Regards Juin 1995 - Edito

Entre deux élections

Par HenriMalberg


Ce pays ne sera pas commode à diriger ", constatait une personnalité proche de la droite, peu de jours après l'élection de Jacques Chirac.

 
C'est vrai.

L'élection du nouveau président ne traduit pas un élan, le rassemblement d'une majorité du peuple sur un projet et une nouvelle dynamique. La moitié des électeurs de Jacques Chirac s'est prononcée, d'après une enquête d'opinion, plutôt contre Lionel Jospin que pour le projet de la droite. C'est vrai dans l'autre sens. Pour moitié, les électeurs de Jospin se sont moins prononcés pour son projet que contre Chirac. Les causes de la situation actuelle sont bien repérées: c'est la course exacerbée à la rentabilité financière et son élargissement à l'échelle du monde par des groupes de plus en plus dominants. Et ce sont les contraintes de Maastricht. Ne pas s'y attaquer, et tout ce qui va mal aujourd'hui continuera avec des conséquences graves pour l'emploi, la vie sociale, l'avenir. C'est le cas avec le projet de Jacques Chirac. Lionel Jospin a aussi contourné soigneusement ce problème, ce qui explique qu'il n'a pu convaincre qu'il était porteur réellement d'une nouvelle politique. A peine mis en place, le nouveau pouvoir montre dans quel sens va se déployer sa politique. Cette politique se heurtera probablement à plus forte partie qu'il ne pense. A cet égard, la période récente et notamment les résultats du premier tour de l'élection présidentielle ont révélé la force de la protestation et de la recherche d'une issue. Chose étonnante: les Français estiment, selon une enquête, que l'élection de Jacques Chirac correspond pour 68% à une volonté de changement et de réformes plutôt qu'à une victoire de la droite sur la gauche (26%). Il n'y a pas que de la confusion dans ces réponses. Interrogés sur les dossiers prioritaires, ils répondent: chômage (92%), protection sociale (55%), immigration (38%), exclusion (37%) et ensuite, dans l'ordre, Europe, éducation, moralisation de la vie publique, politique étrangère, institutions. Et, à la question: " Faites-vous confiance à Jacques Chirac pour améliorer les choses ? " ils répondent Oui pour le chômage à 55%. On tombe à 25% pour la protection sociale et bien en dessous pour toutes les autres questions citées. Les milieux dirigeants du pays sentent cette méfiance. On voit bien la tension inquiète qui anime le nouveau président de la République, le nouveau premier ministre et cette nouvelle équipe gouvernementale sommée de donner " des résultats " et de travailler.

 

 
Les municipales, un moment important.

Dans la foulée de l'élection présidentielle, les élections municipales sont, à chaud, la première bataille politique contre le nouveau pouvoir de droite. D'où leur importance. La droite pense bénéficier de l'effet présidentiel pour renforcer son influence dans le pays. Les forces progressistes ont beaucoup de raisons de penser qu'elles peuvent préserver les mairies de gauche et même en gagner de nouvelles. Pendant six ans, les nouveaux élus vont disposer d'un pouvoir important concernant l'urbanisme, le logement, la vie quotidienne, l'école, l'aide sociale, la politique économique des communes, les transports. Pouvoirs malheureusement limités par la gravité de la crise et les prélèvements de l'Etat. Les villes et les villages sont aussi un point d'appui pour la vie démocratique du pays.

 
Le présent et l'avenir

Avec le départ de François Mitterrand et l'élection de Jacques Chirac, une page se tourne. Toutes les forces politiques du pays se trouvent dans la situation de préciser la perspective dans laquelle elles situent leur action. C'est vrai naturellement à gauche. Du côté du Parti socialiste, un premier ensemble de réactions s'est dégagé, largement repris par la presse. Avec le 2e tour de l'élection présidentielle, l'opposition aurait trouvé son leader avec Lionel Jospin et " autour de lui émergerait une nouvelle espérance ". Un proche de Lionel Jospin a parlé de la constitution d'un parti de toute la gauche autour d'un " projet social-démocrate ". Une recomposition qui, à l'évidence, fait débat au Parti socialiste lui-même. Du côté du Parti communiste, on a fait remarquer que le second tour de l'élection présidentielle ne signifiait pas l'approbation massive d'un programme social-démocrate. Les électeurs communistes qui ont voté Jospin le 7 mai et bien d'autres n'ont pas donné ce sens à leur vote. La gauche n'a aucun intérêt à reproduire ce qui a déjà échoué. Elle est pluraliste. Et les faits montrent que l'influence du Parti communiste est essentielle pour que la gauche soit elle-même. Commentant ce problème, Robert Hue a remarqué: " En fait, la voie privilégiant une alternance entre " libéralisme " et " social-démocratie " sur fond de " consensus " quant au système social en place est une impasse. Comment vouloir changer sans toucher à l'essentiel: les règles d'un jeu social où l'argent règne en maître, où les prédateurs de la finance ont les coudées franches, où les besoins et les aspirations des êtres humains sont foulés aux pieds ? "Ce serait en effet reprendre un chemin qui a déjà montré qu'il menait à l'échec. Les mêmes causes reproduiraient les mêmes effets. En tout cas, la suite ne consiste certainement pas à avoir l'oeil rivé sur les élections législatives de 1998. Ou la présidentielle. Et ainsi de suite. La question posée, c'est de construire un mouvement d'opposition capable à la fois de combattre la droite, de la faire reculer par l'action et le rassemblement et de construire un projet d'avenir. C'est le sens que les communistes donnent au " pacte unitaire pour le progrès ". Nous sommes dans un moment où la question d'un autre avenir a une telle force qu'elle s'impose à toutes les forces politiques. Le Parti communiste qui, pour la première fois depuis longtemps, est dans une phase ascendante de son influence et aussi du rayonnement de ses idées, se doit de poursuivre son renouvellement et d'accroître sa capacité de dialogue avec toutes les forces vives du pays pour contribuer à dégager une nouvelle issue.

 


Raymond Jean, Eluard, Seuil, 220 p., 65 F

Jacques Gaucheron, Paul Eluard ou la fidélité à la vie, Le Temps des Cerises, 310 p., 135 F

Dominique Bona, Gala, Grandes Biographies Flammarion, 426 p., 140 F

Violaine Vanoyeke, Eluard, le poète de la liberté, Julliard, 436 p.150 F

Pour en savoir plus sur la célébration du centième anniversaire de la naissance de Paul Eluard à Saint-Denis, on peut s'adresser au secrétariat de la direction des Affaires culturelles, Hôtel de ville, Place du Caquet, 93 200 Saint-Denis.Tél.: (1) 49.33.62.48 et 66.53.

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