Regards Juillet-Août 1995 - La Création

Picasso, toujours à découvrir

Par Lise Guéhenneux


La France compte plus de 1 000 musées répertoriés dont les salles sont visitées chaque été par des millions de touristes. Il y a, en outre, des milliers d'expositions temporaires. Quelques-unes d'entre elles, choisies par Regards.

En février 1917, Picasso rencontre Olga Kokhlova, une danseuse du ballet russe de Diaghilev qui deviendra sa première épouse. De leur union naît Paulo, en 1921. La présence de ce premier enfant est un sujet d'émerveillement paternel pour l'artiste. Ces fragments autobiographiques parsèment l'oeuvre de Picasso qui mêle constamment sa " fureur de vivre " à ses passions artistiques. Si la mise en scène spectaculaire d'une vie appartient au mythe de ce classique du XXe siècle et apparaît aujourd'hui comme un poncif du " mystère Picasso ", l'exposition de la collection Christie Ruiz-Picasso montrée pour la première fois constitue un parcours plus intime. La seconde épouse de Paulo a en effet choisi dans la collection personnelle de l'artiste des oeuvres destinées à accompagner son propre deuil. Paulo meurt en 1978 alors que l'inventaire des oeuvres laissées par Picasso n'est pas encore terminé, aussi est-ce Christine qui est amenée à choisir pour les deux héritiers de Paulo: Marina, alors âgée de 25 ans, née du premier mariage, et Bernard (16 ans), son propre enfant.

 
Une collection qui révèle tout autant l'art du père et du maître

Si tous les héritiers ont eu des comportements différents vis à vis de cet héritage, la démarche de Christine Ruiz-Picasso se caractérise par un choix d'oeuvres qui pouvaient entrer dans son environnement personnel. Cette collection tire sa particularité du fait qu'elle a été constituée pour une personne qui voulait vivre entourée de ces oeuvres. Si l'on n'y trouve pas d'oeuvre majeure, ce ne sont cependant pas des pièces anecdotiques, elles révèlent tout autant l'art du père et du maître à différentes périodes de sa vie -180 oeuvres comprises entre 1894 et 1972 -, une vie intime qui prend là le pas sur " l'époque du démiurge " telle qu'elle est peinte, par exemple, dans le film de Clouzot le Mystère Picasso, très beau leurre sur ce que peut être la création plastique. Picasso encore, au Palais des Papes en Avignon où le peintre doit se sentir chez lui puisque deux grandes expositions lui furent déjà consacrées, en 1970 et en 1973. Si la première exposition comptait 167 peintures et 45 dessins des années 1969/70 et la deuxième 200 tableaux de 70/72, celle qui est proposée cette année, un quart de siècle après la première, ne comprend qu'une quarantaine de toiles, cinquante dessins et gravures. Ces oeuvres, cependant, sont rassemblées sur un parcours qui évoque les grandes étapes de la carrière du peintre le plus prolifique de ce siècle. Organisée par la galerie parisienne Didier Imbert, cette exposition comporte des oeuvres provenant de grands musées comme la National Gallery de Londres ou le musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Celui-ci s'est séparé de quatre tableaux importants: Portrait du tailleur Soler (1903), la Fermière (1908), l'Usine à Horta de Ebro (1909) et Composition à la tête de mort (1908), tableaux au reste déjà montrés en France soit lors de l'exposition de 1971 " Picasso dans les musées soviétiques ", soit en 1992 dans l'exposition " Picasso et les choses ". Mais qu'importe ! Il ne faut pas cesser de découvrir Picasso ! On peut aussi retrouver le Picasso céramiste à Libourne, musée des Beaux-Arts: " Picasso chez Madoura à Vallauris, 1947-1971 ", jusqu'au 15/10.

 


Carré d'Art-Musée d'art contemporain de Nîmes, jusqu'au 3 septembre, téléphone 66.76.35.70.

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