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Coup de neuf sur les collections jeunes Par Bernard Epin |
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L'été, la plage, la montagne, la campagne, si tu veux, mais avec des livres pour la jeunesse et pour tout le monde.
Quelques pistes à suivre.
Après un passage en force à la direction de Page blanche, chez Gallimard, Claude Gutman prend le risque d'une nouvelle collection pour adolescents qui s'affranchit sans équivoque des ambiguïtés plus ou moins inhérentes au genre. Foin des thèmes-chers-à-la-jeunesse, du psychologisme âge-tendre; la collection sera " impertinente...elle dérangera pourvu qu'elle soit littérature...".
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Fictions-Jeunesse
Une recherche d'écrivains authentiques, donc. Il en est quelques-uns déjà rencontrés, comme Jean-Claude Nozière qui frappe un grand coup avec Un été 58, suite de moments forts qui jalonnent et façonnent l'adieu à l'enfance, sous les coups de boutoir d'une rencontre avec un mal aimé qui fout le feu aux bienséances et embrase les cours par ses audaces fulgurantes. Il y a aussi Hubert Mingarelli avec le Jour de la cavalerie, huis-clos à la Beckett traversé des rêves de folle aventure en mer, qui se heurtent à la pesanteur d'une solitude dans le Sud américain, au fil du quotidien où le langage se raréfie, ne quitte la banalité tragique de brèves rencontres que pour la dérision d'un dialogue avec une vieille muette et paralysée...; le rêve passe... Plus étrange encore, le Phare de la vieille, d'Yves Heurté où s'entrecroisent des histoires de personnages fous, ou nés de l'imagination d'un conteur fou, qui font dériver dans une fiction dont la seule accroche tangible reste l'écriture hautement maîtrisée. Enfin, on retrouve la forme du journal intime plein de cris et de révoltes contenues dans le long récit Avec tout ce qu'on a fait pour toi signé du pseudonyme Marie Brantôme. Une collection qui se mérite !
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Souris noire
A nouvelle direction (Patrick Mosconi), nouvelle présentation, moins référencée " enfance " et plus économique, avec une réduction importante de l'illustration. Plus polar et roman noir, donc en prise sur le quotidien d'aujourd'hui, l'univers Mosconi se veut dérangeant, décapant. Chômage, misère, mal vivre, violences et répressions policières avec ba-vures...c'est la matière de récits plus ou moins bien dégagés du descriptif et du vocabulaire agressif ostentatoire (Marilou et l'assassin, Impasse des anges, Accident mortel, Embrouille à minuit...et l'excellent le Soleil dans la poche de Thierry Lenain. Courant sous un humour déstabilisant, la mise à mal du conformisme moral prend un sacré poids dans les fables de Joseph Périgot Un oiseau est mort et Qui a tué Minou-bonbon ?, ou dans l'univers raréfié de Geza Caban avec Faux ami (tout autre chose que les habituels récits de trafics de drogue). Avec Pas pleurniche de Dagory, on est dans la farce politique énorme où le petit émigré expulsé prend une sale revanche sur le ministre de l'Intérieur... Quant à la Bombe humaine, il faut tout l'art d'écrire de Thierry Jonquet, débarrassé de la moindre complaisance moralisatrice, pour que le récit d'une prise d'otages à l'école renvoie à la mise en question d'un ordre social en perdition. Enfin, autre plongée dans l'actuel avec le court récit de Michel Piquemal, la Dette de mon père, propre à maintenir en éveil la révolte contre l'exploitation féroce des enfants en Amérique latine.
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Romans Casterman
En format de poche, cartonnés, avec des illustrateurs confirmés (S. Bloch, C. Besse, V. Deiss...), des textes d'une tenue moyenne très honorable, qu'on classe inutilement en trois genres (aventures, mystère, humour). Pour les plus jeunes, on retiendra les délires attendus et maîtrisés de Paul Thiès (l'Ecole des sorciers dont le héros est un dragon), de S. Daniel (le Secret de monsieur Verlan, un instituteur qui fait tout à l'envers) ou de Fanny Joly pour imposer une fille championne de foot (Fous de foot). Deux titres très attachants: Petit nuage, de Michel Piquemal qui sait si bien réinventer des histoires d'Indiens au service d'une aventure généreuse (comment le petit Indien estropié parvient à s'imposer aux chasseurs et guerriers); le Truc de Naïk de François Guiguet qui traite avec un humour subtil les aventures de deux gamins face à une découverte mystérieuse dans une cave abandonnée. Pour les plus grands, Yves Pinguilly poursuit sa série des enquêtes de l'inspecteur Frolot avec un meurtre dans un parking du XXe, un jour de 14 juillet...on y croise une galerie de types humains comme dans les meilleurs classiques du cinéma français (Rock parking). Du regretté Robert Boudet, on réédite Mon prof est un espion, un mystère dont l'élucidation renvoie habilement à l'histoire contemporaine. Font peau neuve également la Collection Zanzibar chez Milan et le Livre de poche jeunesse. A retenir dans l'une et l'autre deux romans bienvenus en cette année du 50e anniversaire de l'écrasement du nazisme: la Nuit des pélicans de Pierre Coran (comment les élèves d'une école belge participent à la libération de leur village); les Enfants aussi de Laurence Lefèvre et Liliane Korb, récit d'une sobriété terrible, situé dans le Paris de 1942, au temps de la grande rafle des juifs. |
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Fictions-jeunesse, le Seuil (de 59 à 65 F) Souris noire, Syros (de 35 à 42 F) Romans Casterman (de 28 à 48 F)
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