Regards Juillet-Août 1995 - La Création

A Beaune, il y a du baroque dans l'air

Par Elisabeth Pistorio


Au nombre des festivals organisés cet été en France, ceux qui ont la musique, toutes les musiques, à leur programme sont les plus nombreux. Nous avons choisi le Festival international de musique baroque comme référence.

Le Festival de Beaune poursuit sa mission depuis treize ans avec la même cohérence, la même politique esthétique et le même succès, sans tapage ni médiatisation spectaculaire. Ici l'on sait ce que l'on vient entendre de la musique baroque, ce que l'on va apprécier et l'on ne s'en lasse pas. Y aller deux jours, puisque le Festival se déroule sur les cinq week-ends de juillet, fait partie des vrais bonheurs de mélomane sur les routes musicales de France. Il faut dire que l'atmosphère baigne dans une harmonie rare entre la noblesse des bâtisses historiques, le magnifique Hôtel-Dieu, fleuron de l'art franco-flamand du XVe siècle et qui abrite ce chef d'oeuvre qu'est le polyptyque de Roger Van der Weyden, le Jugement dernier, et la majestueuse basilique romane du XIIe siècle Notre-Dame, l'excellence des programmes, l'assurance de découvrir soit une oeuvre soit un jeune interprète et souvent les deux, le charme de la ville elle-même, de ses ruelles, les lumières de la campagne environnante sans oublier les plaisirs de la gastronomie et de l'oenologie, Beaune retient l'attention des touristes et des mélomanes. Le public s'est sans cesse accru au fil des années, sans heurts, et le festival a rapidement développé une politique touristique dynamique, en organisant différents circuits afin de promouvoir la Bourgogne, de donner envie d'en découvrir ses trésors et de rendre le patrimoine plus accessible. L'an dernier, plus de quinze mille personnes se sont ainsi retrouvées pour le festival, visitant les lieux touristiques, les caves à vins, fréquentant la seule librairie européenne spécialisée en oenologie, arts de la table, gastronomie, tourisme, située juste en face de l'Hôtel- Dieu." Ici, la fidélité se manifeste aussi bien dans le public que parmi les musiciens, précise Anne Blanchard, la fondatrice du Festival, grâce à notre politique de chefs invités, faisant se côtoyer les interprètes les plus prestigieux et des jeunes à découvrir, il se crée tout naturellement un renouvellement et une fidélité, puisque nous collaborons avec les mêmes musiciens pendant plusieurs années de suite. Parfois, on nous reproche d'accueillir de grands interprètes que l'on a souvent l'occasion d'entendre ailleurs mais ils sont, pour la plupart, venus à Beaune à leurs débuts et ont demandé à revenir. Pourquoi nous priver de leur présence sous prétexte qu'ils sont devenus célèbres ? On a aussi aidé à leur reconnaissance."

 
La prédominance de la voix dans le répertoire lyrique, profane ou sacré

Après avoir constitué, en 1982, une association qui porte le nom symbolique de Guillaume Dufay, musicien de la cour de Bourgogne, Anne Blanchard invite la chanteuse Andréa Von Ramm, qui viendra plusieurs années de suite avec son élève préférée Jill Feldmann afin d'enseigner l'interprétation de la musique médiévale et baroque. Trois petits concerts suscitent l'enthousiasme d'un public devenu fidèle; Caroline Watkinson prendra ensuite le relais, l'Académie se développe mais, le festival gagnant de plus en plus d'ampleur, la petite équipe de bénévoles ne peut faire face. Anne Blanchard décide alors de se consacrer exclusivement au festival, tout en maintenant, contre vents et marées et au fil des années, la prédominance de la voix, dans le répertoire lyrique, profane ou sacré." Le festival a donc rapidement trouvé son identité, bien avant que France Télécom ne devienne notre mécène exclusif, souligne-t-elle. Mais nous ne pourrions rien faire sans lui. Nous avons ainsi développé les opéras en version de concert, ce qui nous permet, autre spécificité, d'offrir le plus grand choix d'oeuvres lyriques dans le paysage français. Nous avons la chance de pouvoir offrir cette programmation dans les meilleures conditions, grâce au directeur de l'Hôtel-Dieu et à notre mécène qui a compris dès le début notre politique. Non seulement il coproduit nos concerts à Beaune, mais il participe également à notre activité d'édition discographique qui est à nos yeux très importante, puisqu'il s'agit avant tout de faire émerger des oeuvres oubliées du répertoire, comme Armida de Jomelli, Sciopione de Haendel, deux oeuvres dirigées par Christophe Rousset, notre chef principal invité, ce qui signifie pour nous une collaboration étroite pendant trois ans et la chance pour lui d'avoir pu faire ses deux premiers disques en tant que chef."

 


1. Il s'agit de la différence entre le taux d'intérêt nominal et le taux de l'inflation, de l'ordre de 8% pour les entreprises et de 5 à 6% pour le secteur public.

2. La valeur exprimée en francs des produits venant de ces pays a baissé d'autant, réduisant l'assiette soumise à la TVA.

3. L'essentiel du montant restant est payé par les collectivités publiques.

4. Jean-Christophe Le Duigou, Réinventer l'impôt, éd.Syros, coll.Alternatives économiques, 1995.

5. Les fameux 1 200 milliards représentant l'Epargne brute des entreprises dont la croissance accompagne généralement la réduction de l'emploi.

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