme (plus de deux siècles) une histoire emboîtée de la classe ouvrière (au travail et hors travail) et du mouvement ouvrier. La trame noue les rapports dialectiques entre technologique, économique, social, politique, religieux, mental, culturel, comme les rapports dialectiques entre structure, conjoncture et événement. Et ce sans jamais couper la classe ouvrière des autres couches sociales, parce qu'il n'existe pas de " France ouvrière " isolée. Par ailleurs, l'accent est mis avec force sur les spécificités corporatives (bâtiment, chemin de fer, livre, métallurgie, mine, textile, etc.) et régionales, sur les représentations des ouvriers à travers les arts et la littérature.17 auteurs, chacun dans sa spécialité et dans le fil de sa propre réflexion, participent à cette aventure. Une aventure presque abandonnée après la parution du premier tome, lorsque Scandéditions fit faillite. Les Editions de l'Atelier ont vaillamment pris le relais. Le modèle français de croissance industrielle et le poids des très riches traditions historiques (la Révolution française, le socialisme prémarxiste, la Commune de Paris...) expliquent, dans une large mesure, les originalités de la classe ouvrière française. A son tour, par ses combats, la classe ouvrière a profondément marqué l'histoire de notre pays. Il n'est que d'évoquer le Front populaire (grâce auquel la classe ouvrière française émerge enfin du XIXe siècle), la Résistance, la Libération et ses lendemains, 1968... Que d'acquis, d'autant plus menacés aujourd'hui que beaucoup, parmi les plus concernés, ignorent comment ils furent arrachés par les luttes. Et quelles luttes ! Les bouleversements récents - technologiques, économiques, sociaux (les structures modifiées du salariat, le chômage, la précarité et la marginalisation), politiques (en France, le double échec social démocrate et libéral; à l'Est, l'effondrement du socialisme bureaucratique), mentaux, culturels - entraînent de très distingués sociologues à conclure que classe ouvrière et mouvement ouvrier sont en train de se dissoudre, de disparaître. En 1981 déjà, André Gorz fait ses Adieux au prolétariat. En 1984, Touraine et ses amis prédisent: " L'histoire du mouvement ouvrier s'achève." Certes, la classe ouvrière est en mutation tous azimuts. Mais celle-ci exige un regard historique, dialectique et nuancé, seul capable d'éclairer une réalité mouvante et complexe. Par là, peut être mieux compris notre devenir commun. L'oeuvre s'adresse à un public universitaire (enseignants, étudiants), mais aussi aux militants politiques, syndicaux, associatifs qui ressentent le besoin de comprendre le passé pour une plus grande efficacité de leurs luttes actuelles. Un peuple (ou une classe) sans histoire est un peuple (ou une classe) aveugle. Il n'y a évidemment à ces volumes que conclusion et fin provisoires. La classe ouvrière, le salariat et le mouvement ouvrier s'écrivent toujours au présent.

 


La France ouvrière paraît aux Editions de l'Atelier en septembre 1995 et sera en vente à la fête de l'Humanité.

Tome I: Maurice Moissonnier, Madeleine Rebérioux, Jean-Louis Robert et Rolande Trempé.Tome II: Roger Bourderon, Jean Charles, Jacques Girault, Michel Margairaz, Danielle Tartakowsky, Claude et Germaine Willard, Jacques Zwirn.Tome III: René Ballet, Jean Magniadas, Michel Margairaz, Roger Martelli, Georges Pruvost, Danielle Tartakowsky, Serge Wolikow.

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